MaPrimeRénov' met le cap sur les rénovations globales et le confort d'été
Vincent Jeanbrun, ministre du Logement et de la Ville, a dévoilé ce lundi 29 juin 2026 sur LCP les grandes orientations de la nouvelle version de MaPrimeRénov'. Désormais, l'aide publique va nettement privilégier les rénovations globales, au détriment des "mono-gestes" jusqu'ici très populaires. L'objectif affiché : faire des logements français des passoires thermiques… et des "bouilloires thermiques" un lointain souvenir.
Concrètement, à partir de 2026, MaPrimeRénov' ne remboursera presque plus les travaux isolés comme l'installation d'un poêle à bois ou à granulés, d'un chauffe-eau solaire, d'une pompe à chaleur dédiée à l'eau chaude sanitaire, ou encore le simple changement de fenêtres. Ces opérations resteront subventionnées, mais uniquement si elles s'inscrivent dans un plan de rénovation global. Seule exception : les pompes à chaleur réversibles, qui continueront à bénéficier d'une aide au "mono-geste".
"Le but, c'est qu'à la fin, le logement ne soit plus une passoire thermique, plus une bouilloire thermique", a résumé Vincent Jeanbrun. Pour faciliter la transition, le ministre évoque la possibilité d'un "parcours de rénovation phasé", permettant d'étaler les travaux et le paiement sur plusieurs années.
Le confort d'été, nouvelle priorité nationale
Autre grand changement : la notion de "confort d'été" est désormais mise sur un pied d'égalité avec le confort d'hiver. Les critères d'attribution de MaPrimeRénov' seront modifiés en ce sens dans le règlement de l'Anah (Agence nationale de l'habitat). Les travaux devront non seulement protéger du froid, mais aussi des chaleurs excessives, une réponse directe aux canicules à répétition.
Cette réforme intervient dans un contexte de forte chaleur : le 1er juillet, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une nouvelle cellule interministérielle de crise (CIC) sur la canicule, prévue le 2 juillet à Marseille, avec la participation des ministres en visioconférence. Vincent Jeanbrun fait partie des ministres conviés.
APL : 200 millions d'économies sur les étudiants non européens
Parallèlement à la réforme des aides à la rénovation, Vincent Jeanbrun applique une mesure budgétaire entrée en vigueur le 1er juillet 2026 : la fin des APL pour les étudiants non européens non boursiers. Interrogé sur LCP le 24 juin, le ministre a chiffré l'économie à "à peu près autour de 200 millions en année pleine".
Seuls les étudiants étrangers (hors Union européenne) déjà titulaires d'une bourse sur critères sociaux pourront continuer à percevoir l'aide au logement. En revanche, les étudiants en apprentissage ou justifiant d'une activité professionnelle d'au moins une heure par semaine conservent leurs APL. Le ministre insiste sur le caractère non migratoire de la mesure : "C'est uniquement sur la question des revenus, donc c'est une question de justice fiscale et financière." Une position qui suscite la controverse chez les associations étudiantes et de logement.
Le dispositif Jeanbrun : un nouveau statut fiscal pour les bailleurs privés
Dans le même temps, Vincent Jeanbrun déploie le "dispositif Jeanbrun", présenté comme le successeur du Pinel. Ce nouveau statut fiscal vise à relancer l'investissement locatif privé, en berne depuis plusieurs années. Le principe : offrir aux propriétaires bailleurs un avantage fiscal calculé sur le niveau de loyer appliqué. Plus le loyer est modéré, plus la déduction fiscale est élevée.
Parmi les nouveautés : la suppression du zonage géographique. "Vous pouvez investir partout en France, en métropole comme en Outre-mer", a expliqué le ministre sur la chaîne YouTube de Pretto, le 26 juin. Le gouvernement mise sur les "petits bailleurs" – qui détiennent en moyenne 1,1 logement – pour répondre à la crise du logement, alors que 26 % des familles françaises sont locataires d'un propriétaire privé.
Le dispositif permet un amortissement sur la valeur du logement neuf, allégeant ainsi la fiscalité des revenus fonciers. Une liberté de choix qui s'accompagne d'une responsabilité : "On fait confiance à l'investisseur, c'est sa responsabilité de bien investir", a rappelé Vincent Jeanbrun.
Un tournant global pour le logement en France
Ces trois mesures – réforme de MaPrimeRénov', restriction des APL, nouveau statut fiscal – dessinent une politique cohérente : recentrer les aides publiques sur les rénovations globales et l'efficacité énergétique, tout en réduisant les dépenses budgétaires et en soutenant l'investissement locatif privé.
Le ministre ne se dit pas favorable, en revanche, à une réduction des loyers pour les logements mal isolés en été. "Ce qui m'intéresse, c'est qu'on soit dans le positif, c'est-à-dire qu'on donne envie aux propriétaires de rénover", a-t-il expliqué. Une approche incitative plutôt que punitive, qui sera observée de près par les associations de locataires et les professionnels de l'immobilier.
Alors que le pays subit une nouvelle vague de chaleur et que la motion de censure des Écologistes est déposée, la stratégie de Vincent Jeanbrun pourrait bien être l'un des enjeux centraux du débat parlementaire de la rentrée.
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