Centrale de Zaporijjia frappée par un drone : l'AIEA met en garde contre un risque nucléaire

Depuis mars 2022, la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, est occupée par les Russes.

Un drone frappe la centrale nucléaire de Zaporijjia, l'AIEA s'inquiète

La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d'Europe et occupée par la Russie depuis mars 2022, a été la cible d'une frappe de drone samedi 30 mai 2026. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), un drone a touché un bâtiment abritant une turbine, provoquant "un trou dans son mur". Les niveaux de radiations restent pour l'instant normaux, mais l'incident relance les craintes d'une catastrophe nucléaire en plein cœur du conflit ukrainien.

L'AIEA, citant les autorités locales, a confirmé l'impact sur le site d'Energodar, dans le sud de l'Ukraine. Son directeur général, Rafael Grossi, a immédiatement réagi : "Il ne devrait y avoir aucune attaque d'aucune sorte provenant de la centrale ou visant celle-ci. Attaquer des sites nucléaires, c'est jouer avec le feu." L'agence a également demandé un accès au bâtiment endommagé pour procéder à une inspection approfondie.

Accusations croisées entre Moscou et Kiev

L'origine du drone reste floue et donne lieu à des accusations mutuelles. Le groupe nucléaire russe Rosatom a pointé du doigt l'armée ukrainienne, affirmant que l'appareil était guidé par un câble à fibre optique, ce qui écarterait selon lui toute possibilité de frappe accidentelle. "Aujourd'hui, nous nous sommes rapprochés d'un incident qui risque fort d'affecter même ceux qui vivent bien au-delà des frontières de la Russie et de l'Ukraine", a averti le patron de Rosatom, Alexeï Likhatchev.

De son côté, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a rejeté ces accusations avec fermeté, les jugeant dénuées de "logique". "On ne comprend pas pourquoi l'Ukraine frapperait sa propre centrale nucléaire située sur son propre territoire, qu'elle cherche elle-même à reprendre sous son contrôle souverain", a-t-il déclaré dans un communiqué. Cette frappe survient dans un contexte de tensions extrêmes, alors que les forces russes et ukrainiennes s'affrontent régulièrement autour du site.

Un drone russe s'écrase en Roumanie, membre de l'Otan

Parallèlement à cet incident nucléaire, un autre événement a marqué l'escalade régionale. Dans la nuit du 28 au 29 mai, un drone de conception russe de type Geran-2 a percuté un immeuble résidentiel à Galați, en Roumanie, à quelques kilomètres de la frontière ukrainienne. Le bilan fait état de deux blessés, dont un garçon de 14 ans. Le président roumain Nicușor Dan a confirmé l'origine russe de l'appareil et a qualifié l'incident de "grave violation de l'espace aérien de l'Otan".

En représailles, la Roumanie a déclaré le consul général russe à Constanța persona non grata et annoncé la fermeture du consulat. La Russie a promis des "mesures de riposte". Le ministère français des Affaires étrangères, par la voix de Jean-Noël Barrot, a condamné un "acte irresponsable" et convoqué l'ambassadeur russe à Paris. Le Royaume-Uni a également dénoncé une "grave escalade".

Poutine nie toute menace, Zelensky alerte sur une frappe imminente

Vladimir Poutine, en déplacement au Kazakhstan, a tenté de minimiser l'incident. "Personne ne peut dire jusqu'à présent quelle est l'origine de tel ou tel drone, tant qu'une expertise n'a pas eu lieu", a-t-il affirmé, suggérant que l'appareil aurait pu être ukrainien. Il a également réitéré que "la Russie n'a jamais menacé et ne menace pas les pays européens", accusant ces derniers de justifier des dépenses militaires excessives.

En face, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé disposer de renseignements indiquant que Moscou "prépare une nouvelle frappe massive" contre l'Ukraine. "Soyez attentifs aux alertes aériennes et protégez vos vies", a-t-il lancé à ses concitoyens, alors que la Russie appelle les diplomates étrangers à quitter Kiev. Cette annonce fait suite à des bombardements intenses qui ont déjà touché la capitale ukrainienne le week-end précédent.

Contexte : une escalade aux multiples facettes

Ces événements s'inscrivent dans une intensification du conflit, qui a franchi le cap des 1 556 jours. La guerre s'étend désormais au-delà des frontières ukrainiennes, avec des incursions de drones russes sur le territoire de l'Otan – un fait inédit depuis le début de l'invasion. Parallèlement, l'Ukraine multiplie les frappes de drones sur des cibles énergétiques et industrielles en Russie, notamment dans les régions de Kirov, Saratov, Rostov, Voronej et Belgorod.

Dans ce climat de tensions, Volodymyr Zelensky a également révélé avoir demandé aux États-Unis l'autorisation de produire sous licence des missiles Patriot, jugeant la production actuelle d'intercepteurs antibalistiques très insuffisante face aux frappes russes. Une demande qui témoigne de l'urgence de la situation pour Kiev.

Perspectives : vers un nouveau seuil de dangerosité ?

La frappe sur la centrale de Zaporijjia et l'incursion en Roumanie marquent un nouveau palier dans le conflit. Le risque d'un accident nucléaire, bien que contenu pour l'instant, reste réel et préoccupe la communauté internationale. L'AIEA insiste sur la nécessité d'inspecter le bâtiment endommagé, mais l'accès est compliqué par le contrôle russe du site.

Par ailleurs, l'incident en Roumanie pose la question de la réponse de l'Otan face à une violation de son espace aérien. Si l'Alliance atlantique a condamné fermement l'acte, elle n'a pas évoqué pour l'instant de représailles militaires. La situation rappelle également d'autres tensions régionales, comme celles observées au Moyen-Orient, où l'escalade diplomatique et militaire se poursuit – un rappel que les conflits contemporains s'enchaînent et se répondent.

Alors que Poutine nie toute volonté d'escalade, les faits sur le terrain dessinent une réalité différente. L'Ukraine, de son côté, cherche à renforcer ses capacités de défense antiaérienne tout en maintenant la pression sur les positions russes. Les prochains jours seront décisifs pour évaluer si ces frappes étaient des incidents isolés ou le prélude à une nouvelle phase du conflit.

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