Clémence Guetté : entre politique de l'amitié et stratégie présidentielle

La députée « insoumise » du Val-de-Marne Clémence Guetté, à Paris, le 11 décembre 2024.

Une députée sur tous les fronts

Clémence Guetté, députée LFI du Val-de-Marne et vice-présidente de l'Assemblée nationale, est au cœur de l'actualité politique française. En l'espace de quelques jours, elle a présenté un essai remarqué sur la politique de l'amitié, dévoilé les rouages de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon et annoncé une grande convention de La France insoumise prévue le 7 novembre prochain. Retour sur une séquence qui dessine les contours d'une figure montante de la gauche radicale.

Un essai qui bouscule les normes

Le 21 septembre 2026, Clémence Guetté a accordé un entretien au magazine Têtu à l'occasion de la parution de son livre Pour une politique de l'amitié (éditions La Découverte). Dans cet ouvrage, la députée plaide pour l'ouverture de nouveaux droits aux amitiés, face à ce qu'elle appelle « le modèle dominant de la famille traditionnelle ». Elle propose notamment de permettre à un ami de poser des jours de congé pour accompagner un proche malade, une mesure qui nécessiterait selon elle une réflexion législative approfondie.

« J'ai d'abord essayé de prévenir certaines objections qui me paraissent pertinentes dès qu'on parle de légiférer sur ce sujet, comme le fait qu'on chérisse nos amitiés pour la souplesse de ce lien particulier », explique-t-elle. La parlementaire insiste sur la nécessité de ne pas « lester l'amitié de tout le poids que fait aujourd'hui reposer le code civil sur le couple et la famille ».

Interrogée sur la proposition de François Ruffin d'un « service public des cœurs brisés », Clémence Guetté se montre critique : « Je trouve cette formulation un peu absurde. Les familles monoparentales ne sont pas composées que de cœurs brisés ! Une femme peut décider d'avoir un enfant seule, et puis la séparation peut aussi être un soulagement. » Pour elle, le véritable enjeu n'est pas l'absence de conjugalité mais « l'isolement et ses conséquences sur la santé mentale ».

Une lecture matérialiste de la solitude

La députée insoumise propose une analyse matérialiste de l'isolement croissant, en particulier chez les jeunes. « Les conditions matérielles d'existence que le néolibéralisme impose aux gens, basées sur la compétition, sont atomisantes et individualisantes », affirme-t-elle. Elle pointe la précarisation des jeunes, contraints de travailler le soir, le week-end et pendant leurs vacances pour financer leurs études, et dénonce une « surexploitation de la jeunesse » liée à « la pression consumériste sur les amitiés ».

Son essai s'inscrit dans un héritage intellectuel et militant queer et féministe, comme le souligne le site Maze.fr. Des penseurs comme Geoffroy de Lagasnerie ou des journalistes comme Alice Raybaud ont déjà exploré la centralité des amitiés. La spécificité de Clémence Guetté réside dans sa capacité à transformer cette réflexion en véritable programme politique. Elle mobilise des références culturelles variées, de la bande-dessinée de Mirion Malle sur le deuil amical à des films et séries qui mettent l'amitié au centre.

L'ouvrage évoque également des concepts contemporains comme la « friendflation », cette pression économique qui pèse sur les relations amicales à l'heure de l'inflation, ou encore les « familles choisies » qui dépassent les liens biologiques.

Les coulisses de la campagne mélenchoniste

Quelques jours plus tôt, le 17 septembre, Clémence Guetté était l'invitée de Radio Nova pour évoquer les « phrygiens », ces hauts fonctionnaires qui œuvrent dans l'ombre pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon en vue de 2027. Selon Libération, ce collectif compte environ 130 membres issus de « toutes les administrations », notamment de l'inspection de la sécurité sociale, de Bercy et de divers ministères.

« Ils travaillent pour nous aider à lever des obstacles qu'on peut entrevoir à l'application de notre programme quand on aura gagné », a détaillé la vice-présidente de l'Assemblée. « Eux connaissent l'administration, savent ce qui nous serait opposé potentiellement mais aussi de quels leviers on dispose réellement. » Ces fonctionnaires restent anonymes pour ne pas être accusés de « haute trahison ». Le mouvement, embryonnaire lors des précédentes présidentielles, s'est massifié pour 2027.

