Un voyage d'étude en Espagne pour repenser les horaires de travail
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a annoncé ce lundi 29 juin 2026 qu'il allait se rendre en Espagne avec les partenaires sociaux pour étudier les mesures d'adaptation à la chaleur extrême. "Il faut qu'on considère que la France, l'été, ça devient l'Espagne", a-t-il déclaré sur franceinfo, alors que le pays sort d'une canicule sans précédent qui a fait plus de 1 000 morts.
Le ministre propose de s'inspirer du modèle espagnol de "jornada intensiva", qui permet aux travailleurs de débuter et terminer plus tôt leur journée de travail en supprimant la pause déjeuner. "Pour être très concret, dans les conventions collectives dans le BTP, pendant les périodes de canicule, il n'y a pas de travail durant les heures chaudes", a-t-il expliqué.
2 600 contrôles et 227 mises en demeure
Jean-Pierre Farandou a défendu l'action du gouvernement en rappelant qu'un décret "oblige à éviter les horaires les plus chaudes de travail et à travailler quand il fait plus frais, notamment le matin". Selon lui, 2 600 contrôles de l'inspection du travail ont été réalisés depuis le 22 mai, aboutissant à 227 mises en demeure d'entreprises ne respectant pas leurs obligations.
Il a également demandé aux préfets de prendre des arrêtés pour suspendre les chantiers l'après-midi. "J'ai confiance dans les chefs d'entreprise. La grande majorité prend les mesures pour leurs salariés", a-t-il affirmé.
Une canicule qui interroge le modèle social français
La vague de chaleur de juin 2026 a mis en lumière les limites du droit du travail actuel face aux épisodes climatiques extrêmes. Un agent d'entretien est décédé d'hyperthermie dans le Nord, et un conducteur de bus a fait un malaise avant d'encastrer son véhicule dans un arbre. Ces drames ont relancé le débat sur la nécessité d'adapter les conditions de travail.
Le débat sur le seuil de température
Le ministre a reconnu la difficulté de fixer un seuil de température unique à partir duquel le travail serait suspendu. "Certaines personnes disent 30 degrés, si on arrête la France à 30 degrés je ne vois pas comment on fait. Les sociétés savantes n'arrivent pas à se mettre d'accord sur les températures, il y a l'humidité qui compte aussi", a-t-il précisé.
Cette position est critiquée par une partie de l'opposition. Sandrine Rousseau a notamment appelé à censurer un gouvernement jugé "incompétent" sur la gestion de la canicule, estimant que les mesures annoncées arrivent trop tard.
Vers une transformation profonde de l'organisation du travail
Au-delà des mesures d'urgence, Jean-Pierre Farandou propose une réflexion de fond sur l'organisation du travail en France. "Effectivement, les horaires 9h-18h sont-ils adaptés ? On peut en discuter", a-t-il lancé.
Un modèle agile pour l'été
Le voyage d'étude en Espagne, qui devrait durer "deux ou trois jours", vise à comprendre comment la société espagnole s'est adaptée à des températures dépassant régulièrement les 40 degrés. "On essaiera de comprendre comment ça marche, comment ils ont pris cette décision, qu'est-ce que ça donne ? Est-ce qu'ils sont satisfaits des résultats ?", a détaillé le ministre.
Cette démarche s'inscrit dans une tendance plus large : la France doit-elle généraliser des journées de travail intensives l'été, à l'image de ce qui se pratique dans plusieurs régions d'Espagne ? Le ministre estime que toute la société doit se réorganiser, citant également les compétitions sportives, les festivals ou les examens qui ont lieu en juin.
Un enjeu de santé publique et économique
Alors que les épisodes de canicule devraient se multiplier dans les années à venir, l'adaptation du monde du travail devient un enjeu majeur. L'objectif est de concilier protection des salariés et maintien de l'activité économique. Jean-Pierre Farandou propose d'engager "un grand travail de réflexion" avec les partenaires sociaux pour anticiper ces périodes de chaleur extrême.
Cette annonce intervient alors que le gouvernement est sous pression pour montrer sa capacité à gérer les conséquences du dérèglement climatique. La proposition de s'inspirer du modèle espagnol pourrait ouvrir la voie à une réforme en profondeur du code du travail pour les périodes estivales.
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