Madagascar sous tension : disparitions d'enfants, migrations clandestines et crise politique
La Grande Île traverse une période sombre. Depuis le début de l'année 2026, une vague de disparitions et de meurtres d'enfants sème la psychose dans la capitale Antananarivo. Dans le même temps, au large de Nosy Be, la marine nationale intercepte régulièrement des embarcations de migrants tentant de rejoindre Mayotte. En toile de fond, une junte militaire dirigée par le colonel Michaël Randrianirina tente de maintenir son emprise sur le pays.
La psychose des disparitions : 90 mineurs victimes en six mois
Selon les chiffres de la police malgache, 172 plaintes pour disparition ont été enregistrées depuis janvier, dont 164 concernent des mineurs. Rien qu'à Antananarivo, 90 jeunes ont été tués ou enlevés, et huit corps d'enfants ont été retrouvés sans vie. Les corps sont découverts dans des carrières, des canaux d'évacuation ou des zones isolées, souvent mutilés. Aucune demande de rançon n'a été formulée, ce qui alimente les théories du complot. Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a déclaré : « Nous sommes en guerre », tandis que le président Randrianirina a qualifié ces actes de « terroristes ». Les autorités pointent une tentative de déstabilisation du régime militaire.
Migrations clandestines : l'éternel piège de Mayotte
Au nord-ouest du pays, le phénomène des départs clandestins vers Mayotte, département français, ne faiblit pas. Dans la nuit du 11 au 12 juillet, 22 personnes – dont des femmes et des enfants – ont été interceptées par la marine nationale au large de Nosy Be. Les embarcations, de simples pirogues, ne respectent aucune norme de sécurité. Les risques de naufrage sont élevés. En janvier dernier, une autre embarcation avec 19 jeunes à bord avait déjà été arraisonnée. Les autorités cherchent à démanteler les réseaux de passeurs qui organisent ces traversées.
Un contexte politique brûlant
Ces drames surviennent alors que Madagascar est sous le joug d'une junte militaire depuis le putsch de 2025. Le colonel Randrianirina, autoproclamé président de la « République de la Refondation », est contesté par une partie de la population et de l'opposition. Le député Antoine Rajerison, figure de la résistance paysanne, continue de défier le pouvoir en place. Dans ce climat de répression, les ONG dénoncent une dégradation des droits humains et une impunité croissante. La psychose liée aux disparitions d'enfants nourrit la défiance envers un régime déjà fragilisé.
Entre tradition et espoir : la régate des boutres
Pourtant, au milieu de cette actualité dramatique, un événement positif a lieu cette semaine : le Sookany Trophy, la plus grande régate de voiliers traditionnels de l'histoire de Madagascar. Entre Ramena et Diego Suarez, quarante boutres aux voiles colorées ont pris le départ d'un parcours de 34 kilomètres. L'objectif : mettre en valeur le patrimoine maritime malgache, hérité des échanges arabo-musulmans. Le fondateur Geoffrey Gaspard rappelle : « Nous ne sommes pas arrivés à la nage à Madagascar, nous sommes tous arrivés à la voile. » Une manière de rappeler que, malgré tout, l'île conserve une richesse culturelle et humaine inestimable.
Perspectives : des enjeux multiples pour l'avenir de l'île
Madagascar se trouve à un tournant. La combinaison d'une crise sécuritaire interne, d'une pression migratoire vers Mayotte et d'un régime militaire contesté crée une instabilité durable. Les prochains mois seront décisifs : le gouvernement pourra-t-il endiguer la vague de crimes violents ? Parviendra-t-il à lutter contre les réseaux de passeurs tout en préservant les droits des migrants ? Et surtout, la communauté internationale, notamment la France, jouera-t-elle un rôle dans la résolution de cette crise ? Comme souvent en Afrique, les solutions devront venir d'abord de l'intérieur. Mais le soutien extérieur, en matière de surveillance maritime ou d'aide humanitaire, pourrait faire la différence. Alors que la planète a les yeux rivés sur d'autres conflits, Madagascar rappelle que les crises silencieuses – celles qui volent la vie des enfants et des migrants – méritent tout autant l'attention.
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