Un vol record dans un domaine viticole italien
Le monde du vin a été secoué par l'annonce d'un vol d'une ampleur inédite. Entre le 3 et le 4 octobre, pas moins de 30 000 bouteilles de vins prestigieux ont été dérobées dans l'entrepôt "Santa Cristina" du domaine familial Marchesi Antinori, situé à Cortone en Toscane. Le butin est estimé à environ 5 millions d'euros, ce qui en ferait, selon l'entreprise, "le vol le plus important, en nombre de bouteilles et en valeur, survenu jusqu'à présent en Italie".
Les faits se sont déroulés avec une précision troublante. Selon les informations rapportées par l'AFP et plusieurs médias italiens, cinq à six individus ont désactivé l'alarme avant de pénétrer dans l'entrepôt. Ils se sont emparés de palettes déjà préparées pour l'expédition vers l'étranger, les ont chargées à l'aide de chariots élévateurs appartenant à l'entreprise, puis ont pris la fuite à bord de deux fourgons. Le vol n'a été découvert que le lundi matin, à l'arrivée des employés.
Parmi les bouteilles dérobées figurent des rouges toscans parmi les plus iconiques du domaine : Guado al Tasso, Solaia et Tignanello. Leur prix unitaire oscille généralement entre 120 et 500 euros selon les millésimes. "Ce sont aussi des bouteilles de garde, donc un coup très ciblé", a souligné un représentant de Marchesi Antinori. Renzo Cotarella, directeur général du domaine, s'est dit stupéfait : "Deux camions ne peuvent pas disparaître comme ça. Ces vins ont une grande valeur et je ne comprends pas comment ils peuvent en vendre autant dans le monde entier sans que personne ne s'en aperçoive."
Fondé en 1385, Marchesi Antinori est l'un des plus grands domaines viticoles familiaux d'Italie. Il exporte dans 170 pays et a réalisé un chiffre d'affaires de 263 millions d'euros l'an dernier. Ce vol s'inscrit dans une vague de méfaits visant les caves italiennes : mi-septembre, une autre cave du Piémont avait été dévalisée d'environ 3 000 bouteilles de Barolo.
L'œnotourisme, une réponse stratégique aux défis du secteur
Alors que la filière viticole italienne doit faire face à une criminalité organisée de plus en plus audacieuse, une autre dynamique se dessine en France, et plus particulièrement dans l'Aude. Du 16 au 18 octobre, l'événement "Vignobles en scène" revient pour une deuxième édition, avec l'ambition de devenir une référence nationale de l'œnotourisme. Porté par le groupe La Dépêche du Midi et l'Agence de développement touristique de l'Aude, ce rendez-vous se déploiera sur sept territoires : le Limouxin, la Haute Vallée, les Corbières, le Minervois, Fitou, le Grand Carcassonne et Côte du Midi.
Le principe est simple : fédérer les publics et les acteurs de la filière autour d'un temps fort mêlant découverte des vignobles, gastronomie et activités culturelles, sportives, ludiques voire insolites. Randonnées gourmandes, escape games, brunchs, découvertes historiques et approches artistiques sont au programme. "L'œnotourisme est pour nous une stratégie et un facteur fort d'attractivité. Cet événement intègre les prestataires du label Vignobles & Découvertes. Du 16 au 18 octobre, ils proposent des portes d'entrée vers le vin avec des expériences inédites", explique Amélie Firmin, directrice générale de l'office de tourisme Côte du Midi.
Pour Fabien Perrot, directeur de l'office de tourisme intercommunal du Limouxin, "Vignobles en scène doit devenir un événement de référence. Il doit permettre de faire reconnaître l'atout que représente l'œnotourisme en France et dans l'Aude". La première édition, en 2025, avait déjà rencontré un vif succès, et les organisateurs espèrent capitaliser sur cette dynamique pour renforcer l'image d'une destination œnotouristique de qualité.
Une filière sous tension, entre sécurité et innovation
Ces deux actualités, en apparence éloignées, révèlent les mutations profondes que traverse le monde du vin. D'un côté, la criminalité spécialisée cible des domaines prestigieux, dont les bouteilles de garde attirent les convoitises des collectionneurs. La valeur des vins volés et leur destination étrangère suggèrent un réseau bien organisé, capable d'écouler des lots importants sur le marché parallèle. Les autorités italiennes, qui n'ont procédé à aucune arrestation, misent sur la vidéosurveillance des routes toscanes pour tenter de retrouver une partie du butin.
De l'autre, les territoires viticoles français misent sur l'œnotourisme pour diversifier leurs revenus et renforcer leur attractivité. L'Aude, avec ses paysages variés et son patrimoine viticole, se positionne comme un laboratoire de cette tendance. L'événement Vignobles en scène illustre cette volonté de créer des expériences immersives, où le vin devient une porte d'entrée vers un territoire, son histoire et ses acteurs.
Cette dualité — entre protection d'un patrimoine menacé et innovation pour le valoriser — devrait s'accentuer dans les années à venir. Les domaines viticoles, qu'ils soient italiens ou français, doivent désormais conjuguer sécurité renforcée et ouverture au public. La notoriété croissante des grands crus en fait des cibles de choix pour les voleurs, mais elle constitue aussi un levier pour développer un tourisme de niche, générateur de revenus complémentaires.
En France, le succès de Vignobles en scène pourrait faire des émules dans d'autres régions. L'œnotourisme, qui représentait déjà une part significative du tourisme rural avant la pandémie, connaît un nouvel élan porté par la recherche d'expériences authentiques et de proximité. Les vignerons, confrontés à des défis climatiques et économiques, y voient une opportunité de communiquer directement avec leur clientèle et de créer un lien durable.
Reste à savoir si ces initiatives suffiront à contrer les menaces qui pèsent sur la filière. Le vol spectaculaire d'Antinori rappelle que la valeur du vin attire autant les amateurs éclairés que les réseaux criminels. Pour les domaines, l'enjeu est double : sécuriser des stocks précieux tout en s'ouvrant à un public toujours plus large. Un équilibre délicat, mais indispensable pour pérenniser un savoir-faire millénaire.
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