Le Canon français officialise sa venue à Carcassonne
La municipalité de Carcassonne a confirmé, ce mercredi 21 octobre 2026, la tenue du banquet du Canon français le samedi 29 mai 2027 au centre de congrès du Dôme. L'annonce, relayée sur les réseaux sociaux de la Ville, marque l'aboutissement d'un processus engagé depuis plusieurs mois. Les réservations sont d'ores et déjà ouvertes pour cet événement qui promet « produits locaux, grande tablée et musique », selon la communication officielle.
Le maire RN de la cité audoise, Christophe Barthès, avait rencontré les organisateurs durant l'été avant d'acter la nouvelle. Le banquet, qui se déroulera de midi à 17 heures, propose un repas complet (entrée, plat, fromage, dessert) pour un tarif de 79,99 euros par personne, avec plus d'un kilogramme de nourriture et quatre consommations incluses. Une formule qui séduit les amateurs de convivialité, mais qui ne fait pas l'unanimité.
Une opposition locale qui s'organise
Dès l'annonce en juillet dernier, des voix se sont élevées contre la tenue de l'événement. Une pétition en ligne, lancée par un anonyme, demande au maire de renoncer à accueillir ce qu'elle qualifie de « projet politique identitaire ». Elle a recueilli plus de 1 300 signatures à ce jour. Le chef de file socialiste de l'opposition municipale, Alix Soler-Alcaraz, dénonce « une case supplémentaire dans la caricature » et plaide pour une autre conception de la fête : « À Carcassonne, nous n'avons pas besoin du Canon français pour avoir le sens de la fête, le goût du terroir et le plaisir de partager une bonne table. La convivialité a meilleur goût quand elle rassemble tout le monde, pas quand elle devient une arme de division. »
Le collectif Nous Carcassonne maintient également son opposition et appelle au boycott. Yassin El Kdim, cofondateur, met en garde : « Derrière les nappes à carreaux et les produits du terroir, il ne faut pas oublier les controverses qui entourent cet organisateur. »
Un événement déjà marqué par les controverses
Le Canon français ne en est pas à sa première polémique. Depuis plusieurs années, ces banquets géants, fondés par Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse et Géraud de la Tour, ont essaimé dans toute la France, de Caen à Biarritz en passant par la Dordogne. Si l'objectif affiché est de célébrer la gastronomie et les traditions françaises, l'événement a régulièrement été éclaboussé par des incidents.
En avril 2026, un banquet organisé à Caen avait défrayé la chronique : un journaliste de Radio France avait rapporté des propos racistes et des gestes s'apparentant à des saluts nazis. Une enquête avait été ouverte par le parquet. Ces débordements ont alimenté les critiques contre un événement dont l'actionnaire majoritaire n'est autre que le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, figure controversée proche de l'extrême droite, comme l'avait révélé une enquête de L'Humanité en 2024.
Biarritz : la controverse rebondit
L'actualité du Canon français ne se limite pas à Carcassonne. À Biarritz, où un banquet est prévu le 28 novembre 2026 à la halle d'Iraty, les organisateurs dénoncent une demande de l'État de financer le dispositif policier destiné à encadrer les opposants. Selon leur récit, un courrier du commissariat, agissant sur instruction du sous-préfet, leur réclamerait de payer pour la sécurité d'un rassemblement susceptible de dégénérer. « Il faut maintenant payer l'État EN PLUS pour que la police fasse son travail ?! », s'indignent-ils sur les réseaux sociaux.
De leur côté, les opposants, dont le site militant La Grappe relaie un appel à une mobilisation antifasciste, affirment avoir obtenu du sous-préfet de Bayonne qu'un devis soit adressé à l'organisateur. Une situation qui illustre la tension croissante autour de ces banquets, entre liberté de réunion et risque de troubles à l'ordre public.
Un révélateur des fractures françaises
L'implantation du Canon français à Carcassonne, comme ailleurs, dépasse largement le cadre d'un simple banquet gastronomique. Elle cristallise les oppositions entre d'un côté, une célébration revendiquée de l'art de vivre à la française et du terroir, et de l'autre, des critiques dénonçant une entreprise politique identitaire aux relents xénophobes. La présence de Pierre-Édouard Stérin au capital, les incidents de Caen et les appels au boycott témoignent d'un climat de défiance qui ne devrait pas s'apaiser.
À l'approche de l'échéance de mai 2027, la municipalité de Carcassonne devra gérer une équation délicate : honorer son engagement auprès des organisateurs tout en répondant aux attentes d'une partie de la population et de l'opposition. Ce dossier pourrait bien devenir un enjeu des prochaines élections municipales, dans une ville où le Rassemblement national a conquiert la mairie en 2020. Au-delà, c'est la question de la place des événements identitaires dans l'espace public qui est posée, à l'heure où les tensions politiques se traduisent de plus en plus par des mobilisations autour de la table et des traditions.
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