Un lancement événementiel pour un album très attendu
Mylène Farmer a frappé fort pour la sortie de son treizième album studio, Egregore, disponible ce vendredi 30 octobre 2026. Mardi soir, plus de 360 salles de cinéma en France, mais aussi en Belgique, en Suisse, au Canada et au Mexique, ont accueilli une « soirée immersive » inédite. Les fans ont pu découvrir l'opus en avant-première, parfois en IMAX, pour un tarif compris entre 15 et 22 euros. Une opération audacieuse qui a fait salle comble, à l'image de l'immense salle Imax du Pathé de l'île Seguin, à Boulogne-Billancourt, où 262 places ont été prises d'assaut.
Le projet, mis en images par François Hanss, réalisateur historique des films de concerts de la chanteuse, proposait cinq clips et huit autres chansons dévoilées via des lyrics videos. Les cinéastes Julia Ducournau, Antonin Baudry et Gilles Lellouche ont notamment réalisé certains clips, tandis que DJ Lewis, DJ Snake et Moby ont contribué à la production musicale. Un casting prestigieux pour un album qui s'annonce comme un événement culturel majeur.
Une attente savamment entretenue
Seuls deux singles avaient été dévoilés avant cette avant-première, en mai et septembre, alimentant le mystère autour de l'album. « Elle a suscité une attente, c'est pour ça qu'on a envie de venir voir ce qu'elle va nous proposer », explique Alexis, 46 ans, cité par franceinfo. Pour Sauveur, graphiste et illustrateur, « Mylène Farmer a créé une œuvre, peu d'autres artistes peuvent se targuer de ce mot-là ». Les fans ont répondu présents, certains n'hésitant pas à parler d'une expérience unique. « Il n'y a qu'elle pour faire ça ! », s'exclame Béatrice, venue avec sa fille Oriane.
Un album placé sous le signe de l'esprit collectif
Le titre Egregore n'est pas anodin. Ce terme ésotérique désigne un esprit collectif généré par des personnes unies par des désirs communs. Mylène Farmer a confié en 2025 au Parisien que c'était son mot préféré, précisant « aimer la notion vibratoire de la communion ». Dans un message audio diffusé au début de l'avant-première, elle a célébré cet esprit : « L'artiste lance l'étincelle, le public l'embrase. Ils commencent à respirer ensemble… C'est peut-être cela un égrégore : une énergie créée par la somme de nos présences, de nos émotions. »
Musicalement, l'album mêle électro dansante et ballades envoûtantes, avec des textes corrosifs et poétiques fidèles à l'univers de la chanteuse depuis « Maman a tort » en 1984. Le morceau « C'est à qui le tour » arbore un refrain cryptique (« C'est à qui le tour / Refuser le sombre / Servile et je croule / Quel triste adage »), tandis que « Des LOLs et des quoi » traite de l'appauvrissement du langage. La chanson « Confession », sur le deuil et l'absence, a été interprétée à Cannes en hommage au cinéaste David Lynch.
Des critiques contrastées
Si l'événement a séduit les fans, il a aussi suscité des réserves. Télérama évoque une opération de « fan service » trop lisse, avec un résultat « inégal selon les chansons et trop répétitif ». Plus problématique, l'utilisation de l'intelligence artificielle pour générer une partie des animations des lyrics videos a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, certains dénonçant une « créativité fainéante ». Sylvain Paturel-Voyer, créateur du podcast Mylène Farmer, Histoires de…, appelle toutefois à la nuance : « Il faut prendre un peu de recul. Je comprends qu'il y ait débat sur l'impact écologique. Mais, en matière de création, l'IA peut être très bien utilisée à partir du moment où, derrière, il y a des artistes. »
Une stratégie marketing qui interroge
Au-delà de la controverse sur l'IA, c'est la méthode de lancement qui retient l'attention. Proposer à ses fans de payer pour découvrir un album avant sa sortie, sans en connaître le contenu, est un pari osé. Mylène Farmer s'inscrit dans une tendance déjà adoptée par des stars américaines comme Taylor Swift, mais pousse le concept plus loin en investissant les salles obscures. Cette approche témoigne de la volonté de l'artiste de créer l'événement et de fidéliser un public acquis à sa cause.
Reste à savoir si le succès de l'avant-première se traduira dans les ventes. La chanteuse de 65 ans, qui a confié huit des treize nouvelles chansons à DJ Lewis, l'un des producteurs français de hip-hop recruté par Drake, semble en tout cas déterminée à renouer avec le sommet des charts. Les titres « Des LOLs et des quoi » et « C'est à qui le tour » sont déjà taillés pour les hit-parades.
Un modèle économique à part
Cette opération cinéma rappelle que l'industrie musicale cherche de nouveaux relais de croissance face à la chute des ventes physiques. En transformant la sortie d'un album en expérience collective et payante, Mylène Farmer ouvre peut-être une voie nouvelle. Une chose est sûre : l'égrégore, cette énergie collective, a fonctionné à plein régime mardi soir. Reste à savoir si elle perdurera à l'heure de la sortie officielle, vendredi.
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