Inondations à Montréal et au Sénégal : deux continents face aux eaux

Félix Antoine Diome, le ministre de l'Intérieur du Sénégal, lors du lancement du Plan ORSEC

Pluies diluviennes et inondations : le Grand Montréal submergé

Le samedi 20 juin 2026 restera dans les mémoires comme une journée noire pour plusieurs secteurs du Grand Montréal. Une ligne d'orages quasi stationnaire a déversé entre 100 et 150 millimètres de pluie en l'espace de quelques heures sur l'ouest de l'île ainsi que sur la Rive-Sud, provoquant des inondations d'une ampleur qualifiée de "rare" par les autorités.

À Dollard-des-Ormeaux, Bilal Sultan a découvert près d'un mètre d'eau dans son sous-sol. "C'est une perte totale. C'est vraiment décourageant. Mon frigo flotte dans l'eau", a-t-il confié, impuissant. Malgré une pompe de puisard, le débit de l'eau pénétrant dans sa maison était trop puissant pour être contenu. À Pierrefonds-Roxboro, des rues entières ont été fermées par la police, et des équipes du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) ont dû intervenir pour évacuer des résidents, parfois en bateau.

Vers 21h50, le SIM avait déjà reçu plus de 600 appels liés aux inondations. Quelque 15 véhicules de pompiers étaient encore déployés sur le terrain en soirée. Les réseaux d'eau, sous-dimensionnés pour un tel épisode, n'ont pas réussi à absorber les précipitations. "Le réseau d'eau n'a pas réussi à absorber toute la quantité de pluie reçue", a expliqué Éric Lafrance, relationniste du SIM, ajoutant que ses collègues s'attendaient à travailler toute la nuit.

Les perturbations ne se sont pas limitées aux seules habitations. L'aéroport international Montréal-Trudeau a signalé des impacts sur les horaires de vols et les opérations au sol. Les passagers étaient invités à vérifier l'état de leur vol avant de se rendre à l'aéroport. En matinée dimanche 21 juin, environ 7 500 adresses étaient encore privées d'électricité, principalement dans la région de Montréal et en Montérégie, selon Hydro-Québec.

Ziguinchor : la SONAGED en première ligne face à l'hivernage

À près de 6 000 kilomètres de là, dans la commune de Ziguinchor (Sénégal), la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED) a intensifié, samedi 20 juin, ses opérations de curage des caniveaux. En perspective de l'hivernage, les autorités locales cherchent à prévenir les inondations qui frappent chaque année la région de la Casamance.

Dès les premières heures de la matinée, des agents équipés de pelles, de brouettes, de râteaux et de camions-bennes ont investi le rond-point Banéto, un carrefour stratégique où convergent les eaux issues des quartiers de Kandialang et des zones environnantes. Selon Souleymane Yaffa, délégué départemental de la SONAGED à Ziguinchor, ces caniveaux jouent un rôle essentiel dans le système d'assainissement de la commune : "Ces canaux sont stratégiques. Si nous ne les entretenons pas régulièrement, nous risquons de faire face à des inondations importantes pendant l'hivernage."

Cette opération s'inscrit dans une campagne d'assainissement lancée officiellement en présence du préfet Latyr Ndiaye, de l'adjointe au maire Diana Fofana, ainsi que de représentants de la société civile. Les interventions sont planifiées à partir d'une cartographie élaborée avec la mairie de Ziguinchor, permettant de prioriser les zones les plus exposées.

Un défi comportemental persistant

Cependant, la SONAGED se heurte à un problème récurrent : l'incivisme. À peine nettoyés, certains caniveaux se retrouvent obstrués par des déchets ménagers et des gravats. "La population doit accompagner les autorités. Le minimum est d'éviter de déverser les déchets dans les canaux", a insisté Souleymane Yaffa. Ce sont les riverains eux-mêmes qui subissent ensuite les conséquences des inondations.

Un phénomène mondial aux causes multiples

Les événements des derniers jours — au Canada et au Sénégal — illustrent la dualité des défis liés aux inondations : d'un côté, des épisodes climatiques extrêmes et soudains ; de l'autre, des phénomènes saisonniers prévisibles mais souvent aggravés par le manque d'entretien des infrastructures.

