Emploi : 44 % des entreprises peinent à recruter malgré un chômage en hausse

Job-seekers look at job classified ads in an Agence Nationale Pour l'Emploi unemployment agency in Paris, France, Friday, July 22, 2005. French...

Un marché du travail paradoxal : chômage élevé et pénurie de candidats

Alors que le taux de chômage en France a atteint 8,3 % en 2026, une proportion significative d'entreprises continue de faire face à des difficultés de recrutement. Selon Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, 44 % des entreprises rencontrent des problèmes pour embaucher, et entre 200 000 et 300 000 emplois resteraient non pourvus. Dans une interview accordée à La Tribune Dimanche, il souligne que « malgré les difficultés économiques actuelles, 44 % des entreprises n'en rencontrent pas moins des difficultés importantes de recrutement ». Le secteur du bâtiment est particulièrement touché, avec 66 % des entreprises concernées.

Pourtant, France Travail affiche des résultats encourageants : l'opérateur pourvoit 92 % des offres qui lui sont confiées, avec un délai moyen réduit de 35 à 22 jours. Chaque jour, FranceTravailPro réalise 6 000 recrutements. Pour améliorer ces performances, l'établissement a multiplié les contacts avec les entreprises, passant de 100 000 en 2023 à 400 000 en 2025, et utilise l'intelligence artificielle pour identifier plus rapidement les candidats adaptés. Les petites entreprises peuvent désormais déposer des offres par commande vocale, une simplification qui vise à faciliter leurs démarches.

Les jeunes, première victime de la remontée du chômage

Si le taux de chômage global progresse de 7,4 % à 8,3 % en un an, les jeunes sont particulièrement affectés. Leur taux d'emploi n'est que de 35 % en France, contre 43 % en Europe. L'Insee confirme que « les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage ». Thibaut Guilluy pointe du doigt le sous-développement du travail étudiant et un déficit d'orientation, avec 50 % d'échec en première année de licence. Pour le patron de France Travail, l'indicateur clé reste toutefois le taux d'emploi des 15-64 ans, qui est passé de 65,5 % en 2017 à près de 70 % aujourd'hui, soit 2 millions de personnes supplémentaires en emploi en neuf ans.

Un ralentissement des tensions sur le marché du travail

Une étude de la Dares et de France Travail publiée le 22 octobre 2026 apporte un éclairage nuancé. Les métiers en tension forte ou très forte ne représentent plus que 46 % de l'emploi en 2025, contre 56 % en 2024. Hors période de crise sanitaire, les tensions retrouvent leur niveau le plus bas depuis 2017. Cette détente s'explique en partie par le ralentissement des embauches : au deuxième trimestre 2026, 6 603 800 embauches ont été enregistrées dans le secteur privé, en hausse de 0,5 % sur le trimestre, mais les CDI reculent de 0,9 %. Les difficultés de recrutement restent néanmoins concentrées dans certains secteurs, notamment l'industrie, les métiers techniques et le bâtiment, où les compétences rares et les conditions de travail contraignantes persistent.

France Travail mise sur la simulation et l'IA

Pour répondre aux besoins des secteurs en tension, France Travail développe la méthode de recrutement par simulation (MRS). En Bourgogne-Franche-Comté, 4 247 candidats ont été évalués par ce biais en 2025. La MRS permet de repérer les habiletés des candidats au-delà du CV, via des exercices pratiques en lien avec les situations réelles de travail. « C'est un vrai moyen d'élargir le potentiel des candidats en mettant en avant des profils que l'entreprise, sur la base du seul CV, n'aurait pas rencontrés », explique Maryline Mille, directrice du service aux entreprises à la direction régionale de France Travail. L'opérateur cible sept agences d'emploi et s'appuie sur les agences d'intérim pour développer cette méthode, particulièrement adaptée au BTP.

Par ailleurs, France Travail expérimente une intelligence artificielle générative pour préparer les contrôles des demandeurs d'emploi. Selon un document interne dévoilé le 23 octobre par La Quadrature du Net, cet outil vise à synthétiser les dossiers examinés par les équipes de contrôle, avec pour objectif d'atteindre 1,5 million de contrôles en 2027, contre 1,1 million estimé pour 2026. La décision finale resterait entre les mains d'un conseiller, et une montée en charge systématique est envisagée d'ici 2030, sous réserve des résultats de l'expérimentation.

Perspectives : un marché de l'emploi sous tension malgré la détente

La situation actuelle révèle un marché du travail contrasté. D'un côté, le chômage progresse, touchant durement les jeunes et les bénéficiaires du RSA ; de l'autre, des milliers de postes restent vacants dans des secteurs clés comme le bâtiment, l'industrie et la santé. La baisse des tensions globales, confirmée par la Dares, ne doit pas masquer les pénuries persistantes dans certaines professions. Les initiatives de France Travail, qu'il s'agisse de la MRS, de l'IA pour le recrutement ou du contrôle des demandeurs d'emploi, témoignent d'une volonté d'adapter les outils aux réalités du terrain. Toutefois, la question de l'orientation des jeunes et de la valorisation des compétences reste centrale pour réduire durablement le chômage et répondre aux besoins des entreprises. Dans un contexte de ralentissement économique, où les CDI reculent, l'enjeu sera de concilier flexibilité et sécurité pour les travailleurs, tout en soutenant les secteurs en tension. La réussite de ces dispositifs dépendra de leur capacité à inclure les publics les plus éloignés de l'emploi et à répondre aux attentes des entreprises.

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