Le Parquet national financier frappe fort : 4 ans de prison dont 2 ferme requis contre Rachida Dati
Lundi 28 septembre 2026, au sixième et dernier jour du procès pour corruption et trafic d'influence, le Parquet national financier (PNF) a requis quatre ans d'emprisonnement contre Rachida Dati, dont deux ans ferme sous bracelet électronique. L'ancienne garde des Sceaux, aujourd'hui maire du VIIe arrondissement de Paris, est également visée par une demande de 450 000 euros d'amende, la confiscation de 900 000 euros sur son patrimoine, cinq ans d'inéligibilité et d'interdiction de fonction publique, ainsi que l'interdiction d'exercer comme avocate. Ces peines sont assorties de l'exécution provisoire, ce qui signifie qu'elles s'appliqueraient immédiatement si le tribunal les suivait, sans attendre un éventuel appel.
Le PNF a aussi requis quatre ans de prison contre l'ancien patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, jugé en son absence et toujours en fuite au Liban. Son mandat d'arrêt serait maintenu.
Un réquisitoire accablant
Dans une longue plaidoirie, la procureure Caroline Genin a dénoncé des comportements ayant « porté une atteinte manifeste à la démocratie, à la confiance que les citoyens peuvent avoir dans les élus », exprimant sa « grande tristesse ». Le parquet estime que la convention d'honoraires signée le 28 octobre 2009 entre Rachida Dati et Carlos Ghosn – 300 000 euros hors taxes par an pendant trois ans, soit 900 000 euros – a servi à maquiller un travail de lobbying au Parlement européen pour Renault-Nissan entre 2009 et 2013, alors que l'ancienne ministre était eurodéputée. Une activité prohibée par son mandat.
L'enquête n'a retrouvé presque aucune trace écrite du travail juridique revendiqué par la défense. Rachida Dati a martelé à la barre qu'elle avait « signé un contrat d'avocat » et « exercé comme avocat », évoquant des avancées pour l'alliance Renault-Nissan dans des pays sensibles comme le Maroc, l'Algérie ou la Turquie. Mais les magistrats ont relevé plusieurs interventions douteuses au Parlement européen, que l'intéressée a tenté de minimiser en affirmant n'avoir eu « aucune influence » au sein de l'assemblée.
Un tournant judiciaire et politique majeur
La fin d'un parcours politique ?
Si le tribunal suivait les réquisitions, Rachida Dati perdrait immédiatement son mandat de maire du VIIe arrondissement et ne pourrait pas retrouver la magistrature, où elle vient d'être réintégrée et attend une affectation. L'ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, figure de la droite parisienne, voit ainsi son avenir politique suspendu à la décision des juges, dont le délibéré interviendra dans quelques mois.
L'affaire remonte à 2019, lorsque des révélations sur ses liens avec Carlos Ghosn avaient conduit à l'ouverture d'une information judiciaire. Le procès, qui s'est étalé sur plusieurs semaines, a été marqué par des passes d'armes entre la prévenue et les parties civiles. D'abord très effacée, Rachida Dati est finalement sortie de ses gonds face aux questions acérées, avant de livrer un dernier combat verbal.
Un dossier emblématique des dérives du lobbying
Au-delà du cas personnel de Rachida Dati, ce procès met en lumière les zones grises entre activité d'avocat, mandat électif et lobbying industriel. La défense plaide la relaxe et compte démontrer que le travail juridique était réel, même s'il n'a laissé que peu de traces écrites. Les avocats de l'ancienne ministre, Mes Olivier Pardo, Benjamin Mathieu, Olivier Baratelli et Antoine Beauquier, doivent s'exprimer dans l'après-midi.
L'affaire intervient dans un contexte politique tendu, à quelques semaines d'échéances électorales, et alors que la question de la probité des élus reste au cœur des préoccupations. Un autre dossier judiciaire agite d'ailleurs la scène politique : la grève du 29 septembre 2026 s'annonce historique, signe d'un climat social explosif.
Quelles conséquences pour la classe politique ?
Quel que soit le verdict final, ce procès restera comme un moment charnière. Il envoie un signal fort : les magistrats du PNF n'hésitent plus à requérir des peines lourdes et une exécution provisoire contre des personnalités de premier plan. Pour Rachida Dati, l'issue est cruciale : une condamnation ferme signerait la fin de sa carrière politique et judiciaire. Une relaxe serait vécue comme une réhabilitation éclatante.
Au-delà, c'est la question de la transparence du lobbying au niveau européen qui est posée. Les règles encadrant les activités rémunérées des eurodéputés restent floues, et ce dossier pourrait accélérer les réformes. D'autant que Carlos Ghosn, en fuite au Liban, incarne à lui seul les excès de la finance et de l'industrie automobile. Son absence au procès n'a pas empêché le parquet de requérir quatre ans de prison contre lui.
La décision du tribunal, attendue dans les prochains mois, sera scrutée bien au-delà des frontières françaises. Elle dira si la justice peut véritablement rattraper les puissants, ou si l'impunité reste la règle pour ceux qui ont occupé les plus hautes fonctions.
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