Livret A à 1,7 % : une hausse insuffisante face à l'inflation qui repart
Le gouvernement a confirmé, mercredi 15 juillet 2026, le relèvement du taux du Livret A de 1,5 % à 1,7 % à partir du 1er août. Il s'agit de la première hausse de ce livret réglementé, détenu par 83 % des Français, depuis février 2023. Le LDDS suit automatiquement la même progression. Le taux du LEP, réservé aux ménages modestes, est maintenu à 2,5 %, malgré une formule de calcul qui aurait dû le faire descendre à 2,2 %. Ce coup de pouce politique vise à préserver le pouvoir d'achat des plus fragiles, alors que l'inflation repart.
Un rendement réel négatif pour les épargnants
Si le ministre de l'Économie Roland Lescure a salué sur TF1 une « bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat », la réalité est plus nuancée. L'Insee anticipe une inflation moyenne de 2 % sur l'année 2026, avec une accélération au second semestre, jusqu'à 2,3 % en août et peut-être 2,7 % en décembre. Le rendement réel du Livret A sur l'année serait donc négatif : 1,6 % de rendement annuel brut, soit -0,4 % après inflation. Concrètement, pour un livret au plafond de 22 950 euros, les intérêts annuels atteindront environ 367 euros, quand il en faudrait 413 à 459 euros pour maintenir le pouvoir d'achat.
Le LEP résiste, entre coup de pouce et fin annoncée
Le Livret d'épargne populaire, lui, reste à 2,5 %, soit un rendement réel positif. Mais cette stabilité est politique : la règle de calcul, basée sur l'inflation et le taux du Livret A, aurait imposé une baisse à 2,2 %. L'exécutif a choisi de maintenir un écart de 1 point avec le Livret A, comme il l'avait déjà fait en février. Ce faisant, il repousse l'échéance d'une baisse qui pourrait survenir dès la prochaine révision, si l'inflation ralentit. Le LEP conserve donc un attrait pour les 12 millions de détenteurs, mais l'écart de rendement avec le Livret A se resserre, ce qui pourrait inciter les épargnants à arbitrer.
Pourquoi le taux du Livret A remonte maintenant
La formule de calcul du Livret A repose sur deux variables : la moyenne semestrielle de l'inflation hors tabac et le taux interbancaire €STR. Les deux ont joué dans le même sens. L'inflation est repartie à la hausse depuis le printemps, alimentée par la flambée des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen-Orient. Elle a culminé à 2,4 % en mai avant de redescendre à 1,8 % en juin. La moyenne semestrielle a suffi à faire remonter le curseur. C'est un rebien après deux ans de baisses continues : le Livret A était passé de 3 % en janvier 2025 à 2,4 % en août, puis 1,7 % en février, et enfin 1,5 % depuis le 1er février 2026, son plus bas niveau depuis 2022.
Un historique de baisse qui a vidé les livrets
Cette érosion a provoqué une décollecte inédite : plus de 5 milliards d'euros ont quitté les Livrets A et LDDS depuis janvier 2026, selon la Caisse des Dépôts. La hausse annoncée pourrait freiner cette fuite, mais ne suffira pas à inverser la tendance, car le rendement reste inférieur à l'inflation. Les épargnants se tournent vers d'autres placements, comme l'assurance-vie ou les fonds euros, qui offrent des rendements supérieurs tout en restant sécurisés.
Conséquences et perspectives pour les épargnants
La hausse du Livret A a un impact concret mais modeste. Pour un épargnant ayant gardé 22 950 euros sur son livret toute l'année, les intérêts passeront de 348 euros (avec un taux constant à 1,5 %) à 367 euros, soit un gain de 19 euros. Mais en comparaison des années précédentes, la baisse est brutale : en 2025, le même livret rapportait 495 euros, et 688 euros en 2024.
Sur le fond, la situation confirme que le Livret A conserve avant tout ses atouts de disponibilité, de capital garanti et d'exonération fiscale, mais ne doit pas être considéré comme un placement rémunérateur dans le contexte actuel d'inflation persistante. Le LEP, lui, reste le seul produit réglementé à offrir un rendement réel positif, ce qui en fait un outil de choix pour les ménages modestes, à condition de veiller à son ouverture.
Le gouvernement devra trancher dans les prochains mois sur l'avenir du LEP : prolonger le coup de pouce ou laisser la formule mécanique s'appliquer. Une baisse du LEP risquerait de pénaliser les épargnants les plus vulnérables, dans un contexte où la hausse des prix pèse sur le pouvoir d'achat. Les décisions à venir seront scrutées de près par les millions de Français qui utilisent ces livrets comme matelas de sécurité.
Cette actualité rappelle que l'épargne réglementée, bien que stable, n'est pas à l'abri des aléas économiques. Alors que l'inflation repart, les épargnants doivent surveiller de près les rendements réels de leurs placements.
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