Espagne : des milliers de manifestants exigent la démission de Pedro Sánchez

Espagne

Une vague de contestation sans précédent à Madrid

Ce samedi 23 mai 2026, Madrid a été le théâtre de l'une des plus importantes mobilisations contre le gouvernement de Pedro Sánchez. Selon les organisateurs, 80 000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale espagnole à l'appel de la société civile, rejointes par les leaders de l'opposition de droite et d'extrême droite. La manifestation, baptisée « Marche pour la dignité », s'est déroulée sous haute tension : au moins sept policiers ont été blessés dans des heurts, et trois personnes ont été interpellées après avoir tenté de forcer les barrières autour de la résidence officielle du chef du gouvernement, le palais de la Moncloa.

Les manifestants brandissaient des drapeaux nationaux et des pancartes aux slogans virulents, comme « Démission de la mafia socialiste » ou « Corruption a un prix. Assez d'impunité. Démission et élections maintenant ». La colère est alimentée par une série de scandales de corruption qui touchent l'entourage proche du Premier ministre socialiste.

Contexte : une accumulation de scandales

Pedro Sánchez, au pouvoir depuis 2018, fait face à une tempête judiciaire sans précédent. Son épouse, Begoña Gómez, est sous le coup d'une enquête pour corruption présumée, ouverte à la suite d'une plainte déposée par des groupes d'extrême droite. Bien qu'elle nie toute faute et que le parquet ait récemment demandé l'abandon des poursuites, l'affaire continue d'empoisonner la vie politique. Son frère, David Sánchez, doit également comparaître devant la justice pour trafic d'influence.

Mais le coup le plus dur est survenu cette semaine : un tribunal a annoncé l'ouverture d'une enquête visant l'ancien chef du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero, allié clé de Sánchez, pour un présumé réseau de trafic d'influence et de blanchiment d'argent. Zapatero a démenti les accusations. Lors d'une brève crise en avril 2024, Sánchez avait lui-même envisagé de démissionner après l'ouverture de l'enquête visant son épouse. Il avait finalement choisi de rester, dénonçant une campagne de déstabilisation politique menée par ses adversaires.

La popularité du Premier ministre est d'autant plus fragile que son parti, le PSOE, accumule les revers électoraux. Le 15 mai dernier, les socialistes ont subi une déroute historique en Andalousie, leur fief historique, où ils n'ont obtenu que 22,7 % des voix, leur pire score depuis le retour de la démocratie. La région est désormais gérée par une coalition de droite, et Vox, l'extrême droite, y gagne en influence.

Une opposition unie contre Sánchez

La manifestation de samedi a vu une rare union entre les deux principaux partis d'opposition : le Parti Populaire (PP, conservateur) et Vox. Le leader de Vox, Santiago Abascal, a déclaré devant la foule : « Il ne reste plus personne dans l'entourage de Pedro Sánchez qui n'ait été accusé de crimes très graves. L'Espagne est prise en otage par une mafia corrompue. » Le PP, bien que plus modéré, a également appelé à la démission du chef du gouvernement.

Cette unité de façade pourrait néanmoins voler en éclats si la pression populaire forçait des élections anticipées. Les deux formations divergent sur de nombreux sujets, notamment économiques et sociétaux. Mais pour l'instant, leur objectif commun est de capitaliser sur la colère des Espagnols et d'affaiblir un exécutif qui semble vaciller.

Perspectives : vers une crise politique durable ?

Pour Pedro Sánchez, le temps presse. L'élection générale prévue pour 2027 approche, et les derniers sondages annoncent une défaite du PSOE. L'Andalousie a été un signal d'alarme : même les bastions historiques se détournent des socialistes. Le gouvernement espère encore que les affaires seront classées et que l'économie, l'une des plus dynamiques d'Europe, permettra de regagner la confiance des électeurs.

Mais, comme le souligne la journaliste María Ramírez dans The Guardian, Sánchez est paradoxalement plus populaire à l'étranger qu'en Espagne. Ses positions fermes sur Gaza et l'Iran, ainsi que sa défense de l'immigration, lui valent des éloges dans les capitales européennes et américaines. Pourtant, ces sujets ne pèsent pas lourd face aux préoccupations quotidiennes des Espagnols : pouvoir d'achat, logement, santé et, surtout, la perception d'une classe politique corrompue.

Le parallèle avec d'autres crises politiques en Europe est frappant. En France, les duels pour la présidentielle de 2027 s'annoncent également houleux, comme l'illustre la rivalité entre Édouard Philippe et Gabriel Attal, tandis que l'Espagne semble s'enfoncer dans une polarisation qui rappelle les heures les plus sombres de sa démocratie. Si Sánchez ne parvient pas à inverser la tendance d'ici 2027, l'extrême droite pourrait bien gouverner pour la première fois depuis Franco.

En attendant, le pays retient son souffle. Les prochaines semaines seront décisives : les manifestations pourraient se multiplier, et la pression sur le Premier ministre s'accroître. Pedro Sánchez résistera-t-il une fois de plus, ou finira-t-il par céder à la rue ?

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