Les Echos misent sur la curation avec le lancement de « La Sélection »
Ce mardi 2 juin 2026, le quotidien économique Les Echos dévoile une nouvelle offre éditoriale baptisée « La Sélection ». Selon les informations rapportées par The Media Leader, cette formule remplace l’onglet « 18-20 », lancé en janvier 2025, et se positionne comme un produit de curation pensé pour attirer des lecteurs encore non abonnés. Proposée au prix de 9,90 euros par mois, « La Sélection » réunit une quinzaine d’articles triés sur le volet, issus du travail des 200 journalistes de la rédaction.
L’objectif affiché est clair : permettre aux lecteurs de « distinguer l’information qui compte, de décrypter les grandes évolutions du moment et de prendre de la hauteur face à un flot d’actualité jugé envahissant », comme l’explique Christophe Jakubyszyn, directeur des rédactions des Echos, dans les colonnes de Stratégies. Une manière de répondre à une saturation informationnelle croissante, en offrant un accès filtré et qualitatif à l’essentiel de l’actualité économique.
Une déclinaison multi-supports
« La Sélection » n’est pas qu’un simple onglet : elle illustre une stratégie plus large de déclinaison des contenus. Les articles produits par la rédaction sont retravaillés et proposés sous des formes variées : du papier au PDF, du site à l’application, en passant par la vidéo et le podcast. Cette approche vise à s’adapter aux usages de chacun, dans un paysage médiatique où la consommation d’information est de plus en plus fragmentée.
Pourquoi ce lancement est stratégique pour le groupe Les Echos-Le Parisien
Le groupe Les Echos-Le Parisien, propriété de LVMH, traverse une phase de transformation profonde. Depuis plusieurs mois, il multiplie les initiatives pour diversifier ses activités et moderniser son offre. En témoigne la création récente d’un pôle Culture & Connaissance, regroupant les activités Arts, Histoire et Musique, sous la direction de Claire Lénart. Ou encore l’annonce du départ du siège historique parisien vers Puteaux, un déménagement qui symbolise une volonté de repenser les modes de travail et de rapprocher les équipes.
Dans ce contexte, « La Sélection » répond à un enjeu crucial : convertir de nouveaux abonnés. À l’heure où les revenus publicitaires traditionnels s’effritent, la monétisation directe de l’audience via des abonnements numériques est devenue une priorité pour la presse économique. En proposant une offre d’entrée de gamme à moins de 10 euros, Les Echos cherche à capter un public plus large, sensible à la curation éditoriale plutôt qu’à un accès illimité.
Un marché de la curation en pleine expansion
« La Sélection » s’inscrit dans une tendance plus large observée dans les médias anglo-saxons, avec des newsletters comme The Morning du New York Times ou The Week qui misent sur la sélection éditoriale pour fidéliser les lecteurs. En France, Le Monde a également développé des offres similaires. Cette approche répond à une demande croissante de « slow information », où la qualité prime sur la quantité.
Quelles implications pour l’avenir des médias économiques ?
Ce lancement pose plusieurs questions sur l’évolution du modèle économique de la presse spécialisée. D’une part, il confirme que la curation devient un produit à part entière, capable de générer des revenus récurrents. D’autre part, il interroge sur la place des abonnements premium et des offres tout-en-un. En proposant une formule à 9,90 euros, Les Echos pourraient cannibaliser une partie de leur base d’abonnés actuels, ou au contraire élargir leur audience.
Par ailleurs, ce mouvement s’accompagne de mutations technologiques et immobilières. Le groupe Les Echos-Le Parisien n’hésite pas à repenser ses structures, comme en témoigne le départ pour Puteaux, qui libère des surfaces coûteuses à Paris. Dans un secteur où chaque euro compte, ces décisions sont cruciales pour financer l’innovation éditoriale.
Une tendance qui dépasse la presse économique
Au-delà des Echos, la démarche illustre une mutation plus globale du journalisme. Les rédactions cherchent à se différencier par la valeur ajoutée de leur sélection, plutôt que par le volume d’articles produits. Dans un monde saturé d’informations, le rôle du journaliste n’est plus seulement de collecter des faits, mais de les hiérarchiser et de les contextualiser.
Alors que d’autres médias, comme TF1 avec la saga Zodiaque ou encore les tensions géopolitiques en Ukraine, continuent d’alimenter l’actualité, « La Sélection » se veut une réponse éditoriale à l’urgence informationnelle. Reste à savoir si les lecteurs seront prêts à payer pour un filtre de qualité, dans un écosystème numérique où l’information gratuite abonde.
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