Mulhouse réinvente sa vieille ville : école d'horlogerie, démolition de la Poste et licorne à Paris

Vieille ville de Mulhouse

La vieille ville de Mulhouse au cœur d'une transformation historique

En ce printemps 2026, Mulhouse concentre une série de mutations urbaines, patrimoniales et culturelles qui redessinent le visage de son centre historique. En l'espace de quelques jours, trois actualités majeures ont mis la vieille ville sous les projecteurs : la démolition très attendue de l'ancien bâtiment de la Poste Henner près de la gare, le feu vert municipal pour la création d'une école d'horlogerie dans une maison de maître de la Porte du Miroir, et le prêt au musée de Cluny à Paris d'une pièce d'orfèvrerie exceptionnelle issue du Musée historique de Mulhouse. Trois événements distincts qui, ensemble, racontent une ville en pleine redéfinition de son identité.

Démolition de la Poste Henner : un géant de béton s'efface

Depuis quelques jours, les pelleteuses ont investi le site de la Poste Henner, cet imposant édifice moderniste d'environ 5 200 m² niché entre le canal et le Musée d'impression sur étoffes (MISE), non loin de la gare centrale. Construit dans l'après-guerre pour remplacer un ancien Hôtel des Postes de style néo-renaissance détruit lors des bombardements de 1944, le bâtiment avait fermé définitivement ses guichets fin 2023, laissant un vide symbolique dans le quartier.

La phase active de démolition, désormais bien engagée, marque la fin d'une époque de sept décennies. Sur le terrain libéré, le promoteur immobilier Pichet prévoit d'ériger une résidence proposant des appartements allant de 41 à 103 m², répondant ainsi à la demande croissante de logements en centre-ville. Si l'esthétique de la Poste Henner avait souvent divisé les Mulhousiens, le lieu restait un passage obligé pour des milliers d'habitants. Sa disparition s'inscrit dans une longue série de reconversions urbaines réussies à Mulhouse, à l'image de la Fonderie ou de la caserne Leclerc.

Porte du Miroir : une école d'horlogerie dans une maison de maître

Un projet validé à l'unanimité par le conseil municipal

À quelques pas de là, au 5 de la Porte du Miroir, une autre page s'apprête à s'écrire dans un bâtiment chargé d'histoire. La maison Jaquet, élégante demeure de maître du milieu du XIXe siècle actuellement désaffectée, devrait bientôt changer de vocation. Lors de sa séance du 9 avril 2026, le conseil municipal de Mulhouse a approuvé à l'unanimité la vente de cet ensemble immobilier — comprenant la maison principale, une ancienne conciergerie et un garage — pour la somme de 975 000 euros.

L'acquéreur n'est autre que les propriétaires de Bollwerk Joailliers, enseigne mulhousienne de référence présente également à Belfort et à Bâle. Leur ambition : y installer une école d'horlogerie, un projet qui combine transmission du savoir-faire artisanal et valorisation du patrimoine architectural de la vieille ville. Une initiative qui, si elle aboutit, ferait de Mulhouse un acteur supplémentaire dans la formation horlogère, un secteur dominé par la Suisse voisine.

Un patrimoine bâti en quête de nouvelle vie

Ce projet illustre une tendance de fond à Mulhouse : plutôt que de laisser ses bâtisses historiques se dégrader, la ville choisit de les confier à des porteurs de projets privés capables de les réinvestir avec une vision à long terme. La maison Jaquet, avec son architecture bourgeoise caractéristique, offrirait un écrin idéal pour une formation d'excellence tournée vers les métiers de précision.

Une licorne mulhousienne rayonne jusqu'au musée de Cluny

Loin des chantiers et des délibérations municipales, Mulhouse brille aussi sur la scène culturelle nationale. Une pièce exceptionnelle des collections du Musée historique, une coupe à boire en forme de licorne en argent dorée façonnée par l'orfèvre Johannes Werner à la fin du XVIe siècle, a été prêtée au musée de Cluny — musée national du Moyen Âge à Paris — dans le cadre de l'exposition « Licornes ! », ouverte jusqu'au 12 juillet 2026.

Longue de 22 centimètres, cette pièce avait déjà été restaurée et mise en lumière lors de l'exposition « Pépites » organisée en 2025 pour les 800 ans de la Ville. Désormais exposée aux côtés de chefs-d'œuvre internationaux — statuettes chinoises, céramiques persanes, enluminures médiévales et bien sûr la célèbre tapisserie de la Dame à la licorne — elle témoigne du rayonnement du patrimoine mulhousien bien au-delà des frontières alsaciennes.

Une ville qui se réinvente sans renier son histoire

Ces trois actualités convergent vers un même constat : Mulhouse affirme, en ce printemps 2026, une volonté claire de conjuguer transformation urbaine et valorisation patrimoniale. La démolition de la Poste Henner pour construire de nouveaux logements, la reconversion d'une maison de maître en école d'horlogerie et le prêt d'un trésor d'orfèvrerie à un musée national dessinent les contours d'une cité qui ne craint pas de bousculer son paysage tout en préservant ce qui fait sa singularité.

Cette dynamique rejoint une tendance plus large observée dans de nombreuses villes moyennes françaises, qui cherchent à concilier attractivité résidentielle, excellence artisanale et identité culturelle forte. Pour Mulhouse, dont le centre historique porte encore les traces d'une histoire industrielle et européenne dense, ces choix engagent durablement l'avenir de la vieille ville. Une mutation à suivre de près, alors que Mulhouse est plus que jamais sous les projecteurs en cette année 2026.

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