Chasse : ouverture sous tension entre effondrement du petit gibier et essor du grand gibier

chasseur debout sur un terrain de chasse - chasse photos et images de collection

Une ouverture sous le signe du contraste

Ce dimanche 27 septembre 2026 marque l'ouverture générale de la chasse au petit gibier dans de nombreux départements français, dont le Cher, où quelque 9 500 chasseurs sont attendus. Mais derrière l'événement traditionnel, les chiffres racontent une réalité bien différente : tandis que le petit gibier s'effondre, le grand gibier prospère, transformant en profondeur la pratique cynégétique.

Dans les Côtes-d'Armor, Benoît Le Gall, président de l'Association communale de chasse agréée (Acca) de Ploumilliau, dresse un constat alarmant. « Nous constatons un effondrement des populations de petits gibiers (lapins, pigeon, renards), surtout depuis les années 2019/2020 d'après nos comptages annuels », explique-t-il, évoquant « un drame faunistique avéré » et un écosystème « en grande souffrance ». En parallèle, il observe « un accroissement significatif du grand gibier (chevreuils et sangliers) ».

Ce phénomène n'est pas isolé. Dans le Cher, Willy Gerbaud, directeur de la fédération départementale des chasseurs, confirme que la lutte contre les sangliers sera « un des principaux enjeux de cette saison ». L'ouverture générale ne concerne toutefois qu'une minorité de chasseurs, le grand gibier étant déjà chassable depuis le 1er juin.

Un déséquilibre aux multiples causes

Urbanisation et modifications des territoires

Les raisons de ce déséquilibre sont complexes. L'urbanisation croissante et l'augmentation du trafic routier ont profondément modifié les conditions d'exercice de la chasse. À Ploumilliau, on constate que « davantage de chevreuils, de renards ou de blaireaux morts sur les routes que prélevés par les chasseurs ». Un phénomène qui illustre la pression exercée par l'homme sur les habitats naturels.

Une adaptation nécessaire

Face à ces bouleversements, les chasseurs doivent s'adapter. « Les battues de grand gibier ne faisaient pas partie des préoccupations de l'époque », se souvient Benoît Le Gall. Aujourd'hui, l'Acca de Ploumilliau organise environ 70 battues par saison et prélève une quarantaine de sangliers. Une mutation qui s'accompagne d'une nouvelle motivation chez les jeunes générations : « certains nouveaux chasseurs viennent d'abord à la chasse par passion pour leurs chiens », observe-t-il.

Sécheresse et canards

L'été 2026, historiquement chaud, a également eu un impact. Dans le Cher, Willy Gerbaud note que la sécheresse a affecté « surtout les plans d'eau », entraînant une limitation des prélèvements de canards. Pour le reste du gibier, il assure toutefois que « les chasseurs n'ont pas constaté d'impact de la chaleur sur les animaux ».

Un permis toujours aussi prisé

Malgré ces défis, la passion pour la chasse ne faiblit pas. Au contraire. À Sancerre, dans la Nièvre, des candidats de tous âges se préparent aux épreuves du permis de chasse. Karine, armée d'une carabine, répète les gestes de sécurité avant de tirer sur une cible mouvante représentant un sanglier. Comme elle, beaucoup souhaitent « accompagner leur mari, en forêt » ou perpétuer une tradition familiale. « Le papa ou le papi leur a transmis le virus », rapporte le Journal du Centre.

Les jeunes candidats, âgés de 15 à 16 ans, manipulent déjà les armes avec une aisance déconcertante, mais doivent répéter inlassablement pour que « leurs gestes deviennent automatiques ». Car la sécurité est éliminatoire à l'examen. Un rappel crucial alors que la pratique attire un public toujours plus large.

Des tensions sociétales persistantes

L'ouverture de la chasse ravive également les tensions avec les autres usagers de la nature. Dans les Côtes-d'Armor, un collectif pointe du doigt les risques : « On a peur d'aller aux champignons ou aux mûres », confie l'un de ses membres. Des inquiétudes qui illustrent le fragile équilibre entre tradition cynégétique et sécurité publique.

À l'échelle nationale, la question de la gestion des populations animales reste centrale. L'augmentation des dégâts causés par les sangliers chez les agriculteurs et les particuliers alimente les débats sur les modes de régulation. Les chasseurs, confrontés à un effondrement du petit gibier et à une explosion du grand gibier, se retrouvent au cœur d'une équation complexe.

Vers une nouvelle ère cynégétique ?

L'ouverture de la chasse 2026 met en lumière une mutation profonde. Le temps où l'on chassait principalement le petit gibier semble révolu. Aujourd'hui, la chasse s'adapte à un environnement changeant, où l'homme et l'animal doivent coexister dans des espaces de plus en plus contraints.

Pour les fédérations départementales, l'enjeu est double : maintenir l'attractivité de la pratique tout en répondant aux défis écologiques. La formation, comme celle dispensée pour le permis, joue un rôle clé pour garantir une chasse responsable et sécurisée.

Alors que près de 9 500 chasseurs s'apprêtent à reprendre le fusil dans le Cher, et bien d'autres ailleurs en France, la saison 2026-2027 s'annonce placée sous le signe de l'adaptation. Une chose est sûre : la chasse, autrefois loisir de masse, devient une activité de plus en plus spécialisée, où la connaissance des écosystèmes et la gestion des populations animales seront déterminantes pour son avenir.

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