Patrick Drahi : 25 M$ pour un aéroport à Nevis, pendant que ses créanciers passent à l'offensive

Patrick Drahi

Patrick Drahi injecte 25 millions de dollars dans l'aéroport de Nevis

Le milliardaire français Patrick Drahi, magnat des télécoms derrière Altice et propriétaire de Sotheby's, a confirmé un investissement de 25 millions de dollars dans l'expansion de l'aéroport international Vance W. Amory sur l'île de Nevis, dans les Caraïbes. L'information a été rapportée le 13 octobre 2026 par le site Billionaires.Africa. Ce financement constitue la plus importante contribution privée au projet de réaménagement de l'infrastructure aéroportuaire, dont les travaux ont débuté le 1er juillet dernier.

Selon les détails disponibles, le projet prévoit l'allongement de la piste de 2 000 pieds pour atteindre 6 000 pieds, la création d'une aire de stationnement pouvant accueillir jusqu'à 50 jets privés, ainsi que la construction d'une ferme de carburant, d'une caserne de pompiers, d'un terminal plus spacieux et d'un nouveau hall des douanes. L'entrepreneur Kelly Construction espère achever les travaux dans un délai de 18 mois. Outre les 25 millions de Drahi, le financement inclut un prêt concessionnel de 20 millions de dollars de Taïwan et un prêt de 20 millions de dollars des Caraïbes orientales (environ 7,4 millions de dollars) de la St. Kitts-Nevis-Anguilla National Bank, garanti par le gouvernement fédéral de Saint-Kitts-et-Nevis.

Un partenariat public-privé aux contours encore flous

Les modalités exactes de l'investissement de Patrick Drahi n'ont pas été rendues publiques. Dès janvier 2023, l'administration de l'île de Nevis avait évoqué un partenariat public-privé dans lequel Drahi financerait la construction et serait remboursé par les revenus générés par l'aéroport élargi, avec un taux d'intérêt nominal de 2 %. L'autorité portuaire de l'île devrait gérer et exploiter l'installation, tandis que le gouvernement exonérerait les matériaux et équipements importés pour le projet. Le premier ministre Mark Brantley avait alors déclaré que Drahi avait fait de Nevis sa résidence et avait déjà investi de manière significative sur l'île. Il avait décrit l'objectif comme étant de créer « une installation pour jets privés très haut de gamme qui permettra à la plupart des jets privés mondiaux d'atterrir ici ».

Cependant, le processus a pris plusieurs années. En mars 2024, Alexis Jeffers, conseiller du premier ministre pour les investissements, avait indiqué qu'un simple protocole d'accord non contraignant avait été signé avec Drahi. Une estimation d'un consultant présentée en novembre 2024 évaluait le coût total du projet à plus de 47 millions de dollars, incluant environ 11 millions de dollars pour l'achat de terrains auprès des résidents. Le journal local St. Kitts and Nevis Observer, dans un éditorial du 12 octobre 2026, a soulevé des questions sur la transparence de l'accord.

Les créanciers d'Altice et d'Optimum passent à l'offensive

Alors que Patrick Drahi soigne son image de bienfaiteur à Nevis, ses affaires dans le secteur des télécoms et des câbles traversent une zone de turbulences majeures. Le 14 octobre 2026, le Financial Times a rapporté que des prêteurs avaient poursuivi Altice International, dernière escalade d'un conflit de longue date entre le groupe télécoms lourdement endetté et ses créanciers. Cette action en justice s'ajoute à une autre plainte déposée le 28 septembre 2026 devant un tribunal de New York par un groupe de créanciers, dont Apollo Global Management et Oaktree Capital, contre Optimum Communications et Patrick Drahi lui-même.

Des transferts d'actifs contestés

Les créanciers allèguent que des actifs câbles de grande valeur ont été transférés hors des garanties des prêteurs alors que la société était insolvable. Ils demandent à la justice d'annuler ces transferts. Optimum conteste l'illégalité des opérations et affirme que celles-ci sont conformes à ses accords de dette et à la loi applicable. Selon les informations disponibles, Optimum aurait proposé une réduction de dette de 8 milliards de dollars ou plus, et des actifs représentant environ deux tiers de l'EBITDA auraient ensuite été déplacés hors de portée des créanciers et gagés pour de nouveaux prêts. Les détenteurs d'obligations ont résisté à ces manœuvres et contesté les transferts.

Une situation financière sous pression

Optimum fait face à une dette d'environ 26 milliards de dollars, dont près de 6 milliards arrivent à échéance l'année prochaine. La société a perdu plus de 97 000 clients haut débit résidentiels au premier semestre 2026, et les analystes interrogés par Visible Alpha prévoient un EBITDA juste en dessous de 3,2 milliards de dollars cette année, contre plus de 4,4 milliards en 2021. En juin, Optimum a reconnu ne pas disposer des ressources nécessaires pour rembourser ses échéances de 2027 sans une restructuration ou une injection de capital.

Une double actualité qui interroge

Cette séquence illustre le paradoxe d'un homme d'affaires à la fois philanthrope local et opérateur sous pression internationale. D'un côté, Patrick Drahi investit dans une île où il réside et où il a déjà réalisé d'importants investissements. De l'autre, il doit faire face à des créanciers de plus en plus agressifs qui contestent la gestion de ses actifs. La restructuration d'Optimum reste incertaine : une solution amiable est encore possible, mais les créanciers pourraient durcir leur position, tandis qu'une faillite placerait le contrôle de l'entreprise entre les mains d'un tribunal. Cette affaire pourrait avoir des répercussions sur la confiance des investisseurs et des prêteurs dans les entreprises de Drahi.

Pour Nevis, l'engagement de Drahi dans l'aéroport pourrait renforcer l'attractivité de l'île pour le tourisme de luxe et les voyages d'affaires. Mais les questions de transparence soulevées par la presse locale pourraient alimenter les débats sur les partenariats public-privé dans les petites économies insulaires. À l'heure où les milliardaires multiplient les investissements dans des infrastructures stratégiques, l'équilibre entre développement local et intérêts privés reste un sujet sensible.

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