Iryna Terekh et Fire Point : la start-up ukrainienne qui a frappé Moscou
Elle s'appelle Iryna Terekh. À seulement 34 ans, cette Ukrainienne dirige Fire Point, une entreprise née en 2022 au moment de l'invasion russe, devenue en quatre ans un acteur incontournable de l'armement ukrainien. Présente cette semaine au salon Eurosatory à Villepinte, elle a fait sensation avec son missile de croisière rose baptisé "Flamingo".
C'est pourtant une frappe massive sur Moscou dans la nuit du 17 au 18 juin qui a propulsé son nom sur le devant de la scène. Plusieurs dizaines de drones ukrainiens ont touché la raffinerie MNPZ, qui assure plus d'un tiers des besoins en carburant de la capitale russe. Invitée sur LCI, Iryna Terekh a dévoilé les coulisses de cette opération : "Grâce à notre travail, nous avons pu pénétrer plusieurs couches de défense antiaérienne russes pour frapper précisément la cible."
Une fusée rose pour frapper à 3 000 km
Sur le stand de Fire Point à Eurosatory, difficile de rater le missile Flamingo. Long de plusieurs mètres, peint d'un rose vif, il attire les regards et les selfies. "Après avoir peint l'échantillon en rose, ce fut le premier lancement réussi de Flamingo, alors nous avons décidé que ça allait devenir notre couleur porte-bonheur", explique la dirigeante. Avec une portée revendiquée de plus de 3 000 kilomètres et une charge utile de 1 150 kilogrammes, il permet à Kiev de frapper en profondeur le territoire russe, notamment les raffineries et les infrastructures stratégiques.
L'entreprise mise aussi sur ses drones FP-1 et FP-2, capables de parcourir respectivement 2 700 et 700 kilomètres. Selon Iryna Terekh, ses systèmes sont utilisés dans 60 % des frappes ukrainiennes en profondeur sur le sol russe. Un chiffre qui illustre l'importance stratégique de Fire Point dans l'effort de guerre ukrainien.
Un milliard de dollars de contrats en 2025 : comment une start-up est devenue un géant de l'armement
En 2022, Iryna Terekh fabriquait encore des bancs publics. Aujourd'hui, elle dirige une usine de 6 000 salariés. Selon plusieurs médias ukrainiens, Fire Point a signé près d'un milliard de dollars de contrats en 2025, soit environ 10 % des commandes militaires ukrainiennes. L'entreprise est devenue l'un des principaux fournisseurs de l'armée nationale.
"On n'aurait probablement jamais commencé ce qu'on fait sans la menace à laquelle on a été confrontés. C'est pourquoi toutes nos armes sont pacifiques pour le moment", ironise-t-elle, en référence au nom de son missile rose et à sa volonté de casser les codes d'une industrie traditionnellement masculine.
Une autonomie technologique à 90%
Fire Point mise sur l'indépendance industrielle. L'entreprise localise jusqu'à 90 % de sa production, un atout dans un contexte où les chaînes d'approvisionnement sont fragilisées par la guerre. Iryna Terekh a également révélé que l'Ukraine est désormais "à un tout petit pas de ne plus avoir besoin d'utiliser le guidage GPS", en raison du brouillage électronique intense exercé par la Russie. La solution ? S'appuyer sur des systèmes autonomes et de plus en plus intelligents.
Frapper le Kremlin, "le dessert" à venir : vers une nouvelle doctrine de défense ukrainienne
Interrogée sur les futures cibles, Iryna Terekh a laissé entendre que le Kremlin lui-même pourrait être visé. "C'est le dessert", a-t-elle souri, dans une déclaration qui a fait le tour des réseaux sociaux. Une phrase qui en dit long sur l'évolution de la doctrine ukrainienne : frapper au cœur de la Russie pour dissuader et affaiblir l'ennemi.
Cette montée en puissance de Fire Point intervient dans un contexte où les alliés occidentaux, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, multiplient les annonces de soutien à l'Ukraine. Le Royaume-Uni développe ainsi des armes longue portée sans composants américains, tandis que le sommet du G7 a récemment confirmé le maintien de l'aide militaire.
Un symbole de la résilience ukrainienne
Au-delà de l'aspect militaire, l'histoire d'Iryna Terekh incarne la capacité d'adaptation et d'innovation de l'Ukraine en temps de guerre. De la fabrication de mobilier urbain à la production de missiles longue portée, son parcours illustre une mobilisation totale de la société civile face à l'invasion russe. Alors que la guerre entre dans sa cinquième année, Fire Point pourrait bien devenir l'un des piliers de la nouvelle industrie de défense ukrainienne.
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