Fonds souverains : la Syrie nomme un président, la Norvège s'ouvre aux armes nucléaires

Fonds souverains : la Syrie nomme un président, la Norvège s'ouvre aux armes nucléaires

Syrie : un banquier pour sortir le fonds souverain de l'opacité

Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé dimanche Omar al-Halabi à la tête du Fonds souverain de la Syrie, selon un décret officiel relayé par les médias d'État. Ancien associé de KPMG et passé par le fonds souverain saoudien, M. al-Halabi devient également conseiller aux affaires économiques de la présidence et intègre le Conseil supérieur du développement économique. Cette nomination intervient alors que le fonds, créé en juin 2025 pour gérer les avoirs de l'État et financer la reconstruction, est critiqué pour son manque de transparence. Jusqu'ici, l'un de ses dirigeants était Abou Maryam al-Australi, un ancien jihadiste, ce qui avait alimenté les inquiétudes des experts et des bailleurs internationaux.

Un profil technique pour rassurer

Omar al-Halabi incarne un profil technocratique : plus de vingt ans d'expérience dans le conseil économique et les politiques publiques au Moyen-Orient, un passage chez Johnson Controls et une formation solide (ingénierie, MBA à IE Business School, études à la LSE). Sa mission sera de superviser les projets de développement, de gérer les avoirs confisqués aux proches de Bachar al-Assad et, surtout, d'attirer des investissements étrangers dans un pays dont la reconstruction est estimée par la Banque mondiale à plus de 216 milliards de dollars. La Syrie, sortie de treize ans de guerre civile et toujours sous sanctions internationales, mise sur ce fonds pour accélérer la relance économique.

Un fonds sous surveillance

Les critiques n'ont pas tardé à s'exprimer. L'économiste Karam Chaar qualifie le fonds de « boîte noire » et estime qu'il représente « le plus grand test de la transparence et de la gouvernance économique d'Ahmad al-Chareh ». Ahmad Hassan al-Riz, de la publication économique The Syria Report, s'interroge sur les critères de sélection des actifs destinés aux investisseurs étrangers. La nomination d'un président expérimenté est donc perçue comme une réponse à ces inquiétudes, mais elle ne suffira pas à elle seule à dissiper les doutes : la composition du conseil d'administration reste inchangée, et les questions sur la traçabilité des avoirs et la gouvernance demeurent.

Norvège : le plus grand fonds souverain au monde face à ses principes

À l'autre bout du spectre, la Norvège, qui gère le plus grand fonds souverain de la planète avec environ 2 300 milliards de dollars (près de 2 000 milliards d'euros), envisage de revoir ses règles éthiques. Une commission indépendante présidée par l'ancien gouverneur de la banque centrale Svein Gjedrem a remis jeudi un rapport de 434 pages au ministère des Finances. Elle recommande d'assouplir l'interdiction d'investir dans les fabricants d'armes nucléaires, afin de permettre au fonds de revenir dans le capital de groupes de défense occidentaux tels que Boeing, Airbus, Lockheed Martin, BAE Systems, Thales ou Safran, actuellement exclus.

Une exemption limitée aux alliés de l'OTAN

La proposition maintient l'interdiction d'investir dans les entreprises liées aux armes nucléaires, sauf si elles sont basées dans un État doté de l'arme nucléaire reconnu par le traité sur la non-prolifération (TNP) et allié de la Norvège au sein de l'OTAN. Concrètement, cela ouvrirait la voie aux fabricants britanniques, français et américains. La commission justifie cette évolution par la nécessité de « préparer la Banque de Norvège à l'éventualité d'une escalade des conflits en guerre » et de soutenir la production d'armements essentiels à la défense nationale. Le fonds possède déjà des participations dans des groupes de défense conventionnelle comme Rheinmetall ou Leonardo, mais exclut toujours 14 géants mondiaux de la défense.

Une tendance de fond : les fonds souverains rattrapés par la géopolitique

Ces deux actualités illustrent la mutation des fonds souverains, longtemps cantonnés à une gestion patrimoniale discrète. D'un côté, la Syrie tente de convertir son fonds en instrument de reconstruction et de crédibilité internationale, en le confiant à un technocrate rompu aux standards du secteur privé. De l'autre, la Norvège, modèle historique de transparence et d'éthique, doit arbitrer entre ses principes et les réalités d'un monde de plus en plus conflictuel. La commission Gjedrem reconnaît explicitement que le contexte géopolitique impose d'adapter les règles, tout en réaffirmant l'interdiction de principe sur les armes nucléaires. Cette évolution pourrait faire école auprès d'autres investisseurs institutionnels, notamment en Europe, où la défense devient un secteur stratégique.

Pour la Syrie, le défi reste immense : sans transparence effective, la nomination d'Omar al-Halabi ne suffira pas à convaincre les investisseurs étrangers, encore refroidis par les sanctions et l'instabilité. Pour la Norvège, le rapport Gjedrem ouvre un débat de société sur la compatibilité entre rendement, sécurité et éthique. Dans les deux cas, les fonds souverains confirment leur rôle croissant comme acteurs clés de la finance mondiale, mais aussi comme miroirs des tensions politiques et géopolitiques de leur temps.

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