Enseignants non qualifiés : plus du tiers au Québec, un signal d'alarme

On dénombrait tout juste avant Noël près de 760 enseignants non légalement qualifiés dans les écoles de l'Outaouais, en excluant le réseau anglophone. Il s'agit d'un bond de 95 % en trois ans.

Une proportion qui ne cesse de croître

Au Québec, la rentrée 2026 confirme une tendance lourde : plus du tiers des enseignants ne sont pas légalement qualifiés. Les données les plus récentes, obtenues par Le Devoir via une demande d'accès à l'information, révèlent que 45 754 enseignants étaient dans cette situation lors de l'année scolaire 2024-2025, soit une augmentation de 2,7 % par rapport à l'année précédente. Cette proportion flirte désormais avec les 35 %, un niveau qui s'est maintenu depuis la pandémie, malgré les efforts déployés pour former rapidement de nouveaux enseignants.

Le phénomène n'est pas anecdotique. Il touche massivement les élèves à besoins particuliers et alourdit considérablement la tâche du personnel qualifié, contribuant à un cercle vicieux de surcharge et de démissions. « C'est une situation dont on doit se préoccuper, parce que d'être non légalement qualifié, ça veut dire de ne pas avoir toute la formation nécessaire pour occuper un poste d'enseignant, et ça amène plusieurs complications dans le milieu », alerte Richard Bergevin, président de la Fédération des syndicats de l'enseignement.

Des chiffres qui interpellent

Parmi ces 45 754 enseignants non qualifiés, 9 719 bénéficiaient d'une tolérance d'engagement, leur permettant d'obtenir un contrat d'enseignement de façon « exceptionnelle et temporaire ». Cette tolérance peut être renouvelée plusieurs années avant qu'une démarche qualifiante ne soit exigée. Les autres, soit 36 035 personnes, se contentent de suppléances occasionnelles pour combler des absences de courte durée, sans pouvoir prétendre à un poste stable. Une situation précaire qui pose question sur la qualité de l'enseignement dispensé et la stabilité des équipes pédagogiques.

Un contexte de pénurie persistante

Cette réalité s'inscrit dans un contexte de pénurie d'enseignants qui frappe durement le Québec depuis plusieurs années. Les 58 programmes courts mis en place ces dernières années n'ont pas suffi à endiguer le phénomène. La vérificatrice générale du Québec avait déjà sonné l'alarme en 2023 : plus du quart des enseignants étaient non légalement qualifiés en 2020-2021, soit près de 31 000 personnes. Loin de s'améliorer, la situation s'est dégradée, la proportion passant de 28 % à environ 35 % en quelques années.

Des répercussions sur la qualité de l'éducation

Les experts et les enseignants qualifiés dénoncent un système à deux vitesses. Les élèves ayant des besoins particuliers, qui requièrent une expertise pointue, se retrouvent souvent confiés à des personnes sans formation adéquate. « On ne peut pas demander à quelqu'un qui n'a pas été formé pour ça de gérer des troubles du comportement ou des difficultés d'apprentissage complexes », souligne une enseignante en adaptation scolaire. La surcharge qui en résulte pour les titulaires de classe aggrave la fatigue et alimente les départs, créant un cercle vicieux difficile à briser.

Des comparaisons internationales

La situation québécoise n'est pas isolée. En France, le ministère de l'Éducation nationale a récemment défrayé la chronique avec un courriel demandant aux recteurs de décompter les jours de grève des enseignants, y compris ceux solidaires des mobilisations lycéennes. Si les consignes semblent ne pas avoir été suivies d'effets, elles témoignent d'une tension croissante entre l'institution et le corps enseignant. Outre-Atlantique, la question de la reconnaissance et de la formation des enseignants reste un enjeu majeur, comme le rappelle la récente nomination d'un nouvel enseignant au collège Saint-Jean-Baptiste de La Salle, à Valenciennes, où le départ à la retraite d'une professeure d'histoire-géographie a été compensé par l'arrivée de M. Macque, également nommé professeur principal de 6e. Un événement anodin en apparence, mais qui illustre la mobilité et les besoins constants de recrutement dans le secteur éducatif.

Perspectives : former mieux et retenir

Pour sortir de cette ornière, plusieurs pistes sont avancées. Le renforcement des programmes de formation initiale, l'accompagnement des enseignants non qualifiés vers une qualification formelle et l'amélioration des conditions de travail semblent indispensables. La revalorisation salariale et la réduction de la charge administrative sont également citées comme des leviers de rétention. Sans une action volontariste, le risque est de voir la proportion d'enseignants non qualifiés continuer de grimper, avec des conséquences durables sur la réussite éducative.

Alors que l'actualité électorale française s'emballe à l'approche de la présidentielle de 2027, avec des sondages à foison, la question éducative reste un angle mort des débats. Pourtant, comme le rappelle un récent article de franceinfo sur l'usage des sondages, les enseignants sont aussi des citoyens dont l'expertise peut éclairer les politiques publiques. La crise de la qualification enseignante au Québec est un signal d'alarme qui dépasse les frontières : elle interroge la capacité des systèmes éducatifs à garantir une éducation de qualité pour tous, dans un monde où les besoins des élèves se complexifient.

Un avenir à réinventer

La balle est désormais dans le camp des décideurs. Les syndicats réclament un plan ambitieux sur plusieurs années, avec des objectifs chiffrés de réduction des enseignants non qualifiés. Les universités, de leur côté, peinent à attirer des candidats dans des programmes exigeants et souvent mal rémunérés. La solution passera sans doute par une reconsidération globale du métier d'enseignant, de sa formation à ses conditions d'exercice. À l'heure où les défis éducatifs se multiplient, le Québec ne peut se permettre de laisser plus du tiers de ses classes entre des mains insuffisamment formées. Un sursaut est attendu, sous peine de voir se creuser davantage les inégalités scolaires.

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