Jean-Marc Jancovici : « La décrue fossile, on y est » et son plan pour la France

Jean-Marc Jancovici : « La décrue fossile, on y est » et son plan pour la France

Jean-Marc Jancovici : « La décrue fossile, on y est » et son plan pour la France

Un discours cash à Toulon

« La décrue fossile, on y est ! » C'est par cette phrase choc que Jean-Marc Jancovici a marqué les esprits lors des Rencontres stratégiques de la Méditerranée (RSMed 2026), qui se tenaient le 7 octobre à Toulon. Invité comme « grand témoin » de ce rendez-vous géopolitique varois, l'ingénieur et cofondateur du Shift Project a livré un diagnostic sans concession sur l'avenir énergétique mondial. Devant un amphithéâtre comble au palais Neptune, il a commencé son intervention par un extrait de l'appel du 18 juin 1940, avant de traduire : « Force mécanique » signifie « énergie ». Pour lui, « l'énergie est la mère du pouvoir », qu'il soit militaire ou économique, et « le camion est le globule rouge de l'économie ».

Mais le message central était ailleurs : la production pétrolière européenne a atteint son pic depuis la fin des années 2000. « Cette décrue n'est pas le résultat d'une politique climatique. On a juste vidé le placard », a-t-il asséné, balayant l'idée d'un sursaut grâce aux nouveaux forages. Selon lui, si l'on considère les 16 premiers fournisseurs de pétrole de l'Europe, leur production sera divisée par deux d'ici à 2050. Un constat qui invite à repenser en profondeur nos modèles économiques.

Un livre pour préparer la France aux crises

Quelques jours plus tard, le 14 octobre, le Shift Project publie « Réussir à l'ère des crises » aux éditions Odile Jacob. Ce livre, coordonné par Jean-Marc Jancovici, compile les recommandations du think tank pour maîtriser la transition énergétique et protéger les Français face aux chocs à venir. À six mois de l'élection présidentielle, l'ouvrage se veut un outil de confrontation des programmes politiques à la réalité physique : avec quelle énergie ? Quels matériaux ? Quels travailleurs ? Quelles infrastructures ?

Le plan propose une électrification massive des transports, du chauffage et de l'industrie, une production d'électricité bas-carbone – nucléaire et renouvelables – et une maîtrise de la consommation. « Se passer du pétrole ou du gaz, c'est protéger les ménages français », souligne le Shift Project. Chaque pompe à chaleur qui remplace une chaudière à gaz, chaque voiture électrique qui remplace un véhicule thermique met un ménage à l'abri des chocs pétroliers et gaziers. Le think tank insiste sur la notion de « robustesse » : un système doit continuer à fonctionner en toutes circonstances, comme un train à grande vitesse ou une centrale nucléaire.

Une analyse qui bouscule le débat public

Jean-Marc Jancovici n'est pas un inconnu du débat public. Depuis plusieurs années, il martèle que la transition énergétique ne pourra se faire sans une compréhension partagée des enjeux climatiques et physiques. Dans un entretien au Monde, il affirme : « Tant qu'il n'y a pas dans la population une compréhension partagée du climat, le politique ne bougera pas. » Une manière de pointer la responsabilité des décideurs, mais aussi celle des citoyens et des médias.

Récemment, il s'est montré sceptique face aux promesses de Sébastien Lecornu, ancien ministre de l'Énergie, estimant que les annonces ne sont pas à la hauteur des enjeux. Cette posture critique, il l'applique à tous les bords politiques. Le Shift Project ne soutient aucun candidat, mais confronte chaque programme à la réalité des ressources. Une démarche saluée par certains, jugée trop pessimiste par d'autres, mais qui a le mérite de poser des questions essentielles.

Un plan robuste pour le prochain quinquennat

Le livre « Réussir à l'ère des crises » avance des propositions concrètes : électrification des usages, sobriété, relocalisation de certaines productions, formation de la main-d'œuvre aux métiers de la transition. Le Shift Project estime que ces mesures pourraient créer des centaines de milliers d'emplois. Il ne s'agit pas seulement de réduire les émissions, mais de préparer le pays à des perturbations extérieures – pandémies, blocages de détroits, guerres aux portes de l'Europe – qui ne manqueront pas de survenir.

L'ouvrage rappelle que la France a déjà encaissé six ans de chocs non planifiés. Le prochain quinquennat en connaîtra d'autres. D'où l'importance d'un plan « robuste », capable de fonctionner malgré les crises. Pour Jancovici, la décrue fossile n'est pas une option : elle est déjà là. La question n'est plus de savoir si elle aura lieu, mais comment s'y adapter sans sacrifier la cohésion sociale et la souveraineté nationale.

Un écho aux débats politiques actuels

À six mois de la présidentielle, les idées de Jean-Marc Jancovici résonnent avec les préoccupations des Français : pouvoir d'achat, emploi, indépendance énergétique. Elles croisent aussi les débats sur l'électrification du parc automobile, alors que le Mondial de l'Auto de Paris vient de s'achever et que le gouvernement mise sur la voiture électrique pour réduire les importations de pétrole. Comme le souligne le Shift Project, chaque véhicule électrique supplémentaire est une protection contre les chocs pétroliers.

D'autres personnalités politiques s'emparent de ces thèmes, à l'image de Jean-Luc Mélenchon qui critique la politique économique du gouvernement, ou de Zemmour qui doute de la capacité de Bardella à porter un projet de rupture. Mais Jancovici se place au-dessus de la mêlée partisane, invitant à une réflexion collective sur les limites physiques de notre monde. Son message est clair : la décrue fossile est engagée, et il est temps de s'y préparer sérieusement.

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