Daniel Mouchard-Zay quitte la présidence de Sorbonne Nouvelle
Le président de l'université Sorbonne Nouvelle (Paris 3), Daniel Mouchard-Zay, a annoncé lundi 19 octobre 2026 sa démission, ainsi que celle de l'ensemble de son équipe présidentielle, effective le 11 décembre prochain. Cette décision fait suite à l'intervention controversée des forces de l'ordre sur le campus Nation, dans le XIIe arrondissement de Paris, le 5 octobre dernier.
Dans un courriel adressé aux enseignants et étudiants, Daniel Mouchard-Zay reconnaît que « l'intervention des forces de l'ordre pour évacuer le campus Nation lundi 5 octobre a profondément ébranlé notre communauté ». Il ajoute entendre « l'expression des émotions, de la peur et de la colère des nombreux personnels et étudiants témoignant avoir subi les effets de cette journée » et se dit « sincèrement désolé », prenant « pleinement la mesure de la forte fragilisation de la confiance induite par ces événements ».
Les faits : une assemblée générale qui dégénère
Le 5 octobre, en pleine mobilisation lycéenne et étudiante, une assemblée générale se tient sur le campus Nation. Des participants envisagent l'occupation des locaux. La direction de l'établissement s'inquiète de la présence d'« individus extérieurs » et la situation se tend. Daniel Mouchard-Zay demande alors l'intervention des forces de l'ordre pour évacuer le campus. Selon la présidence, cette décision « difficile » s'imposait pour sécuriser les biens et les personnes face à une AG qui dégénérait.
L'opération de police est vécue comme une répression violente par les étudiants. Dans une lettre ouverte publiée le 15 octobre, ces derniers dénoncent avoir été « évacués de force, certains nassés dans le hall et d'autres expulsés de l'université » et exigent la démission du président ainsi que des « excuses publiques ». La CGT Ferc Sup avait de son côté rappelé que « ce genre d'intrusion piétine près d'un millénaire de traditions d'indépendance universitaire ».
Un contexte de mobilisation sociale tendu
Cette démission intervient dans un climat de contestation lycéenne et étudiante qui s'est intensifié depuis début octobre. Des étudiants se sont mobilisés dans de nombreuses universités, parfois en bloquant les campus ou en occupant des bâtiments. La journée du 17 octobre a également été marquée par des violences urbaines, avec 2 513 gardes à vue et 67 personnes incarcérées depuis samedi, selon Gérald Darmanin. Ce contexte de tensions sociales et de défiance envers les forces de l'ordre rend la décision de Daniel Mouchard-Zay particulièrement symbolique.
Une démission pour préserver les échéances budgétaires
Daniel Mouchard-Zay a précisé que sa démission, ainsi que celle de son équipe, ne prendrait effet qu'à compter du 11 décembre, date de la présentation du budget 2027 au conseil d'administration. Il souhaite ainsi ne pas « compromettre les échéances budgétaires ». Cette précaution souligne la volonté de garantir la continuité administrative de l'université malgré la crise politique interne.
Quelles conséquences pour Sorbonne Nouvelle et au-delà ?
La démission de Daniel Mouchard-Zay marque une victoire pour les étudiants mobilisés, qui réclamaient des excuses publiques et son départ. Elle pose néanmoins la question de la gouvernance universitaire face aux mouvements sociaux. L'université est censée être un lieu de débat ouvert où l'on peut se mobiliser en sécurité, comme l'a souligné Anne-Edith Fraisseix, secrétaire générale de l'Unef Sorbonne Nouvelle. L'intervention policière a été perçue comme une atteinte à cette liberté.
Au-delà de Sorbonne Nouvelle, cet épisode pourrait faire jurisprudence. Il illustre la difficulté pour les présidents d'université de concilier maintien de l'ordre et respect des libertés académiques. Alors que le mouvement lycéen et étudiant continue, d'autres établissements pourraient être confrontés à des situations similaires. La décision de Daniel Mouchard-Zay, qui a préféré partir plutôt que de rester contesté, envoie un signal fort : la confiance entre la communauté universitaire et sa direction est un bien précieux, difficile à reconstruire une fois rompue.
La nomination d'une nouvelle équipe présidentielle sera scrutée. Elle devra apaiser les tensions et rétablir le dialogue avec les étudiants et les personnels. Une chose est sûre : l'actualité sociale reste brûlante, et les universités sont en première ligne. Comme ailleurs, la mobilisation ne faiblit pas, à l'image des violences du 17 octobre qui ont secoué de nombreuses villes, dont Elbeuf, où la ville se mobilise et son tissu associatif bouge.
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