Jancovici lance « Un Commun accord » : 150 citoyens pour peser sur la présidentielle

Avec Un commun accord, Jean-Marc Jancovici lance une assemblée citoyenne pour débattre des dilemmes autour du changement climatique et peser dans le débat de l'élection présidentielle.

Une assemblée citoyenne inédite démarre à Paris

Cent cinquante Français tirés au sort se réunissent pour la première fois ce samedi 19 septembre au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. Ils participent à « Un Commun accord », une assemblée citoyenne lancée par l'ingénieur Jean-Marc Jancovici, président-fondateur du Shift Project. Objectif affiché : faire émerger des propositions sur les « dilemmes associés à notre époque » et nourrir le débat de l'élection présidentielle de 2027.

Contrairement à la Convention citoyenne pour le climat de 2020, cette initiative ne vient pas de l'État mais de la société civile. Les participants, issus de régions, de professions et d'horizons politiques divers, doivent se retrouver six week-ends durant pour plancher sur des questions écologiques, budgétaires et sociétales. « On espère que sur des problèmes bien précis, il va y avoir une intelligence collective et qu'on va arriver à des points de convergence », a expliqué Jean-Marc Jancovici sur franceinfo.

Parmi les dilemmes soumis aux citoyens figurent des arbitrages concrets : faut-il privilégier des voitures importées moins chères ou des véhicules français plus coûteux pour soutenir l'emploi ? Comment concilier liberté de déplacement et réduction de la pollution ? Faut-il relocaliser l'extraction minière sur le sol français, avec les nuisances associées, ou continuer à importer des métaux ? Autant de « situations dans lesquelles on ne peut plus gagner sur tous les tableaux », résume l'ingénieur.

Un financement participatif record

Le projet a rapidement dépassé les attentes. Lancée le 26 août, la campagne de financement participatif avait réuni plus de 175 000 contributeurs au 17 septembre, pour une cagnotte initialement fixée à trois millions d'euros. La moitié des dons a été collectée dans les 24 premières heures. Les participants sont défrayés sur la base du montant journalier d'un juré d'assises, soit une centaine d'euros par jour.

Un contexte politique et citoyen tendu

Une présidentielle en ligne de mire

Cette initiative s'inscrit à six mois d'une échéance électorale majeure. En lançant « Un Commun accord », Jean-Marc Jancovici ambitionne de remettre les enjeux socio-environnementaux au centre de l'agenda, alors que la campagne présidentielle s'organise progressivement. Les participants pourraient, « s'ils le décident », présenter leurs propositions aux candidats à la présidence de la République.

Le comité de pilotage, dirigé par la rédactrice en chef climat de France Télévisions Audrey Cerdan, revendique une posture « non partisane ». Le projet est soutenu par des personnalités publiques aux profils variés, ce qui lui confère une visibilité médiatique importante. Pour ses organisateurs, il s'agit de démontrer qu'un accord est possible sur des sujets complexes, loin des clivages partisans habituels.

Les limites du tirage au sort

La méthode suscite néanmoins des réserves. Interrogée par RFI, la sociologue Sandrine Rui, enseignante à l'université de Bordeaux, souligne que « les citoyens et citoyennes qui s'engagent dans ce type d'assemblée sont des volontaires qui n'ont pas de contraintes pour participer ». Elle observe « une surreprésentation de gens plus diplômés que la moyenne », ces derniers ayant souvent davantage conscience des enjeux et s'autorisant plus facilement à prendre part à l'expérience.

Cette critique rejoint les observations formulées lors de précédents exercices délibératifs. Si le tirage au sort garantit une certaine diversité statistique, il ne suffit pas toujours à reproduire fidèlement la structure sociale française. Les organisateurs en sont conscients et misent sur la pluralité des profils retenus pour compenser ces biais.

Une initiative qui bouscule les cadres traditionnels

Vers une nouvelle forme d'engagement civique ?

« Un Commun accord » s'ajoute à une série d'expériences de démocratie participative qui se sont multipliées ces dernières années, portées par des ONG, des collectifs ou des personnalités publiques. Cette dynamique témoigne d'une demande croissante de participation citoyenne directe, en marge des institutions représentatives classiques.

Le choix de Jancovici de s'adresser directement aux citoyens plutôt qu'aux partis politiques traduit une défiance envers les canaux traditionnels de la démocratie. En appelant à « l'intelligence collective », il parie sur la capacité de citoyens ordinaires à dépasser les oppositions stéréotypées pour trouver des compromis pragmatiques. Une approche qui pourrait inspirer d'autres initiatives similaires dans les mois à venir.

Des retombées incertaines sur le débat public

Reste à savoir si les propositions formulées par les 150 citoyens trouveront un écho réel dans la campagne présidentielle. Le précédent de la Convention citoyenne pour le climat, dont les propositions avaient été partiellement reprises par le gouvernement, invite à la prudence. Les organisateurs d'« Un Commun accord » espèrent néanmoins que leur démarche, à mi-chemin entre expertise et participation, contribuera à élever le niveau des débats sur des sujets souvent relégués au second plan.

Dans un contexte où la taxe sur les carburants cristallise les tensions sociales et où les questions énergétiques reviennent régulièrement dans l'actualité, l'initiative pourrait trouver un écho particulier. Les organisateurs ont prévu une plateforme en ligne permettant à un plus grand nombre de citoyens de contribuer aux réflexions, élargissant ainsi la portée du projet au-delà des seuls participants présents à Paris.

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