Au Québec, les autorités pointent un "sous-financement des infrastructures en eau", selon les propos d'une résidante de Dollard-des-Ormeaux, Henriette Geerlings. L'événement a été qualifié de "plutôt rare" par le SIM, mais pour les habitants, le choc est immense. Certains sinistrés ont même dû être évacués par bateau.

En parallèle, une canicule frappe durement une grande partie de la France, où Météo-France a placé 35 départements en vigilance rouge depuis dimanche 21 juin. Cette situation météorologique contrastée — inondations ici, canicule là — rappelle que les phénomènes extrêmes s'intensifient à l'échelle mondiale.

Le coût humain et économique des inondations

Les inondations au Canada ont déjà des conséquences directes : sous-sols inondés, commerces fermés, routes coupées. À Saint-Constant, sur la Rive-Sud de Montréal, l'état d'urgence a été déclaré samedi soir. Le ministre de la Sécurité intérieure du Québec, Ian Lafrenière, a indiqué suivre la situation "de très près" et être en lien avec les municipalités touchées.

Au Sénégal, si les opérations de curage sont préventives, elles n'en sont pas moins vitales. L'hivernage — la saison des pluies — peut transformer les quartiers les moins bien drainés en véritables zones sinistrées. Les inondations y exacerbent les problèmes sanitaires (paludisme, choléra) et alimentaires (destruction des cultures).

Dans les deux cas, la résilience des populations est mise à rude épreuve. Les élus locaux, les services d'urgence et les associations tentent de coordonner leurs efforts, mais les ressources font souvent défaut. La situation rappelle également que la prévention reste le meilleur rempart : curage des caniveaux, entretien des réseaux d'eau, et surtout, une prise de conscience collective.

Quelles pistes pour l'avenir ?

Les événements de ce week-end appellent à une réflexion plus large sur l'aménagement du territoire et la gestion des risques naturels. Avec l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des précipitations extrêmes liée au changement climatique, les villes doivent repenser leurs infrastructures.

Au Canada, plusieurs experts plaident pour une modernisation des réseaux d'égouts et de drainage, souvent conçus pour des pluies d'intensité moyenne. L'urbanisation galopante des dernières décennies a également réduit les surfaces perméables, aggravant le ruissellement. Des solutions fondées sur la nature — comme les jardins de pluie, les noues végétalisées ou la renaturation des cours d'eau — gagnent du terrain.

Au Sénégal, l'approche est plus opérationnelle : la cartographie des zones à risque, le curage préventif et la sensibilisation des populations sont les piliers de la stratégie. Mais le défi est de taille face à une urbanisation souvent informelle et à des ressources limitées.

Dans un contexte mondial marqué par des phénomènes météorologiques extrêmes — comme en témoignent les orages violents aux Pays-Bas en début de semaine — chaque événement rappelle l'urgence d'agir.

Un parallèle avec d'autres crises récentes

Ces inondations surviennent alors que d'autres régions du monde connaissent des situations de tension. En Bolivie, le président Paz a décrété l'état d'exception après six semaines de crise politique et sociale. Si les causes diffèrent, ces événements illustrent la fragilité des systèmes face à des chocs — qu'ils soient naturels ou politiques.

La multiplication des crises climatiques rappelle également que la solidarité internationale et les échanges de bonnes pratiques sont plus que jamais nécessaires. Entre la canicule en France, les inondations au Québec et les pluies diluviennes au Sénégal, les défis sont globaux.

Ce qu'il faut retenir

Au-delà des images spectaculaires de voitures flottant dans les rues ou de caniveaux engloutis par les déchets, les inondations du 20 juin 2026 posent des questions fondamentales : comment adapter nos villes à des pluies toujours plus intenses ? Comment convaincre les citoyens de participer à l'effort collectif ?

Les autorités de Montréal et de Ziguinchor s'activent, chacune à leur échelle. Mais le chemin est encore long. Comme le rappelle Souleymane Yaffa à Ziguinchor : "Le lancement était symbolique, mais le travail se poursuit sur le terrain." Un constat qui vaut pour toutes les régions frappées par les eaux.

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