Emmanuelle Cosse dénonce une « lubie xénophobe »
La présidente de l'Union sociale pour l'habitat (USH), Emmanuelle Cosse, a vivement critiqué les propositions de Marine Le Pen sur le logement social, au lendemain du discours de rentrée de la candidate du Rassemblement national à Hénin-Beaumont. Invitée sur plusieurs médias ce lundi 14 septembre, l'ancienne ministre écologiste du Logement a qualifié de « lubie xénophobe » l'idée de réserver le parc HLM aux ressortissants français.
« Contrairement à ce qu'elle dit, les étrangers ne sont pas favorisés dans l'accès au logement social. Il n'y a aucun favoritisme. On a même vu que leur accès est inférieur à celui des ménages français », a-t-elle déclaré sur BFM TV. Selon les données de l'USH, le taux de succès dans l'attribution des logements sociaux s'élève à 14 % pour les ménages français, contre 13 % pour les ménages étrangers extra-communautaires. Emmanuelle Cosse a également rappelé qu'aucun logement social ne peut être attribué aux personnes en situation irrégulière, et que les principaux critères restent les conditions de ressources et la non-propriété d'une résidence principale.
« Un bouc émissaire »
Pour la présidente de l'USH, les annonces de Marine Le Pen « parlaient très peu de logement mais utilisent la crise actuelle et désignent un bouc émissaire, les immigrés ». Elle a dénoncé des propositions « mal pensées voire mensongères », estimant qu'elles ne résoudraient en rien la pénurie de logements sociaux, alors que près de trois millions de ménages sont en attente d'un HLM.
La Confédération nationale du logement a emboîté le pas, affirmant que « la préférence nationale ne résoudra rien à la pénurie » et que « faire croire que les étrangers seraient les grands responsables de la crise du logement relève du mensonge ».
Le programme de Marine Le Pen sur le logement
Lors de son discours de rentrée politique le dimanche 13 septembre à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a présenté ses propositions pour le logement, qu'elle entend placer « au cœur » de la campagne présidentielle de 2027. Elle a notamment promis d'instaurer une « priorité nationale » dans l'attribution des logements sociaux, afin de faire passer les ménages français avant les étrangers à situation comparable. « Aujourd'hui 70 % des Français sont éligibles au parc social et seulement 11 % en bénéficient », a-t-elle souligné. Elle souhaite également réserver le bénéfice des APL aux Français et abroger « purement et simplement » la loi SRU, qui impose aux communes de disposer de 20 % à 25 % de logements sociaux.
Ces propositions ont immédiatement suscité une vive indignation à gauche et dans le monde associatif. Edwige Diaz, vice-présidente du RN, a défendu la mesure sur BFM TV : « Les Français doivent bénéficier d'une priorité d'accès dans les logements sociaux. » Mais pour Emmanuelle Cosse, « c'est assez symptomatique de Marine Le Pen : on nous parle de logement, mais on ressort les vieilles ficelles ». Le RN avait déjà déposé en 2024 une proposition de loi visant à faire de la nationalité le premier critère d'attribution.
Un contexte de crise du logement
La polémique intervient dans un contexte de crise persistante du logement social en France. Le nombre de demandeurs atteint des niveaux records, et les bailleurs sociaux alertent sur la baisse des constructions neuves. La suppression de la loi SRU, réclamée par Marine Le Pen, est vivement contestée par les acteurs du secteur, qui y voient une menace pour la mixité sociale. Selon la Fondation pour le logement (ex-Abbé Pierre), 64 % des Français jugent prioritaire de construire davantage de HLM.
Un enjeu politique majeur pour 2027
Cette passe d'armes entre Emmanuelle Cosse et Marine Le Pen illustre la place croissante du logement dans le débat politique à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. La candidate du RN cherche à capitaliser sur le mécontentement lié à la crise du logement, en ciblant les étrangers comme responsables. Une stratégie que dénoncent les défenseurs du logement social, qui rappellent que les ménages étrangers ne représentent que 15 % des locataires du parc social, et que 16 % des locataires sont nés à l'étranger, parmi lesquels des Français.
Pour Emmanuelle Cosse, la priorité devrait être de construire davantage et de garantir l'accès au logement pour tous, plutôt que de stigmatiser une population. « La préférence nationale ne résoudra rien à la pénurie », martèle-t-elle, appelant à un débat dépassionné sur les véritables causes de la crise. Les propositions de Marine Le Pen, si elles étaient appliquées, risqueraient de priver des milliers de personnes d'un logement, tout en aggravant les tensions sociales. Le débat promet de s'intensifier dans les mois à venir, à mesure que la campagne présidentielle prendra de l'ampleur.
Alors que les associations et les bailleurs sociaux réclament des mesures d'urgence, le gouvernement n'a pas encore réagi aux propos de la candidate du RN. La question du logement devrait s'imposer comme un thème central du prochain quinquennat, opposant deux visions radicalement différentes de la solidarité nationale.
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