Cette révélation intervient alors que la campagne présidentielle s'intensifie. Selon un récent sondage, Présidentielle 2027 : Le Pen favorite, Mélenchon et Philippe à égalité pour le second tour, ce qui donne un relief particulier à la stratégie insoumise.

Une convention pour incarner le programme

Le 23 septembre, lors d'une conférence de presse aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et de Manuel Bompard, Clémence Guetté a annoncé la tenue d'une grande convention de La France insoumise le 7 novembre 2026 au Parc des expositions du Bourget. Cette rencontre marquera la présentation de la nouvelle mouture du programme « L'avenir en commun », qui sera publiée la veille.

« C'est un document qu'on remet à jour de manière très régulière, la dernière édition datait de début 2025 », a souligné la députée. Le programme s'articulera autour des « grandes bifurcations écologique, économique, sociale, scientifique, démocratique et diplomatique qu'exige notre temps ». « Le but c'est de proposer une forme de spectacle que nous assumons comme ça, qui puisse montrer, donner à voir notre doctrine programmatique et ce qu'on propose pour le pays », a-t-elle précisé.

Jean-Luc Mélenchon s'est félicité de l'affluence à ses meetings, évoquant une « cocotte-minute [qui] bout très fort » et trouvant dans ces rassemblements « un moment d'expression politique qui a une grande profondeur ». Manuel Bompard a pour sa part indiqué que la campagne était « bien engagée », sans toutefois donner le nombre de promesses de parrainage obtenues. LFI revendique actuellement 380 000 signatures de soutien citoyen à la candidature du patriarche insoumis.

Une figure montante de la gauche radicale

À travers ces trois séquences, Clémence Guetté s'affirme comme une figure incontournable de La France insoumise. Son essai sur l'amitié lui permet de déployer une réflexion de fond sur les transformations sociales, en phase avec les préoccupations d'une partie de la jeunesse et des milieux progressistes. Son rôle de coresponsable du programme la place au cœur de la machine programmatique de LFI. Et sa capacité à communiquer sur les aspects stratégiques de la campagne, y compris les plus discrets, témoigne de sa centralité dans l'appareil insoumis.

Un positionnement qui interroge

Cette triple actualité pose néanmoins question. La publication d'un essai sur l'amitié, aussi intéressant soit-il, peut apparaître comme un luxe intellectuel dans une période où les débats politiques se concentrent sur des enjeux économiques et sociaux brûlants. Certains pourraient y voir une diversion ou une tentative de se démarquer sur des sujets de société porteurs.

D'un autre côté, cette approche s'inscrit dans une tradition de la gauche radicale qui cherche à articuler les luttes et à proposer des alternatives globales au modèle dominant. La politique de l'amitié, en remettant en cause la centralité du couple et de la famille traditionnelle, s'attaque à des structures profondes de la société. Elle rejoint les préoccupations de mouvements queer et féministes qui ont longtemps théorisé la subversion des liens amicaux.

Un agenda chargé à l'automne

L'automne 2026 s'annonce décisif pour Clémence Guetté et La France insoumise. La publication du programme le 6 novembre, suivie de la convention du 7 novembre au Bourget, seront des moments clés pour poser les bases de la campagne présidentielle. La députée, qui a également évoqué les « phrygiens » sur Radio Nova, devra naviguer entre son rôle de théoricienne et celui de stratège.

Jean-Luc Mélenchon, de son côté, continue de sillonner le pays pour engranger des parrainages. L'objectif des 500 signatures reste central, même si le coordinateur de campagne se refuse à communiquer sur les chiffres précis. En 2022, Mélenchon avait obtenu ses 500 parrainages fin février.

Une dynamique à confirmer

La séquence actuelle montre une LFI qui tente de conjuguer réflexion de fond et mobilisation. L'essai de Clémence Guetté, en proposant des droits concrets pour les amitiés, pourrait séduire un électorat jeune et urbain, sensible aux questions de solitude et d'isolement. La campagne de Mélenchon, avec ses « phrygiens » et ses meetings, cherche à incarner une alternative crédible et prête à gouverner.

Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits. Les prochains mois seront déterminants, et Clémence Guetté, par sa double casquette de théoricienne et de responsable politique, sera l'une des figures à suivre attentivement. Son essai sur l'amitié, en tout cas, aura eu le mérite de poser une question rarement abordée dans le débat public : quelle place voulons-nous donner à l'amitié dans notre société ? Une interrogation qui, loin d'être anecdotique, touche à des enjeux profonds de solidarité et de lien social.

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