Fatih Birol tire la sonnette d'alarme : l'Europe menacée de pénurie de kérosène et le détroit d'Ormuz au cœur de la crise

Energie : Comment la Chine a pris une longueur d’avance ? L’AIE tire la sonnette d’alarme

L'Europe à court de kérosène : l'avertissement choc de l'AIE

Fatih Birol, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a lancé ce mois d'avril 2026 une série d'avertissements particulièrement graves sur la situation énergétique mondiale. Selon une exclusivité publiée par l'agence Associated Press, l'Europe pourrait se retrouver à court de carburant aviation — le kérosène — en l'espace de quelques semaines seulement si la crise actuelle au Moyen-Orient n'est pas rapidement résolue.

Cette alerte intervient dans un contexte de tensions extrêmes liées au conflit impliquant l'Iran, qui a conduit à la fermeture quasi totale du détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique par laquelle transitent normalement environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz. Le secteur aérien européen, déjà fragilisé par des années de turbulences économiques, se retrouve en première ligne de cette crise énergétique inédite. Vueling entre ambitions records et recul européen : le paradoxe d'une compagnie en pleine transformation

Deux ans pour retrouver les niveaux de production d'avant-guerre

Dans un entretien accordé au journal suisse Neue Zürcher Zeitung le 17 avril, Birol a également estimé qu'il faudra environ deux ans à la région du Moyen-Orient pour retrouver ses niveaux de production énergétique antérieurs au conflit. Une estimation qui varie toutefois selon les pays : « En Irak, par exemple, cela prendra beaucoup plus de temps qu'en Arabie saoudite », a-t-il précisé, tout en soulignant que la moyenne globale se situe autour de deux ans pour atteindre à nouveau les niveaux d'avant-guerre.

Ces déclarations interviennent après qu'une frappe de drone attribuée à l'Iran a ciblé la raffinerie de Ras Tanura d'Aramco en Arabie saoudite début mars 2026, marquant une escalade significative du conflit dans la région.

Le détroit d'Ormuz : un verrou énergétique mondial

Des tankers bloqués, des marchés sous-estimant la menace

Birol a insisté sur le fait que les marchés financiers et énergétiques sous-estiment considérablement les conséquences d'une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz. Il a expliqué que les livraisons de pétrole et de gaz qui étaient déjà en route au moment du déclenchement du conflit sont désormais arrivées à destination, ce qui a temporairement amorti le choc de la pénurie. Mais la réalité commence à rattraper les marchés : « Aucun nouveau tanker n'a été chargé en mars. Il n'y a eu aucune nouvelle livraison de pétrole, de gaz ou de carburants vers les marchés asiatiques. Ce manque commence maintenant à se faire sentir. Si le détroit d'Ormuz n'est pas rouvert, nous devons nous préparer à des prix de l'énergie sensiblement plus élevés », a-t-il averti.

L'AIE avait déjà procédé en mars à une libération de réserves stratégiques d'urgence pour atténuer les effets immédiats de la crise. Interrogé sur la possibilité d'un nouveau déblocage de ces réserves, Birol s'est montré prudent mais déterminé : « Nous n'en sommes pas encore là, mais c'est clairement à l'étude. Nous sommes prêts à agir immédiatement et de manière décisive. »

Une solution alternative proposée : le pipeline Bassora-Ceyhan

Face à l'impasse que représente la fermeture du détroit d'Ormuz, Fatih Birol a évoqué une piste concrète pour contourner ce goulot d'étranglement géopolitique : la réactivation ou l'extension du pipeline reliant Bassora, en Irak, au port turc de Ceyhan en Méditerranée. Ce corridor alternatif permettrait d'acheminer une partie du pétrole du Golfe persique vers les marchés mondiaux sans passer par le détroit stratégique. Une proposition qui témoigne de l'urgence de trouver des solutions de rechange durables à une dépendance géographique qui s'est révélée être un point de vulnérabilité majeur pour l'économie mondiale. Cette dimension géopolitique touche d'ailleurs directement certains pays tiers, notamment ceux dont les approvisionnements militaires dépendent de routes énergétiques stables. Mirage 2000 bloqués aux Émirats : le Maroc voit se refermer une fenêtre d'opportunité militaire

Un conflit aux répercussions globales et durables

Une crise énergétique qui redessine les équilibres mondiaux

Les alertes répétées de Fatih Birol ces dernières semaines illustrent l'ampleur d'un choc énergétique dont les effets commencent seulement à se matérialiser pleinement. La fermeture du détroit d'Ormuz, même partielle, agit comme un révélateur brutal des fragilités structurelles des marchés énergétiques mondiaux. Si le pétrole et le gaz en transit avant le déclenchement du conflit ont permis de différer l'impact, le tarissement des nouvelles livraisons, notamment vers l'Asie, crée une onde de choc qui se propagera inévitablement vers l'Europe et l'Amérique du Nord dans les semaines à venir.

La pénurie potentielle de kérosène en Europe représente un signal d'alarme particulier : elle touche directement la mobilité des personnes et, par extension, des pans entiers de l'économie touristique et commerciale du continent. Des annulations de vols en cascade pourraient survenir si les stocks ne sont pas reconstitués rapidement.

Pour l'AIE et son directeur, la priorité est désormais double : gérer l'urgence à court terme en mobilisant les réserves stratégiques disponibles, tout en accélérant la réflexion sur des infrastructures alternatives capables de réduire la dépendance mondiale à ce seul point de passage. La crise actuelle, quelles qu'en soient les issues diplomatiques et militaires, aura durablement mis en lumière la nécessité d'une diversification accélérée des routes et des sources d'approvisionnement énergétique à l'échelle planétaire.

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