Crans-Montana : six mois après l'incendie, la colère des familles ne retombe pas

Picture taken on February 17, 2024 shows a sign of the ski resort of Crans-Montana ahead of the Women's downhill event at the FIS Alpine Ski World...

Six mois après le drame de Crans-Montana, les familles des victimes haussent le ton

Le 1er juillet 2026, la Suisse a marqué les six mois du terrible incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, qui a coûté la vie à 41 personnes et blessé 116 autres. Alors que les rescapés et les proches tentent de se reconstruire, une pétition en ligne a été lancée le 12 juin pour empêcher Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du bar incendié, de rouvrir deux autres établissements dans la région. Portée par près de 27 000 signataires, elle exige que toute activité commerciale liée au couple soit suspendue tant que la justice n'a pas rendu ses conclusions.

Le combat des survivants et des familles

Des témoignages poignants de reconstruction

Malena, 18 ans, gravement brûlée dans l'incendie, raconte son long combat dans les colonnes du Temps : « Je ne vais pas laisser l'accident me gâcher la vie. » Après six mois d'hospitalisation et de réadaptation, elle porte encore des vêtements compressifs qu'elle devra garder 23 heures sur 24 pendant deux ans. Pourtant, elle affiche un grand sourire et une volonté de fer. Elle a même réussi ses examens, une bouffée d'oxygène dans un quotidien marqué par la douleur.

Agata, 16 ans, autre survivante, confie au Blick : « Je n'arrive pas à accepter ce qu'il s'est passé. » Après un mois de coma et quatre greffes de peau, elle appelle à la résilience et à l'entraide. Six mois après le drame, 25 victimes restent hospitalisées, dont 9 en Suisse.

Un licenciement qui choque

Dans un tout autre registre, une mère de famille témoigne dans Matin Dimanche : son fils de 18 ans, brûlé sur 60 % du corps, a survécu mais nécessite des soins constants. Elle a été licenciée par téléphone fin avril, son contrat n'ayant pas été renouvelé au 30 juin. « Mon employeur m'a dit qu'ainsi, je pourrais m'occuper de mon fils sans pression. J'étais sous le choc, abasourdie », confie-t-elle. Elle appelle les entreprises à faire preuve de compassion envers les familles des victimes. Ce geste, jugé inhumain par de nombreux observateurs, ravive le débat sur la protection des proches de blessés graves.

Des fondations pour honorer les disparus

Face à l'horreur, certaines familles ont choisi de transformer leur douleur en action. La Fondation Dalia, créée en mémoire d'une jeune fille de 15 ans décédée le 1er janvier, œuvre pour la santé et la dignité des enfants en Suisse et à l'étranger. La Fondation Alix Perroud, elle, soutient directement les victimes et leurs proches. Des cagnottes en ligne ont également été ouvertes pour couvrir les frais médicaux et funéraires.

La colère monte contre le couple Moretti

Une pétition pour suspendre toute réouverture

Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du bar Le Constellation, sont sous contrôle judiciaire mais libres. Ils vivent dans leur chalet de Lens avec leurs deux jeunes enfants, chacun ayant versé une caution de 200 000 francs suisses. Mais ce qui ulcère les familles, c'est leur volonté de rouvrir deux établissements : « Le Vieux Chalet » à Lens et « Le Senso » à Crans-Montana.

La pétition, intitulée « Pas de retour aux affaires tant que la justice n'a pas répondu », dénonce : « Apprendre que des établissements liés aux personnes mises en cause pourraient reprendre leurs activités commerciales, comme si rien ne s'était passé, est insupportable. » Les signataires rappellent : « On ne rouvre pas les portes au public quand la justice n’a pas encore fermé le dossier. »

Selon Me Didier Elsig, avocat de dix familles de victimes, « théoriquement rien n'empêche » la réouverture en gérance, mais les autorisations communales se font attendre. Une nouvelle entreprise a d'ailleurs été ouverte le 25 mai à la même adresse que « Le Vieux Chalet », laissant penser à une réouverture sous un nouveau nom.

Un contexte de canicule et d'actualité brûlante

Cette affaire intervient alors que la Suisse, comme une grande partie de l'Europe, fait face à une canicule historique. Dans un tout autre registre, la députée Delphine Batho a récemment dénoncé les « charognards de la canicule » et saisi la DGCCRF contre Lidl. Un écho lointain mais symbolique : la chaleur extrême rappelle à tous que les conditions de sécurité dans les lieux publics sont plus que jamais une priorité.

Perspectives : une enquête sous pression, un avenir incertain

Les enjeux judiciaires

L'enquête suit son cours, mais les familles s'impatientent. « Les 41 victimes de Crans-Montana ne sont pas un fait divers que l’on tourne comme une page. Elles sont des vies. Elles ont des noms. Elles ont des familles qui se battent encore pour la vérité », clame la pétition. Le couple Moretti, mis en cause, n'a pas encore été jugé. La justice devra déterminer les responsabilités dans cet incendie qui a marqué la Suisse au fer rouge.

Un traumatisme collectif

Au-delà des victimes directes, c'est toute une communauté qui panse ses plaies. Crans-Montana, station huppée du Valais, voit son image écornée. Les commerces de la station souffrent, et la saison touristique démarre dans une atmosphère lourde. Les premiers départs en vacances d'été, marqués par des embouteillages monstres (1 000 km de bouchons annoncés par Bison Futé), n'ont pas atténué le sentiment de deuil.

Une leçon pour l'avenir ?

Ce drame soulève des questions cruciales sur la sécurité des lieux de loisirs, la responsabilité des exploitants et l'accompagnement des victimes. La mobilisation des familles, via pétitions et fondations, montre une société civile déterminée à ne pas laisser l'oubli gagner. Le combat de Malena, d'Agata et de tous les autres est aussi le nôtre : refuser que la vie reprenne son cours comme si de rien n'était.

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