France et Pologne bannissent Itamar Ben-Gvir après une vidéo choc sur des détenus

Itamar Ben-Gvir, Israeli far-right lawmaker and leader of the Otzma Yehudit (Jewish power) party, greets supporters during a rally in the southern Israeli city of Sderot on October 26, 2022. (Photo by GIL COHEN-MAGEN / AFP)

La France ferme ses portes à Itamar Ben-Gvir

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, est désormais persona non grata en France. Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a annoncé samedi 24 mai 2026 l'interdiction d'entrée sur le territoire français de cette figure d'extrême droite, à la suite de ses « actes innommables » envers des ressortissants français et européens. Ces passagers faisaient partie de la Global Sumud Flotilla, une flottille d'aide humanitaire à destination de Gaza, interceptée par les forces israéliennes.

« Nous ne pouvons tolérer que des citoyens français soient menacés, intimidés ou brutalisés de cette manière – encore moins par un responsable public », a déclaré M. Barrot sur le réseau X. Il a également appelé l'Union européenne à adopter des sanctions similaires contre le ministre israélien. La décision française fait suite à celle de la Pologne, qui avait déjà annoncé jeudi une interdiction d'entrée de cinq ans contre Ben-Gvir.

Une vidéo qui a fait scandale

Au cœur de cette crise diplomatique : une vidéo publiée par Ben-Gvir lui-même sur les réseaux sociaux. On y voit le ministre, visiblement jubilant, alors que des militants de la flottille sont agenouillés, les yeux bandés et les mains liées, dans le port d'Ashdod. L'image a provoqué une onde de choc internationale et a valu à Ben-Gvir une rare réprimande de la part du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Les organisateurs de la flottille ont également rapporté, dans un communiqué Telegram, qu'au moins 15 cas d'abus sexuels auraient été commis durant la détention des militants.

Ben-Gvir, condamné à plusieurs reprises par la justice israélienne pour « incitation au racisme », est un admirateur déclaré de Baruch Goldstein, auteur du massacre de 29 Palestiniens à Hébron en 1994. Son comportement et ses politiques, notamment au sein de l'administration pénitentiaire, sont de plus en plus critiqués, y compris en Israël.

Le président Herzog dénonce une « brutalisation » de la société israélienne

Dimanche 24 mai, le président israélien Isaac Herzog a profité de la cérémonie de remise du Prix de l'Unité de Jérusalem pour dresser un constat alarmant. Sans citer nommément Ben-Gvir, il a vivement critiqué un « processus terrible de brutalisation » qui, selon lui, menace d'entrer dans le courant dominant de la société israélienne.

« Nous assistons à une vague de violence terrible menée par une foule anarchiste », a déclaré Herzog, évoquant aussi bien la hausse des meurtres au sein de la communauté arabe israélienne que les violences des colons juifs en Cisjordanie. Il a également fait référence aux récentes agressions contre des symboles chrétiens et musulmans, dénonçant un « comportement honteux et laid d'extrémistes ».

Le président a été clair : « Il est interdit de maltraiter les détenus, aussi méprisables soient-ils. » Une allusion directe à la vidéo de Ben-Gvir. « Nous ne pouvons tolérer cette brutalisation qui émerge des marges de notre société et nous menace tous », a-t-il insisté.

La réponse cinglante de Ben-Gvir

Le ministre de la Sécurité nationale ne s'est pas laissé faire. Dans une réaction fulgurante sur X/Twitter, Itamar Ben-Gvir a qualifié le président Herzog de « président qui traite des centaines de milliers de citoyens de bêtes ». « Il n'est pas digne d'être président. Point final », a-t-il asséné, visiblement furieux. Ben-Gvir a par ailleurs revendiqué ses actions, affirmant être « fier des changements qu[‘il a] menés dans les prisons », notamment la fin des « jardins d'enfants pour terroristes ».

Contexte : une escalade de sanctions contre des responsables israéliens

La mise au ban d'Itamar Ben-Gvir s'inscrit dans un mouvement plus large de sanctions et de mesures de rétorsion à l'encontre de personnalités israéliennes. Depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, plusieurs responsables ont été visés.

Le 21 novembre 2024, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d'arrêt contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour leurs « crimes présumés » dans la conduite de la guerre. Par ailleurs, l'Union européenne a récemment imposé des sanctions contre des colons israéliens et des groupes pro-colonisation en Cisjordanie.

Ces décisions judiciaires et diplomatiques, couplées aux interdictions d'entrée individuelles, témoignent d'un isolement diplomatique croissant de certaines franges de la classe politique israélienne sur la scène internationale. La France, en bannissant Ben-Gvir, a donné un signal fort à l'approche de grandes échéances, tandis que les tensions internes en Israël, illustrées par le clash entre le président et le ministre, ne cessent de s'aggraver.

Implications et tensions régionales

Au-delà de l'incident diplomatique, cet épisode révèle les fractures profondes au sein de la société israélienne et de son gouvernement. La question du traitement des prisonniers palestiniens et des militants pro-palestiniens est devenue un marqueur politique majeur. Ben-Gvir, connu pour ses positions ultra-nationalistes, capitalise sur une ligne dure qui lui attire les foudres d'une partie de l'establishment, mais aussi un soutien populaire non négligeable.

Alors que le monde entier observe les développements au Proche-Orient, cette affaire rappelle que les dynamiques internes à Israël ont des répercussions directes sur sa perception à l'étranger. Le président Herzog, dans son discours, a appelé à « tracer des lignes rouges » et à retrouver une unité fondée sur « l'humanité ». Un appel qui semble, pour l'instant, lettre morte face à la radicalisation affichée d'une partie de la classe politique israélienne.

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