Crise de l'enseignement : entre désacralisation du métier et appels urgents à la réforme

L'enseignant sous pression : un métier en quête de reconnaissance

En ce printemps 2026, la profession enseignante s'invite dans le débat public avec une acuité particulière. D'un côté de la planète à l'autre, des voix s'élèvent pour alerter sur les conditions d'exercice du métier et réclamer des réformes structurelles. Au Vietnam, un professeur de mathématiques prend la plume pour interpeller directement le nouveau ministre de l'Éducation. En France, une responsable syndicale dresse un tableau sombre de l'école publique. Le constat est partagé : enseigner est devenu plus difficile, moins valorisé, et pourtant plus essentiel que jamais.

Du Vietnam à la France, un même signal d'alarme

Au Vietnam, M. Nguyen Quang Thi, enseignant de mathématiques au lycée de Bao Loc, dans la province de Lam Dong, a adressé une lettre ouverte à Hoang Minh Son, fraîchement nommé ministre de l'Éducation et de la Formation. Dans ce courrier publié le 19 avril 2026, il formule quatre propositions concrètes portant sur les admissions, les examens et la qualité des manuels scolaires. Il réclame notamment l'unification des supports pédagogiques à l'échelle nationale, la réduction des erreurs dans les manuels, et une meilleure cohérence dans l'enseignement des statistiques et probabilités, jugé trop fragmenté et peu adapté à l'âge des élèves.

Cette démarche individuelle illustre une réalité plus large : les enseignants, premiers témoins des dysfonctionnements du système éducatif, peinent à se faire entendre dans les sphères décisionnelles.

La désacralisation de l'enseignant : un phénomène sociétal profond

En France, Pascale Thoirey, nouvelle co-secrétaire de la FSU du Gard, ne mâche pas ses mots dans un entretien accordé à La Marseillaise le 20 avril 2026. Elle décrit une école qui « ne fait plus sens » et pointe une perte généralisée de repères, tant dans la société que dans l'institution scolaire.

Une logique comptable contre une logique pédagogique

Selon elle, la réduction des moyens alloués à l'éducation, même justifiée par une baisse des effectifs, ne tient pas compte des réalités du terrain. Les élèves d'aujourd'hui sont, dit-elle, « sursollicités depuis la naissance par les écrans », arrivent moins reposés, moins concentrés. Cette transformation générationnelle exigerait davantage de ressources humaines et pédagogiques, et non une rationalisation à la baisse.

Elle s'en prend également aux décideurs du ministère, qu'elle accuse de n'avoir jamais géré une classe et de développer des approches théoriques déconnectées du quotidien des enseignants. « On est le métier le plus important pour l'avenir de la République et on recrute sans formation », lâche-t-elle, résumant en une phrase la contradiction criante entre l'importance symbolique accordée à l'enseignement et la réalité des conditions d'embauche.

L'école inclusive, promesse non tenue

Parmi les sujets qui cristallisent les tensions, l'école inclusive occupe une place centrale. Si le principe — accueillir tous les enfants, y compris ceux porteurs de handicap, dans des établissements ordinaires — est salué, sa mise en œuvre est vivement critiquée. Les enfants autrefois pris en charge dans des structures spécialisées, avec des effectifs réduits et des équipes pluridisciplinaires, se retrouvent désormais dans des classes classiques, sans accompagnement suffisant.

Les AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap), majoritairement des femmes, sont au cœur de cette problématique. Contraintes à des contrats à temps partiel, dépourvues de statut stable et payées bien en dessous des standards du marché, elles incarnent selon Pascale Thoirey le paradoxe d'un système qui affiche des ambitions d'inclusion sans en donner les moyens réels.

Un métier à la croisée des chemins : quelles perspectives pour l'éducation ?

Les signaux émis en ce mois d'avril 2026 convergent vers un même diagnostic : la profession enseignante traverse une crise multidimensionnelle qui mêle perte de prestige social, manque de ressources, outils pédagogiques inadaptés et déficit de dialogue entre le terrain et les institutions.

La question de la formation initiale et continue des enseignants revient en force. Que ce soit au Vietnam, où un professeur demande à être davantage associé à la conception des manuels, ou en France, où l'on dénonce des recrutements sans formation suffisante, le message est identique : les enseignants veulent être reconnus comme des experts, pas seulement comme des exécutants.

Cette crise de confiance dans l'institution scolaire s'inscrit dans un contexte plus large de remise en question des services publics et de leurs agents. Dans plusieurs pays, la tendance à la réduction des dépenses publiques heurte de plein fouet des secteurs comme l'éducation ou la santé, où la dimension humaine est irréductible à une équation budgétaire.

L'enjeu dépasse le simple cadre scolaire : une école mal dotée, des enseignants mal reconnus et des élèves mal accompagnés, c'est à terme tout un modèle de société et de cohésion républicaine qui vacille. Les appels à la réforme se multiplient ; reste à savoir si les décideurs politiques sauront y répondre avec l'ambition et la cohérence que la situation réclame.

Commentaires