Présidentielle 2027 : Glucksmann repousse sa candidature et déclare la guerre à TikTok

Présidentielle 2027 : qui sont les candidats potentiels ou déclarés ?

Un calendrier qui surprend : Glucksmann choisit la rentrée pour se déclarer

Contre toute attente, Raphaël Glucksmann a choisi de ne pas officialiser sa candidature à la présidentielle avant l'été. Invité du 20 Heures de TF1 mardi 26 mai, le coprésident de Place publique a annoncé qu'il se donnait trois mois pour "sillonner le pays et proposer un nouveau contrat patriotique" aux Français. Une décision qui a immédiatement suscité moqueries et interrogations, tant le député européen semblait lancé vers une entrée en campagne imminente.

"Je me donne trois mois", a-t-il simplement déclaré, renvoyant à la fin de l'été le soin de trancher sur une éventuelle participation à l'élection suprême de 2027, la dernière avant le départ d'Emmanuel Macron de l'Élysée. Son entourage justifie ce choix par une volonté de prendre le temps de la réflexion. "Le calendrier fait totalement sens. Il aurait pu avancer seul, sans réfléchir au reste de la gauche, mais il a décidé de faire autrement", explique Yaniss Lassal, trésorier de Place publique. Ce dernier précise que le leader politique entend confronter sa vision à la rencontre des Français, en exposant ses idées sur le terrain.

Ce délai de trois mois n'a pas manqué de faire réagir ses adversaires politiques. Paul Vannier, cadre de La France insoumise, a ironisé sur X : "Glucksmann a fait le '20 Heures' pour annoncer qu'il prend de belles vacances." Une pique qui illustre les tensions croissantes au sein de la gauche, alors que le débat sur la stratégie électorale s'intensifie.

TikTok dans le viseur : "Pas besoin d'un influenceur à l'Élysée"

Si Raphaël Glucksmann temporise sur sa candidature, il n'hésite pas à prendre position sur des sujets clivants. Intervenu mercredi 27 mai sur le plateau de Quotidien, il a clairement affiché sa détermination à bannir TikTok de France, qualifiant le réseau social chinois de "menace" pour la démocratie. Il a également prévenu qu'il n'utiliserait pas la plateforme, même en pleine campagne présidentielle.

"Je veux bannir TikTok pour une raison simple, a-t-il asséné. Ces algorithmes annulent tout ce que fait l'école républicaine. Elle cherche à vous émanciper, à vous sortir de vos convictions immédiates et de vos préjugés. Et là, vous avez quelque chose qui vous enferme." L'eurodéputé voit dans la lutte contre les grandes plateformes un enjeu central : "La lutte contre le capitalisme le plus dangereux, c'est la lutte contre ces grandes plateformes. Je ferai tout pour que la France ne soit pas asservie par les milliardaires de la Silicon Valley et le Parti communiste chinois."

Pour donner corps à cette ambition, Raphaël Glucksmann propose la création d'une "déclaration de souveraineté numérique européenne", un levier pour réguler ces réseaux jugés dangereux. Il ironise sur les contradictions de ses concurrents, notamment Gabriel Attal, qui appellent à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans tout en les utilisant massivement. "Je ne vais pas, moi, aller manger des dragibus sur TikTok ou faire des vidéos en permanence", lance-t-il, avant d'ajouter : "On peut aussi croire que les Français et les Françaises en ont marre des pures produits de communication et penser qu'après dix ans de macronisme, ils en ont marre du vide qui se raconte très bien."

Un socle électoral à consolider

Cette posture radicale intervient alors que Raphaël Glucksmann, bien que non-candidat déclaré, dispose déjà d'un socle électoral non négligeable. Selon une étude Elabe pour BFMTV, le patron de Place publique recueillerait 10,5% des intentions de vote au premier tour. Un score certes insuffisant pour une qualification au second tour, mais qui le place au niveau de Jean-Luc Mélenchon ou de Gabriel Attal. Ce chiffre démontre qu'il existe une attente pour une candidature de centre-gauche, même si les sondages n'ont pas encore testé simultanément les trois candidatures potentielles de cette famille politique (Bernard Cazeneuve, François Hollande et Raphaël Glucksmann).

Portrait d'un candidat en mutation : de l'union de la gauche à l'aventure solitaire

Pour comprendre la stratégie actuelle de Raphaël Glucksmann, il faut revenir sur son itinéraire politique, marqué par des inflexions notables depuis ses débuts en 2018. Lorsqu'il lance Place publique en novembre 2018, à Montreuil, l'essayiste plaide pour une union de la gauche la plus large possible, hors des clivages traditionnels. Il s'entoure alors de figures comme l'économiste Thomas Porcher, la militante écologiste Claire Nouvian ou le socialiste Jo Spiegel. Son ambition : bousculer les partis historiques, impulser un récit neuf et s'adresser aux jeunes.

À l'époque, Raphaël Glucksmann cartonne en librairie avec Les Enfants du vide et séduit une jeunesse diplômée et urbaine. Il se positionne comme un écologiste de gauche, pro-européen, souvent rapproché d'Europe Écologie Les Verts ou de Générations. Pourtant, le chemin parcouru depuis est marqué par une rupture avec cette stratégie d'union.

