Le streamer américain Johnny Somali, de son vrai nom Ismael Ramsey Khalid, fait à nouveau la une de l'actualité pour les pires raisons. Après une série de scandales au Japon, c'est désormais en Corée du Sud que ce créateur de contenu controversé se retrouve dans le viseur de la justice. Entre deepfake illégal et dégradation d'un monument commémoratif, les charges qui pèsent contre lui sont lourdes et pourraient conduire à une peine de prison significative.
Un profil de streamer déjà bien connu pour ses provocations
Avant même de poser le pied en Corée du Sud, Johnny Somali s'était bâti une réputation sulfureuse sur les plateformes de streaming en direct, notamment sur Kick, concurrent moins restrictif que Twitch. C'est lors de séjours au Japon que le grand public avait découvert ses agissements : l'influenceur s'était rendu célèbre en criant le mot « Hiroshima » dans des rames de métro bondées, provoquant la stupeur et l'indignation des passagers. Ce type de comportement, délibérément offensant envers la mémoire des victimes de bombardements atomiques, lui avait valu une première vague de critiques internationale.
Son mode opératoire repose sur la provocation filmée en direct, générant des réactions fortes qui alimentent sa visibilité en ligne. Une stratégie de notoriété cynique qui l'a finalement conduit à des démêlés judiciaires sérieux.
Les deux affaires qui l'opposent à la justice sud-coréenne
Le deepfake : une fausse petite amie créée par IA
La première affaire concerne l'utilisation frauduleuse de l'intelligence artificielle générative. Johnny Somali est accusé d'avoir créé un deepfake mettant en scène une streameuse sud-coréenne populaire connue sous le pseudonyme Bongbong, en simulant un baiser avec elle. La vidéo, depuis supprimée mais dont des captures ont circulé sur les réseaux sociaux, portait clairement le filigrane de l'outil « Hailuo AI », confirmant sans ambiguïté le recours à la manipulation numérique.
Si la streameuse concernée avait dans un premier temps déposé plainte avant de la retirer, l'affaire ne s'arrête pas là. La Corée du Sud a en effet adopté le 26 septembre 2024 une législation particulièrement stricte sur les deepfakes à caractère sexuel. En vertu de cette loi, toute personne produisant ou diffusant ce type de contenu s'expose à une peine pouvant aller jusqu'à sept ans d'emprisonnement, assortie d'une amende pouvant atteindre 20 000 dollars. Les autorités sud-coréennes, indépendamment du retrait de la plainte individuelle, pourraient décider de poursuivre d'office, tant la lutte contre les deepfakes est devenue une priorité législative dans le pays.
La dégradation d'un monument dédié aux victimes de l'esclavage sexuel
La seconde affaire est peut-être encore plus grave sur le plan symbolique. Le 5 novembre 2024, en plein live sur sa chaîne Kick, Johnny Somali a délibérément dégradé un monument commémoratif dédié aux « femmes de réconfort » — les victimes d'esclavage sexuel imposé par l'armée japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. Ce sujet reste profondément sensible en Corée du Sud, où ces mémoriaux sont des lieux de recueillement chargés d'une forte charge historique et émotionnelle.
L'acte, commis en direct devant des milliers de spectateurs, a provoqué une onde de choc immédiate. Johnny Somali a été interpellé par la police peu après les faits. Pour cette infraction, il encourt une peine pouvant atteindre dix ans de prison. Dans l'attente de son jugement, une interdiction de quitter le territoire sud-coréen lui a été signifiée, le plaçant sous contrôle judiciaire.
Le cadre légal sud-coréen : une réponse ferme aux dérives numériques et aux atteintes mémorielles
La Corée du Sud se distingue par une législation particulièrement proactive face aux nouvelles formes de criminalité numérique. La loi adoptée en septembre 2024 sur les deepfakes s'inscrit dans une tendance plus large de renforcement des protections contre les atteintes à l'image et à la dignité des personnes en ligne. Ce texte répond à une préoccupation sociale croissante, notamment après plusieurs scandales impliquant des images manipulées de femmes, souvent à des fins de harcèlement ou d'humiliation publique.
Par ailleurs, la protection des monuments historiques et mémoriaux fait l'objet d'un arsenal juridique solide, reflétant l'importance accordée par la société coréenne à la mémoire collective, en particulier celle liée aux traumatismes de la colonisation japonaise et de la Seconde Guerre mondiale.
Un phénomène plus large : quand les streamers font des pays étrangers leur terrain de jeu
Le cas de Johnny Somali n'est malheureusement pas isolé. Il s'inscrit dans une tendance préoccupante où certains créateurs de contenu occidentaux utilisent leurs séjours à l'étranger — notamment en Asie de l'Est — comme cadre pour des provocations calculées, tablant sur l'incompréhension culturelle ou la distance géographique pour échapper aux conséquences. Au Japon, plusieurs influenceurs avaient déjà fait l'objet de critiques ou d'expulsions pour comportements irrespectueux.
Ce phénomène soulève des questions profondes sur la responsabilité des plateformes de streaming qui hébergent ces contenus, souvent en toute connaissance de cause. Kick, sur laquelle Johnny Somali est actif, est régulièrement pointée du doigt pour sa modération jugée insuffisante par rapport à ses concurrentes.
Ce que l'on attend du jugement
À ce stade, Johnny Somali se trouve dans une situation juridique délicate, cumulant deux dossiers distincts aux conséquences potentiellement très lourdes. Si les charges relatives au deepfake et à la dégradation du monument sont retenues dans leur intégralité, le streamer pourrait théoriquement faire face à une peine combinée significative. L'issue de cette affaire sera suivie de près, tant elle pourrait faire jurisprudence sur la manière dont les pays traitent les créateurs de contenu étrangers qui se rendent coupables d'infractions sur leur sol — et sur la responsabilité des plateformes qui leur offrent une audience mondiale.