Un lundi agité sur le plateau de L'Heure des Pros
Ce lundi 20 avril 2026, Pascal Praud animait un nouveau numéro de L'Heure des Pros sur CNews, consacré à l'affaire Grasset — du nom d'Olivier Nora, directeur général des éditions Grasset & Fasquelle, évincé de son poste par Vincent Bolloré après un désaccord sur la date de parution du livre de Boualem Sansal. Un sujet sensible, au cœur de l'actualité éditoriale et médiatique, qui a enflammé les débats autour de la table.
L'émission réunissait ce matin-là Richard Millet, Éric Naulleau, Thomas Bonnet, Pierre Lellouche et Élisabeth Lévy. C'est cette dernière qui a provoqué un moment de tension en lançant, à propos du plateau de l'émission C ce soir sur France 5 : « On s'amusera plus au Goulag que sur le plateau de C ce soir ». Une formule qui a immédiatement crispé Pascal Praud, lequel a répondu sèchement d'un « Non, non ! », bientôt relayé par Éric Naulleau. Élisabeth Lévy s'est défendue en criant au micro que la phrase n'était « qu'une blague », non sans manifester une certaine exaspération face à la réaction de ses collègues.
Un incident révélateur des tensions internes
Cet accrochage, aussi anecdotique qu'il puisse paraître en surface, illustre une dynamique de plus en plus visible sur le plateau phare de CNews. Pascal Praud, connu pour ses rappels à l'ordre réguliers envers ses chroniqueurs, semble de plus en plus exposé aux dérapages verbaux que génère le format libre de son émission. En voulant dénoncer le manque de pluralisme du plateau de Karim Rissouli sur France 5 — où intervenait notamment Éric Fottorino — l'animateur s'est retrouvé à gérer une sortie de route en direct.
Des audiences en chute libre, une chaîne sous pression
Ce petit incident de plateau s'inscrit dans un contexte bien plus préoccupant pour CNews. Selon une enquête publiée ce lundi par Le Parisien, la chaîne traverse une période d'érosion significative de ses audiences. De 4 % de part d'audience en octobre 2025, CNews est tombée à seulement 2,7 % en avril 2026 (jusqu'au 18 avril). En mars, BFMTV avait déjà repris la tête avec 3,6 %, reléguant CNews à 3,3 % et LCI à 3,2 %. Mais en avril, la situation s'est encore dégradée : la chaîne du groupe Bolloré se retrouve désormais troisième, derrière BFMTV et LCI.
Un recul d'autant plus marquant que CNews avait été leader incontestée des chaînes d'information en continu pendant quatorze mois consécutifs, après avoir pris l'avantage dès le printemps 2024.
"Ils sont tous en panique"
Dans les coulisses, l'ambiance serait tendue. Selon Le Parisien, un journaliste proche du groupe Bolloré confie : « Ils sont tous en panique. » Closer rapporte pour sa part que Pascal Praud serait décrit en interne comme « morose et en sur-régime », signe que la pression se fait sentir jusque dans les attitudes quotidiennes de la figure de proue de la chaîne.
Les téléspectateurs sembleraient s'être tournés vers BFMTV et LCI pour suivre des actualités à forte intensité, notamment autour du conflit en Iran. Un auditeur type de CNews, décrit par Le Parisien comme un jeune avocat parisien se revendiquant « de droite », résume ainsi sa désaffection : « Ils ne font plus du journalisme. Les intervenants ne révèlent aucune info et se contentent de donner leur opinion, toujours la même. »
Contexte : l'affaire Grasset, symbole d'une ligne éditoriale contestée
L'édito de Pascal Praud ce lundi, intitulé « Affaire Grasset : une tempête dans un verre d'eau », illustre également les tensions qui entourent l'influence de Vincent Bolloré sur le paysage médiatique et éditorial français. L'éviction d'Olivier Nora des éditions Grasset, propriété du groupe Canal+, a suscité un vif émoi dans les milieux intellectuels et littéraires. Le milliardaire s'en est justifié dans les colonnes du JDD, arguant d'un désaccord sur la stratégie de publication.
En défendant cette décision à l'antenne et en pointant du doigt le manque de pluralisme supposé de ses concurrents, CNews s'expose à un paradoxe que ses détracteurs ne manquent pas de souligner. Copé vs Praud sur CNews : un clash en direct qui révèle le retour fracassant d'un rescapé de la droite avait déjà mis en lumière les contradictions d'un plateau où le débat vire parfois à l'affrontement stérile.
Perspective : CNews peut-elle inverser la tendance ?
La question qui se pose désormais est celle de la capacité de CNews à se réinventer. La recette qui avait fait son succès — des débats musclés, des intervenants clivants, une ligne éditoriale assumée à droite — semble atteindre ses limites. Les audiences montrent que le public, même celui acquis à ses idées, commence à chercher ailleurs une information plus factuelle et moins militante.
Pour Pascal Praud, figure centrale du dispositif, la pression est double : tenir un plateau de plus en plus difficile à maîtriser, tout en portant sur ses épaules les ambitions d'une chaîne qui a besoin de se repositionner. L'incident avec Élisabeth Lévy ce lundi matin n'est sans doute qu'un symptôme parmi d'autres d'une crise plus profonde, à la fois éditoriale et identitaire, que CNews devra affronter dans les semaines à venir.
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