Au procès Preira à Évreux, la mère d'Akhmed Marzabekov supplie l'accusé de reconnaître le meurtre
Ce mardi 8 septembre 2026, la cour d'assises de l'Eure a été le théâtre d'un moment d'une intensité rare. La mère d'Akhmed Marzabekov, jeune homme de 27 ans abattu le 25 septembre 2020 dans le quartier de La Madeleine à Évreux, s'est adressée directement à Jean-Charles Preira, l'accusé, avec des mots chargés de douleur et d'espoir. « Sois un homme si c'est toi qui as tiré… et je sais que c'est toi », a-t-elle lancé, avant d'ajouter qu'elle serait prête à le pardonner et à le « prendre dans ses bras » s'il reconnaissait les faits.
Cette supplique intervient au deuxième jour d'un procès qui s'annonce particulièrement éprouvant. La veille, lundi 7 septembre, le frère de la victime a livré un témoignage poignant, décrivant avec précision le déroulé de la soirée tragique. Selon lui, après une bagarre opposant son frère à l'un des proches de Jean-Charles Preira, ce dernier aurait sorti une arme et tiré sur Akhmed. Un récit que l'accusé, âgé de 31 ans, conteste toujours, malgré les témoignages accablants.
Un procès sous haute tension marqué par l'amnésie des témoins
Ce procès, qui se tient à la cour d'assises de l'Eure, est suivi avec une attention particulière par la communauté tchétchène d'Évreux. La victime, Akhmed Marzabekov, était un jeune homme respecté, champion de France de boxe, ce qui lui avait valu d'être honoré par l'ancien maire de la ville, Jean-Louis Debré. Sa famille, originaire d'Ingouchie, une république du Caucase russe, a fui les conflits pour trouver refuge en France, mais c'est ici que le drame est survenu.
La particularité de ce dossier réside dans l'attitude des témoins. Alors que le frère de la victime désigne formellement Jean-Charles Preira comme le tireur, tous les autres témoins de la scène, entendus depuis lundi, ont été frappés d'une « amnésie » suspecte. Aucun ne se souvient des faits, un phénomène qui n'a pas manqué d'interroger la cour. Le terme de « rumeur » a d'ailleurs été utilisé par les avocats de la défense pour qualifier les accusations du frère, désormais seul à porter la parole de la vérité.
La mère de la victime, qui élève seule ses enfants depuis des années, a décrit une famille dévastée par le chagrin. Elle a évoqué son fils comme son « chouchou », un jeune homme attentionné qui lui préparait du thé. Elle a lancé un cri du cœur à l'accusé : « Tu as ôté la vie de mon fils, à cause de toi ma vie est terminée. » Un moment suspendu, où la cour a semblé retenir son souffle.
Un accusé au profil fragile, un enjeu judiciaire majeur
Jean-Charles Preira, l'accusé, est décrit comme un homme souffrant de troubles schizophréniques. Le jour des faits, il aurait arrêté son traitement, ce qui a pu exacerber son état. Sa compagne, entendue lundi, a raconté comment elle tentait de le faire hospitaliser au moment du drame. Ces éléments pourraient jouer un rôle central dans la qualification des faits et la compréhension des événements par les jurés.
Le frère de la victime, âgé de 34 ans, a raconté en détail cette journée funeste. Arrivé sur place après l'altercation initiale au bar l'Es Presse, il a tenté d'apaiser les esprits : « Venez, on se sert la main et on bouge d'ici », a-t-il rapporté. Mais la situation a dégénéré, et c'est là qu'il dit avoir entendu un coup de feu et vu Jean-Charles Preira visant son frère. Un témoignage précis et émouvant, mais qui devra être corroboré par d'autres éléments pour convaincre les jurés.
Ce procès s'inscrit dans une actualité judiciaire dense à Évreux, où la question des violences par armes à feu dans les quartiers reste prégnante. L'issue de ce procès pourrait avoir des répercussions au-delà de ce seul dossier, en envoyant un signal sur la capacité de la justice à faire la lumière sur des affaires où la loi du silence prévaut trop souvent.
Un quartier en deuil, une communauté en attente de vérité
Le quartier de La Madeleine, où s'est déroulé le drame en 2020, reste marqué par ce meurtre. La famille de la victime, elle, vit dans l'attente d'une reconnaissance. La mère a confié que depuis six ans, elle et son fils survivant ne mangent plus ensemble et n'arrivent plus à communiquer. Son fils restant revoit sans cesse la scène : « J'essaie de fermer les yeux et je vois Akhmed qui tombe », a-t-il confié. Des séquelles psychologiques profondes, qui illustrent l'impact durable de ce drame.
Le procès doit se poursuivre dans les prochains jours. Les jurés devront déterminer la culpabilité de Jean-Charles Preira, en pesant les témoignages, les expertises psychiatriques et les éléments matériels. L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. En attendant, la famille de la victime, elle, n'a qu'un espoir : que la vérité soit dite. Comme le dit la mère : « Reconnais-le et je te prendrai dans mes bras, je te pardonnerai et je te considérerai comme mon fils. » Une offre de pardon d'une humanité bouleversante, qui contraste avec la gravité des faits.
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