De l'union à l'affirmation solitaire

Aujourd'hui, Raphaël Glucksmann assume pleinement une stratégie solitaire. "Je ne participerai pas à un truc d'appareils qui produit une synthèse molle. Ça ne fonctionnera pas", a-t-il déclaré en mai 2025, excluant toute primaire. Cette ligne a provoqué des départs, comme celui de Thomas Porcher dès 2019, qui critiquait une "liste d'apparatchiks" plutôt que de société civile. L'économiste n'est pas le seul à avoir été dérangé par ce virage ; plusieurs figures historiques de Place publique ont pris leurs distances.

Cette évolution de la ligne politique se traduit aussi par son positionnement anti-TikTok, qui le distingue des autres candidats de gauche et même de certains macronistes. En fermant son compte TikTok aux 60.000 abonnés en mars 2024, il a envoyé un signal fort à son électorat : celui d'une campagne ancrée dans la réalité, loin des artifices numériques.

Un "contrat patriotique" pour la France des pavillons

Au cœur de sa future campagne, Raphaël Glucksmann entend parler à la "France des pavillons", une expression qu'il utilise pour désigner les classes moyennes et populaires des zones périurbaines, souvent oubliées par les discours politiques traditionnels. Il s'agirait, selon lui, de proposer un nouveau récit patriotique, mêlant souveraineté économique et justice sociale.

Ce concept de "France des pavillons" vise à séduire un électorat qui se sent délaissé par les élites parisiennes, tout en se méfiant du populisme de Jean-Luc Mélenchon ou de l'extrême droite. En choisissant de sillonner le pays avant de se déclarer, il espère coller au plus près des préoccupations locales, quitte à prendre le risque d'être accusé de temporisation.

Une stratégie risquée

Ce calendrier n'est pas sans danger. Tandis que ses concurrents multiplient les annonces et les prises de position, Glucksmann laisse le champ libre à ses adversaires. Les moqueries de LFI sur ses "vacances" ou les doutes sur sa détermination pourraient fragiliser sa dynamique. Mais ses proches assurent que cette période de trois mois sera intense, rythmée par des rencontres et des propositions concrètes.

L'enjeu est de taille : réussir à incarner une alternative crédible à la fois face au macronisme, accusé de vide, et face à une gauche radicale jugée trop clivante. Pour cela, Raphaël Glucksmann mise sur une double rupture : rupture avec les codes de la communication politique moderne (rejet de TikTok) et rupture avec la tradition des primaires de gauche (candidature solitaire).

Une présidentielle sous le signe de la souveraineté numérique

Le débat sur la souveraineté numérique, porté par Raphaël Glucksmann, s'inscrit dans une tendance plus large de remise en cause de la domination des géants du numérique. Alors que les algorithmes de TikTok sont pointés du doigt pour leur impact sur les mineurs et la polarisation politique, le candidat potentiel propose une alternative radicale : l'interdiction pure et simple du réseau social en France.

Cette position, si elle est jugée excessive par certains, rencontre un écho chez les électeurs inquiets de l'emprise chinoise et américaine sur les données personnelles. En proposant une "déclaration de souveraineté numérique européenne", Glucksmann s'aligne sur les positions de la Commission européenne, tout en les radicalisant.

Des implications pour la campagne

Si cette stratégie séduit l'aile la plus souverainiste de la gauche, elle pourrait en revanche éloigner les jeunes électeurs, premiers utilisateurs de TikTok. Alors que ses concurrents, comme Gabriel Attal, utilisent massivement la plateforme, le pari de Glucksmann est risqué. Dans une campagne où la maîtrise des codes numériques est souvent jugée indispensable, son absence pourrait être perçue comme une faiblesse.

Cependant, pour l'eurodéputé, ce sacrifice est nécessaire : "Si je pense que TikTok est une menace pour la démocratie, je ne vais pas y aller." Une phrase qui résume sa volonté de cohérence, quitte à perdre en visibilité. Reste à savoir si cette cohérence séduira suffisamment pour décrocher une place au second tour.

Synthèse et perspectives

À moins d'un an du scrutin, Raphaël Glucksmann navigue entre prudence et audace. Son refus de se déclarer immédiatement, couplé à une position radicale contre TikTok, dessine une stratégie singulière : celle d'un candidat qui refuse les codes de la politique spectacle tout en espérant capter un électorat en quête de sens.

Les prochains mois seront décisifs pour jauger de la pertinence de ce pari. Entre les critiques de La France insoumise, les doutes internes à Place publique et la concurrence des autres candidats de centre-gauche, le chemin vers l'Élysée est semé d'embûches. Mais comme le rappelle son trésorier, "il aurait pu avancer seul, sans réfléchir au reste de la gauche, mais il a choisi de faire autrement."

Une chose est sûre : la présidentielle 2027 s'annonce comme un laboratoire politique où les clivages traditionnels explosent, au profit de nouvelles lignes de fracture, comme la souveraineté numérique ou la France des pavillons. Raphaël Glucksmann, avec son nouveau contrat patriotique, espère bien en être l'un des artisans. Le verdict de la rentrée sera décisif.

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Au moment où la France se prépare pour une élection historique, la question de la place des réseaux sociaux dans la démocratie est plus que jamais d'actualité.

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