Drag Race : les stars menacent de poursuivre la députée anti-drag Nancy Mace

'RuPaul's Drag Race' Season 15 cast

Des reines de Drag Race sur le pied de guerre contre Nancy Mace

La guerre entre le monde du drag et la droite conservatrice américaine vient de connaître un nouvel épisode explosif. Mardi, lors d'une audience au Congrès portant initialement sur le patriotisme du Smithsonian, la députée républicaine de Caroline du Sud, Nancy Mace, a utilisé des photos de RuPaul, Kandy Muse et Joey Jay, stars de l'émission RuPaul's Drag Race, pour dénoncer ce qu'elle considère comme la "sexualisation des enfants" par le drag. Une attaque qui a provoqué une levée de boucliers immédiate : les reines menacent désormais de poursuivre l'élue.

Une accusation grave et une réponse cinglante

Dans son intervention, Nancy Mace a notamment déclaré, en montrant une image de RuPaul: "RuPaul est un homme qui s'habille comme une femme, littéralement." Elle a ensuite enchaîné sur un discours typique de la rhétorique républicaine reliant la communauté drag à la pédocriminalité, demandant : "Savez-vous combien d'enfants sont violés par des adultes dans ce pays ?"

Ces propos ont immédiatement suscité l'indignation. Les avocats des queens concernées ont fait savoir qu'ils étudiaient les voies légales, notamment pour utilisation non autorisée de l'image et diffamation. "Utiliser le visage d'artistes accomplis pour les associer à des crimes odieux est une ligne rouge qui ne sera pas franchie sans conséquences", a déclaré un représentant légal de Kandy Muse. L'affaire devrait relancer le débat sur la liberté d'expression et les limites de la critique politique aux États-Unis.

Un contexte politique tendu pour la communauté drag

L'offensive législative anti-drag aux États-Unis

Cette altercation intervient dans un climat déjà très lourd pour les artistes drag outre-Atlantique. Depuis plusieurs années, les législatures républicaines de nombreux États multiplient les projets de lois visant à restreindre les spectacles de drag, les présentant comme une menace pour l'enfance. Le Congrès lui-même est devenu une tribune pour ces attaques, comme en témoigne cette récente audition.

L'argumentaire de Nancy Mace, qui assimile le drag à une "sexualisation" des mineurs, est la pierre angulaire de ces offensives. Les artistes et défenseurs des droits LGBTQ+ y voient une tentative de criminaliser une forme d'expression artistique et une identité de genre, avec un impact direct sur la communauté trans.

Crystal Methyd, une victoire pour le drag en contrepoint

En contrepoint de cette actualité politique sombre, la victoire de Crystal Methyd lors de la saison 11 de RuPaul's Drag Race All Stars vendredi dernier a offert une bouffée d'air frais. L'artiste, qui avait atteint la finale de la saison 12 en 2020, a rejoint le Hall of Fame de l'émission.

Dans une interview au Hollywood Reporter, Crystal Methyd a expliqué avoir attendu six ans avant de revenir concourir, souhaitant d'abord "prendre le temps de cuisiner" pour répondre aux attentes. Surtout, elle a souligné avoir raté l'expérience post-émission à cause de la pandémie de COVID-19. "Je n'ai pas pu voyager, je n'ai pas eu toutes les expériences en club qu'un membre normal du casting aurait eues", a-t-elle confié. Sa victoire est un rappel que, malgré les attaques politiques, le drag reste une force culturelle majeure et populaire.

Une bataille culturelle qui dépasse le drag

Internet et la justice comme nouveaux champs de bataille

La menace de poursuites judiciaires de la part des stars de Drag Race marque une nouvelle étape dans la résistance de la communauté. Jusqu'ici, les artistes répondaient principalement par le plaidoyer ou le contenu sur les réseaux sociaux. Passer à l'action en justice, c'est utiliser les armes du système politique contre ses détracteurs, en s'appuyant sur le droit à l'image et la diffamation.

Ce bras de fer pourrait avoir des répercussions bien au-delà de cette simple affaire. Il pourrait dissuader d'autres élus d'utiliser des images de personnes identifiables pour des attaques politiques, et potentiellement créer une jurisprudence sur l'utilisation de l'image des artistes drag à des fins de propagande.

Un espoir né de la culture pop

Paradoxalement, c'est aussi dans la culture pop que se trouve une partie de la riposte. La popularité phénoménale de RuPaul's Drag Race a normalisé le drag pour des millions de personnes. Alors que des députés tentent de diaboliser l'art, le triomphe de Crystal Methyd et la menace de poursuites des queens rappellent que la communauté, bien que sous pression, n'est pas prête à se taire.

L'équilibre est fragile : entre une offensive politique coordonnée et un soutien populaire massif, la bataille pour la reconnaissance du drag comme art légitime, et non comme menace, se joue désormais autant dans les prétoires que dans les urnes. Les prochaines semaines diront si la menace de procès de Kandy Muse et de ses consœurs portera ses fruits ou si, au contraire, elle enflammera encore davantage le débat public.

Lire aussi : Andrey Rublev : champion à Bastad et en quarts à Estoril, la montée en puissance

Commentaires