Le Parlement supprime l'Office de la souveraineté nationale
Mardi 30 juin, les députés hongrois ont voté la suppression de l'Office pour la protection de la souveraineté nationale, une institution clé créée en 2024 sous l'ancien Premier ministre Viktor Orbán. Destiné à surveiller les journalistes indépendants et la société civile, cet organisme était doté d'un budget annuel de 17 millions d'euros. « Cet Office n'a rien accompli, il a uniquement harcelé la société civile », a déclaré le ministre des Sciences et de la Technologie, Zoltan Tanacs, juste avant le vote. Les données collectées par l'Office seront transférées au ministère de la Justice avant sa fermeture définitive.
Démantèlement des fondations pro-Orbán
Parallèlement, le gouvernement de Péter Magyar a lancé une opération de grande envergure visant à reprendre le contrôle des fondations de gestion d'actifs d'intérêt public (KEKVA), créées sous l'ère Orbán pour mettre des biens publics à l'abri des futures administrations. Un décret entré en vigueur mardi transfère les droits de fondateur de l'État à des ministres désignés, avec une échéance fixée au 31 août pour les fondations non universitaires. Parmi elles, le Mathias Corvinus Collegium (MCC), qui détient des actifs considérables – centres de formation, le site d'information Mandiner, le libraire Libri et l'université Modul de Vienne –, passe sous la tutelle du ministre Bálint Ruff. Cette transition concerne environ 8 000 étudiants boursiers, chercheurs et membres du personnel, dont l'avenir est désormais incertain. Le ministre Zoltán Tarr reprend quant à lui la direction du Musée de la Maison de la Terreur et d'autres fondations culturelles.
Un processus lié au déblocage des fonds européens
Ce démantèlement s'inscrit dans le cadre des engagements pris par la Hongrie pour satisfaire aux conditions sur l'État de droit fixées par la Commission européenne. Bruxelles a gelé 10,4 milliards d'euros de fonds européens en raison des dérives autoritaires du régime Orbán. En reprenant le contrôle des fondations et en supprimant l'Office de la souveraineté, le gouvernement Magyar espère débloquer ces financements. Les fondations universitaires, plus complexes à réformer, devront être restructurées d'ici août 2027.
Contexte : un changement de régime radical
L'arrivée au pouvoir de Péter Magyar, après les élections législatives de 2026, marque un tournant historique pour la Hongrie. Viktor Orbán, au pouvoir depuis 2010, a été déchu et son système illibéral, inspiré de modèles russe et turc, est progressivement démantelé. La suppression de l'Office de la souveraineté et la reprise des fondations sont les premiers signes concrets de cette rupture. Pour rappel, cet Office était accusé par les ONG et la Commission européenne de harceler les médias indépendants et de criminaliser la société civile, à l'image des pratiques russes.
Une ingérence révélée en France
Ces événements interviennent alors que de nouvelles révélations mettent en lumière les tentatives d'influence du régime Orbán à l'étranger. Selon StreetPress, le fondateur du média d'extrême droite Frontières, Erik Tegnér, aurait perçu 4 200 euros par mois entre 2020 et 2021 de la part du Danube Institute, un think tank proche de Viktor Orbán, pour promouvoir ses discours en France. Ce contrat, signé en 2021, visait à diffuser l'idéologie illibérale hongroise dans des médias conservateurs hexagonaux comme Le Figaro ou Valeurs Actuelles. Plusieurs personnalités politiques françaises, dont le député Renaissance Éric Bothorel et le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, ont dénoncé une ingérence étrangère inacceptable.
Perspectives : vers une normalisation européenne ?
Le virage pris par la Hongrie sous Péter Magyar pourrait redessiner les rapports de force au sein de l'Union européenne. Budapest, qui était devenue un trouble-fête systématique sur les questions d'État de droit, de migrations ou de soutien à l'Ukraine, semble amorcer un retour vers les normes européennes. Le déblocage des fonds gelés, s'il se concrétise, apaiserait les tensions avec Bruxelles et pourrait permettre à la Hongrie de renouer avec ses partenaires. Cependant, le processus est long et complexe : le démantèlement des structures créées par Orbán nécessitera des réformes législatives profondes et une lutte contre une corruption endémique.
Les défis à venir pour le gouvernement Magyar
La reprise en main des fondations soulève déjà des inquiétudes parmi les bénéficiaires : étudiants, chercheurs et employés craignent pour leurs programmes et leurs emplois. Par ailleurs, la suppression de l'Office de la souveraineté ne règle pas la question des lois liberticides adoptées sous Orbán, comme celle visant les ONG ou les médias. La société civile, bien que soulagée, reste vigilante. Enfin, l'affaire Erik Tegnér montre que les réseaux d'influence mis en place sous l'ancien régime pourraient survivre à son départ, compliquant la tâche du nouveau gouvernement.
En parallèle, d'autres dossiers brûlants attendent Péter Magyar, comme la réforme de la justice ou la relance économique. Si la Hongrie semble enfin tourner la page Orbán, le chemin vers une démocratie pleinement restaurée reste semé d'embûches.
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