Déficit commercial américain : 105,6 milliards en août, plus haut depuis les tarifs

Donald Trump veut réduire le déficit commercial des États-Unis.

Le déficit commercial américain s'envole à 105,6 milliards de dollars en août

Le déficit commercial des États-Unis a atteint 105,6 milliards de dollars en août 2026, en hausse de 13,8 % par rapport aux 92,8 milliards révisés de juillet, selon les données publiées mardi par le Bureau of Economic Analysis (BEA) du département du Commerce. Il s'agit du niveau le plus élevé depuis mars 2025, quand les importateurs s'étaient rués sur les biens étrangers avant l'annonce des tarifs « Liberation Day » d'avril 2025.

Les importations ont progressé de 4,3 % pour atteindre 420,8 milliards de dollars, tandis que les exportations n'ont augmenté que de 1,4 %, à 315,2 milliards. Le déficit de biens s'est creusé à 136,57 milliards, alors que l'excédent des services est resté quasi stable. Ce chiffre marque le premier mois complet après l'entrée en vigueur d'une nouvelle vague de tarifs fin juillet, incluant 10 % sur l'Union européenne et 12,5 % sur d'autres partenaires comme la Chine.

Les importations tirées par l'IA et les matières premières

Plusieurs facteurs expliquent cette flambée. Les importations de semi-conducteurs ont bondi de 2,4 milliards de dollars, portées par la construction effrénée de centres de données pour l'intelligence artificielle. Les importations de pétrole brut ont augmenté de 3,3 milliards et celles d'or non monétaire de 3,1 milliards. Au total, les importations liées à l'IA sont restées élevées, même si elles n'ont guère varié par rapport à juillet.

Le déficit avec le Mexique reste le plus important, à 27,7 milliards de dollars en août, illustrant les déséquilibres persistants avec de nombreux partenaires, du Vietnam à l'Union européenne.

Un contexte de tarifs qui n'ont pas réduit le déficit

Lors de l'annonce des tarifs « Liberation Day » en avril 2025, le président Donald Trump avait qualifié le déficit commercial d'« urgence nationale » menaçant la sécurité et le mode de vie des Américains. Il promettait que ces taxes à l'importation réduiraient ce déséquilibre chronique. Dix-sept mois plus tard, force est de constater que l'effet est inverse : le déficit s'est même creusé pour atteindre son plus haut niveau depuis l'instauration de ces mesures.

Une dynamique mondiale complexe

Les économistes soulignent que le déficit commercial n'est pas nécessairement un signe de faiblesse. La demande américaine pour des composants technologiques étrangers, notamment dans le cadre du boom de l'IA, a dopé les importations. Selon la Réserve fédérale de Minneapolis, la seule demande liée à l'IA a ajouté 200 milliards de dollars au déficit commercial en avril. Par ailleurs, les entreprises ont continué d'importer massivement pour constituer des stocks avant de nouvelles hausses de tarifs, un phénomène déjà observé début 2025.

Capital Economics estime que cette hausse des importations pourrait peser sur la croissance du PIB au troisième trimestre, avec une prévision ramenée de 4,0 % à environ 2,5 % en rythme annualisé. Le commerce net resterait un frein à la croissance.

Un climat politique tendu

Ces chiffres interviennent dans un contexte de négociations commerciales difficiles, notamment avec le Canada, où les discussions ont échoué. Les tarifs de juillet ont ajouté une couche d'incertitude pour les entreprises, qui doivent s'adapter à un paysage tarifaire mouvant. La question de savoir si ces mesures protectionnistes atteindront leur objectif de rééquilibrage commercial reste ouverte.

Quelles implications pour l'économie et les politiques publiques ?

La persistance d'un déficit commercial élevé, malgré les tarifs, alimente le débat sur l'efficacité des politiques commerciales de l'administration Trump. Pour certains économistes, le déficit reflète davantage des facteurs structurels — comme la vigueur de la consommation américaine et la faiblesse de l'épargne — que des pratiques commerciales déloyales. D'autres pointent du doigt les conséquences à long terme d'un tel déséquilibre, notamment sur la dette et la dépendance aux capitaux étrangers.

Goldman Sachs a récemment averti qu'une hausse des taux d'intérêt pourrait rendre le poids de la dette américaine encore plus lourd. Dans ce contexte, un déficit commercial record pourrait exacerber les tensions sur les marchés financiers.

Vers une nouvelle donne commerciale ?

Les entreprises américaines, en particulier dans la tech, continuent de dépendre de chaînes d'approvisionnement mondiales pour soutenir l'innovation. Le défi pour l'administration sera de concilier sécurité économique et ouverture nécessaire à la compétitivité. Les prochains mois diront si les tarifs finissent par rééquilibrer la balance ou s'ils s'avèrent contre-productifs.

Quoi qu'il en soit, le chiffre de 105,6 milliards de dollars pour août 2026 restera comme un symbole des contradictions de la politique commerciale actuelle.

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