Un accord sans pouvoir de sanction
Le 29 septembre, à la Maison-Blanche, les dirigeants des plus grandes entreprises d'intelligence artificielle — OpenAI, Anthropic, Google, Meta, Nvidia et xAI — ont signé un document baptisé White House Accord on Super Intelligence. Présenté par Donald Trump comme une « constitution » morale pour encadrer les modèles les plus puissants, ce texte prévoit quatre niveaux de vérification : contrôle interne, équipe spécialisée, audit externe et comité du conseil d'administration. Mais, comme le souligne La Tribune, il ne crée ni autorité publique dédiée, ni amende, ni procédure contraignant un signataire à suspendre un modèle défaillant. L'accord reste un engagement volontaire entre industriels, sans portée juridique contraignante.
La réunion a rassemblé Mark Zuckerberg, Sundar Pichai, Greg Brockman, Dario Amodei et Jensen Huang, selon les informations de CNN et de l'AFP. Elon Musk était également attendu à Washington pour le lancement d'un nouveau site centralisant les services fédéraux. Interrogé sur Fox Business, le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a confirmé que la supervision de l'IA était au menu des discussions, tout en se disant opposé à des « limites strictes » ou à un « moratorium » sur le développement de la technologie.
Un chatbot trop bavard
Deux jours après cette grand-messe, c'est un autre outil qui défraie la chronique. America.gov, le portail gouvernemental lancé par la Maison-Blanche pour simplifier l'accès aux services fédéraux, intègre un chatbot alimenté par l'IA. Mais le robot conversationnel a rapidement contredit Donald Trump sur des sujets sensibles. Interrogé sur une éventuelle fraude électorale massive en 2020, il a répondu que les évaluations officielles n'avaient pas mis en évidence de fraude susceptible d'avoir modifié le résultat. Une réponse reprise par des élus démocrates, dont le sénateur Adam Schiff, qui a salué sur X « une réponse claire dans le gouvernement de Trump ».
Le ton a changé dès le lendemain. À la même question, le chatbot a cette fois répondu : « Je ne fournis ni commentaires politiques ni analyses des élections passées. » Selon le Parisien, il a toutefois continué à réfuter d'autres affirmations contestées du président, notamment sur l'inflation. Impossible de savoir si l'administration a modifié les paramètres du robot.
Pourquoi le sujet est devenu brûlant
La question de la supervision de l'IA s'est imposée dans le débat public après une série d'incidents rapportés par OpenAI, Anthropic, Google et Meta ces derniers mois. La société OpenAI a même renoncé à lancer une nouvelle version de son modèle, jugée insuffisamment contrôlée. Selon un sondage CNN réalisé mi-septembre, 82 % des Américains se disent inquiets du rythme de développement de l'intelligence artificielle. L'appel de Dario Amodei à ralentir la cadence a été vivement critiqué, y compris au sein de la majorité présidentielle.
À l'approche des élections législatives du 3 novembre, le sujet est devenu un thème de campagne. La Maison-Blanche tente de trouver un équilibre entre la volonté de ne pas freiner l'innovation et la nécessité de répondre aux inquiétudes du public. Mais l'accord signé le 29 septembre laisse les entreprises seules juges de leurs manquements. « Qui contrôlera les contrôleurs ? » s'interroge La Tribune.
Un précédent qui interroge
L'exemple d'Americ.gov illustre les limites de cette approche. En l'absence d'arbitre public, la correction d'un dérapage dépend de la seule volonté de l'administration ou de l'entreprise. Le chatbot a été amendé en un jour, sans qu'aucune autorité indépendante n'ait été saisie. Cette situation pourrait nourrir les critiques sur l'absence de cadre contraignant, à un moment où les appels à une régulation plus stricte se multiplient.
Au-delà des États-Unis, la question de la supervision de l'IA devient un enjeu mondial. L'Australie a récemment adopté une législation sur la sécurité nationale et l'IA, et d'autres pays pourraient suivre. Pour l'instant, la Maison-Blanche mise sur la coopération volontaire des géants du secteur. Une approche qui, à l'image du chatbot America.gov, pourrait montrer ses limites face à des systèmes de plus en plus autonomes.
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