Frédéric Chatillon : le mensonge de Tanguy qui embarrasse le RN

March 11 2018, Lille (59), FRANCE. Frédéric Chatillon during the 16th congress of Front National in Lille. He assisted at the meeting given by Marine Le Pen (FN).

11 Mars 2018, Lille (59), FRANCE. Frédéric Chatillon est présent lors du meeting de Marine Le Pen (FN) pendant le 16ème congrès du Front National à Lille. (Photo by Yann Castanier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Frédéric Chatillon refait surface dans la tourmente du RN

La controverse autour des propos antisémites attribués à Jordan Bardella rebondit sur un autre front. Vendredi 2 octobre sur CNews, le député Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a catégoriquement nié tout lien entre Marine Le Pen et Frédéric Chatillon, affirmant que ce dernier « n’a jamais été un proche » de la candidate. Une déclaration immédiatement contestée par Mediapart, qui publie le même jour une enquête détaillée contredisant cette version.

Selon le média d’investigation, Frédéric Chatillon est bien un ami de trente ans de Marine Le Pen. Ancien chef du Groupe union défense (GUD), mouvement d’extrême droite radicale, il a également été l’un des prestataires de ses campagnes présidentielles. Plus embarrassant encore, il est décrit comme un ancien mentor de Jordan Bardella, le président du RN aujourd’hui en pleine tourmente pour des écrits antisémites présumés remontant à 2013-2015.

L’affaire intervient alors que le parti d’extrême droite traverse une zone de turbulence majeure. La publication par Mediapart, le 28 septembre, de dizaines de conversations privées de Jordan Bardella a déclenché une onde de choc bien au-delà des frontières françaises. Le Financial Times évoque un « scandale qui prend de l’ampleur et engloutit le parti d’extrême droite à quelques mois de l’élection présidentielle », tandis que la presse suisse parle d’une affaire qui « percute de plein fouet la campagne ».

Un mensonge qui fragilise la défense du RN

La sortie de Jean-Philippe Tanguy apparaît d’autant plus risquée qu’elle contredit des faits documentés de longue date. Frédéric Chatillon a été mis en examen dans l’affaire des kits de campagne du Front national, et son rôle de prestataire pour le parti est établi par plusieurs procédures judiciaires. Mediapart rappelle qu’il fut un intime de Marine Le Pen, bien avant que celle-ci ne prenne la tête du parti. Cette proximité, niée publiquement, nourrit l’accusation de déni et de dissimulation.

Pour le RN, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de défendre Jordan Bardella contre les révélations de Mediapart. Ce dernier conteste en bloc, dénonçant des « faux grossiers » et une « opération de barbouzerie », et a porté plainte en diffamation. Marine Le Pen a immédiatement fait corps avec lui, évoquant elle aussi une « manip » destinée à déstabiliser sa campagne.

Mais le parti doit aussi gérer l’onde de choc provoquée par les propos eux-mêmes. Dans les conversations publiées, le jeune militant du FN, alors âgé de 17 à 18 ans, aurait écrit que « toutes les banques sont détenues par des juifs » et relayé des thèses complotistes. Mediapart affirme avoir authentifié ces échanges grâce à un téléchargement de conversation Messenger obtenu auprès de Meta et validé par huissier, ce qui rend la défense du RN plus délicate.

Un contexte de normalisation contrariée

Cette séquence s’inscrit dans un moment charnière pour l’extrême droite française. À un peu plus de six mois de la présidentielle, le Rassemblement national cherchait à achever sa mue vers la respectabilité. La nomination de Jordan Bardella à la présidence du parti, puis sa candidature pressentie, devaient incarner cette normalisation. Les révélations de Mediapart viennent fissurer ce vernis.

Le parallèle avec l’affaire Frédéric Chatillon n’est pas anodin. Ce dernier incarne une ligne radicale, antisémite et violente, héritée du GUD. Sa proximité avec la direction du RN brouille le message de dédiabolisation. En nier l’existence, comme l’a fait Jean-Philippe Tanguy, c’est prendre le risque d’un démenti cinglant et de nouvelles révélations.

Les réactions étrangères témoignent de l’importance de l’enjeu. Le Temps, en Suisse, souligne que l’affaire « percute de plein fouet la campagne présidentielle du Rassemblement national ». En Allemagne ou en Italie, où les partis d’extrême droite progressent, la presse scrute l’évolution du RN. La capacité du parti à gérer cette crise sans perdre son électorat sera scrutée de près.

Une défense qui vacille

Jusqu’ici, la stratégie du RN consistait à dénoncer un complot médiatique. Mais les preuves techniques présentées par Mediapart — authentification indépendante, témoignages, documents internes — rendent l’argument moins audible. La mise en cause directe de l’entourage de Marine Le Pen, via Frédéric Chatillon, ajoute une dimension personnelle et historique qui complique la réponse politique.

À gauche et au centre, on dénonce l’hypocrisie d’un parti qui prétend avoir tourné la page de l’antisémitisme. Pour le camp présidentiel, l’affaire illustre l’incapacité du RN à se défaire de ses racines. Reste à savoir si ces révélations auront un effet durable sur les intentions de vote, dans un contexte où l’électorat de Marine Le Pen reste solidement attaché à sa candidate.

Perspectives : une campagne sous haute tension

L’affaire Bardella-Chatillon pourrait redéfinir les lignes de la campagne présidentielle. D’un côté, elle offre des munitions à tous ceux qui accusent le RN d’être un parti d’extrême droite déguisé. De l’autre, elle risque de renforcer la victimisation du camp lepéniste, qui dénonce un acharnement médiatique et judiciaire.

Les prochaines semaines seront décisives. Jordan Bardella a annoncé son intention de poursuivre Mediapart en justice. La procédure, si elle aboutit, pourrait permettre au RN de contester la validité des preuves. Mais elle aura aussi pour effet de maintenir le sujet dans l’actualité, avec le risque d’autres révélations.

Pour Marine Le Pen, la question est plus existentielle. En niant l’évidence des liens avec Frédéric Chatillon, elle s’expose à un nouveau scandale de mensonge. Cette affaire rappelle que la normalisation du RN se heurte régulièrement à son histoire. À six mois du scrutin, le parti doit choisir : assumer son passé ou continuer à le nier. Un choix qui pourrait peser lourd dans les urnes.

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