Garde d'enfants : la réforme du CMG pousse des parents à réduire leur temps de travail
Un an après l'entrée en vigueur de la réforme du Complément de libre choix du mode de garde (CMG), le bilan est amer pour de nombreuses familles. Selon une enquête de l'Union nationale des associations familiales (Unaf) citée dans un rapport parlementaire rendu en juin, 63% des répondants ont vu leur reste à charge augmenter depuis septembre 2025. Face à cette hausse, une partie des parents envisage de réduire leur activité professionnelle pour s'occuper eux-mêmes de leurs enfants, une tendance qui interroge les objectifs mêmes de la réforme.
Des familles contraintes de revoir leur organisation
Les conséquences concrètes ne se sont pas fait attendre. L'étude de l'Unaf révèle que 36% des sondés envisagent de modifier le nombre d'heures d'accueil de leur enfant dans les mois à venir, et pour 85% d'entre eux, à la baisse. Plus inquiétant encore, 35% des répondants déclarent avoir dû modifier leur organisation professionnelle : parmi eux, un quart a diminué son temps de travail.
Cette situation est vécue comme une régression par de nombreux foyers, notamment ceux qui cumulent deux revenus. La réforme, censée personnaliser davantage l'aide en tenant compte des revenus, du nombre d'enfants, des heures de garde et du salaire de l'assistant maternel, a en réalité pénalisé une large part des classes moyennes. Les seuils de revenus sont jugés trop bas, et les couples où les deux parents travaillent sont particulièrement touchés.
Une réforme aux effets contre-productifs ?
Le constat est partagé jusqu'au sein de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Le député LR Thibault Bazin, rapporteur général, a reconnu que la réforme "n'a pas permis de soutenir les familles des classes modestes et moyennes". Il pointe du doigt des "seuils [qui] viennent rapidement pénaliser les couples avec deux revenus" et appelle à "approfondir les effets comportementaux induits par cette augmentation du reste à charge".
Pour les familles concernées, l'arbitrage est douloureux. Entre payer une garde toujours plus chère et réduire son activité professionnelle, certaines choisissent la seconde option, quitte à voir leurs revenus baisser. Un choix qui va à l'encontre de l'objectif affiché de la réforme : favoriser l'emploi et la conciliation vie familiale-vie professionnelle. Le risque, à terme, est de voir une partie des parents se retirer du marché du travail, avec des conséquences économiques et sociales à la clé.
Le poids de la rentrée, un autre défi pour le budget des familles
Cette question du coût de la garde s'ajoute à d'autres dépenses liées à la rentrée scolaire. Selon une note du Crédoc publiée en août, plus d'une famille sur deux considère que la rentrée entraîne des dépenses plus importantes que le reste de l'année ; cette proportion atteint 70% pour les foyers de trois enfants et plus. Le panier moyen de fournitures pour un collégien de 6e s'élève à 181 euros, en recul de 14%, mais ce chiffre ne tient pas compte des autres postes : vêtements, cantine, activités, transports et, bien sûr, garde d'enfants.
Un père de famille interrogé par MoneyVox témoigne : "Comme ma femme et moi travaillons tous les deux, nous payons 800 euros par mois de garde d'enfants." Et d'ajouter : "Nous avons renoncé à un voyage en famille pour que ma fille puisse s'inscrire au sport." Une réalité partagée par de nombreux parents, alors que le gouvernement étudie des pistes d'économies dans les politiques familiales, suscitant l'inquiétude des associations.
Vers des solutions alternatives ?
Dans ce contexte tendu, des initiatives émergent pour aider les parents à trouver des solutions de garde plus abordables. C'est le cas de Swaddle, une plateforme québécoise fondée par deux jeunes Montréalaises, Noa Elfassy et Arielle Lasry. Le principe : mettre en relation des familles avec des gardiens d'enfants vérifiés (majoritairement des étudiants en éducation ou en santé), avec des tarifs horaires compris entre 20 et 25 dollars canadiens. Depuis son lancement, plus de 30 000 réservations ont été effectuées pour 2500 parents inscrits.
Si cette solution ne concerne pas directement la France, elle illustre une tendance plus large : la recherche de modes de garde plus flexibles et moins coûteux, en dehors des circuits traditionnels. Alors que le gouvernement doit présenter son budget pour 2027 d'ici fin septembre, la question du CMG est de nouveau sur la table. Des élus réclament un réajustement du dispositif, tandis que les associations familiales appellent à une évaluation complète avant toute nouvelle réforme.
En attendant, les parents doivent faire face à des arbitrages de plus en plus contraints. Certains réduisent leur temps de travail, d'autres rognent sur les vacances ou les activités extrascolaires. Une situation qui interroge sur la pérennité du système de garde d'enfants en France, pierre angulaire de l'égalité des chances et de l'emploi des parents. La réforme du CMG, censée simplifier et mieux cibler l'aide, semble avoir produit l'effet inverse : elle pénalise celles et ceux qu'elle était supposée soutenir. Alors que le gouvernement planche sur de nouvelles économies budgétaires, l'enjeu est de taille : trouver un équilibre entre soutien aux familles et maîtrise des dépenses publiques, sans laisser personne au bord du chemin.
Face à ces enjeux, la vigilance reste de mise pour les mois à venir. Les annonces budgétaires de septembre seront scrutées de près par les associations, mais aussi par des millions de parents qui attendent des réponses concrètes. En attendant, la question demeure : comment permettre aux familles de concilier vie professionnelle et éducation des enfants sans que le coût de la garde ne devienne un frein à l'emploi ?
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