Une accalmie militaire fait plonger les cours du pétrole
L'annonce d'une pause dans les hostilités entre les États-Unis et l'Iran provoque un brutal dégonflement des prix du baril. Ce lundi 27 juillet, le Brent de la mer du Nord, référence internationale, a chuté de près de 9 % à 88,36 dollars, tandis que le WTI américain tombait à 82,61 dollars, soit une baisse de 7,5 %. En début de matinée, le Brent était même brièvement passé sous la barre symbolique des 90 dollars, effaçant une partie des gains accumulés pendant le pic de tensions de la mi-juillet.
Depuis vendredi soir, aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran, et Téhéran n'a revendiqué aucune attaque contre les alliés du Golfe. L'ambassadeur américain à l'ONU, Mike Waltz, a indiqué que Donald Trump souhaitait « laisser de la place aux négociations », tout en maintenant « toutes les options sur la table ». De son côté, le porte-parole de l'armée iranienne, Mohammad Akraminia, a confirmé une interruption des opérations, précisant que « la stratégie étant basée sur la riposte, nous avons également interrompu nos opérations ».
Le marché respire, mais reste sous tension
Cet apaisement ouvre une fenêtre diplomatique inattendue après deux semaines de frappes d'une intensité inédite depuis le cessez-le-feu d'avril. Les investisseurs, qui avaient anticipé un embrasement généralisé, réagissent avec soulagement. Selon Marc Chandler, analyste chez Bannockburn Capital Markets, « le marché pétrolier s'emballe après quelques jours de répit où les protagonistes ont cessé de se tirer dessus ». L'optimisme est renforcé par les déclarations de Donald Trump évoquant « de bonnes chances » d'aboutir à des discussions avec Téhéran.
Pourtant, la prudence reste de mise. Malgré la trêve militaire, le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, demeure largement paralysé. Lundi encore, la marine des Gardiens de la Révolution a empêché six navires d'emprunter ce goulet d'étranglement, les contraignant à suivre un itinéraire imposé. Par ailleurs, l'Arabie saoudite a affirmé avoir intercepté une attaque de drones lancée depuis l'Irak par des groupes pro-iraniens, tandis que les rebelles houthis du Yémen maintiennent un blocus sur les ports saoudiens en mer Rouge.
Contexte : une flambée historique rattrapée par la diplomatie
Le conflit au Moyen-Orient, déclenché fin février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, a provoqué une onde de choc planétaire sur les marchés pétroliers. Après un pic au-delà de 100 dollars le baril la semaine dernière — son plus haut niveau depuis mai —, le Brent redescend brutalement. Cette volatilité extrême s'explique par l'importance stratégique du détroit d'Ormuz, véritable autoroute du brut.
Jusqu'à la mi-juillet, les prix étaient restés relativement stables, portés par un protocole d'accord signé le 17 juin entre Washington et Téhéran qui avait fait tomber le Brent autour de 70 dollars. Mais l'escalade des combats en juillet, couplée aux craintes d'une paralysie totale du trafic maritime dans le Golfe, a fait flamber les cours. Les pays producteurs ont tenté de trouver des itinéraires alternatifs, notamment via la mer Rouge, mais cette voie a été à son tour menacée par les Houthis.
L'impact sur l'économie mondiale et les consommateurs
Cette décrue des prix intervient à un moment clef pour les banques centrales. Alors que l'inflation commençait à ralentir plus que prévu, la flambée de juillet avait ravivé les craintes d'un nouveau tour de vis monétaire. Selon les données du CME Group, les investisseurs estimaient à 36 % la probabilité que la Réserve fédérale relève son taux directeur lors de sa prochaine réunion. Une hausse des taux, si elle contribue à contenir l'inflation, renchérit aussi le crédit pour les entreprises et les ménages, ralentissant la croissance.
En France, les prix à la pompe ont récemment franchi un nouveau seuil symbolique : le SP95-E10 est repassé au-dessus des 2 euros le litre, après le gazole. Cette situation pèse sur le pouvoir d'achat des ménages et relance le débat sur les aides publiques. Le gouvernement a d'ailleurs prolongé en août une aide de 100 euros pour les automobilistes les plus modestes.
Perspectives : un répit fragile, des risques persistants
La trêve actuelle ne constitue pas une résolution du conflit. La visite prévue mardi à Washington du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, partisan d'une ligne dure, pourrait raviver les tensions. Mohammad Akraminia a prévenu que si les Américains « se laissent à nouveau tromper » par Israël et « insistent pour continuer la guerre, elle s'étendra géographiquement ». Les marchés redoutent une escalade régionale qui engloberait l'Arabie saoudite, les Émirats ou encore l'Irak, rendant toute stabilité durable illusoire.
À plus long terme, la question de la sécurité des voies maritimes reste entière. Même si les expéditions de pétrole non saoudien se poursuivent en mer Rouge, l'option alternative via le canal de Suez s'avère plus coûteuse pour Ryad. Le marché reste donc « à cran », selon Gregory Brew d'Eurasia Group, pour qui « le risque d'escalade entre les États-Unis et l'Iran alimente la volatilité des prix ».
Pour les consommateurs et les entreprises, cette accalmie est un ballon d'oxygène, mais elle pourrait être de courte durée. L'évolution des cours dépendra des prochaines heures : si les pourparlers progressent, le Brent pourrait revenir sous les 80 dollars ; en cas de reprise des bombardements, un retour vers les 100 dollars est à craindre. En attendant, l'incertitude géopolitique reste le principal moteur des marchés pétroliers.
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