L'amiral Cluzel défend les catapultes électromagnétiques face aux doutes américains
Alors que les États-Unis envisagent de revenir aux catapultes à vapeur sur leurs futurs porte-avions, le chef d'état-major de la Marine nationale française, l'amiral Christophe Cluzel, a affiché sa confiance dans les systèmes électromagnétiques (EMALS) lors de sa première audition parlementaire. Interrogé sur les conséquences possibles de l'ordonnance signée par Donald Trump en août 2026, qui demande d'étudier le remplacement des EMALS par des catapultes à vapeur sur le futur USS Doris Miller (CVN-81), l'amiral a tenu à rassurer les députés : « La décision américaine n'est pas encore prise », a-t-il déclaré, soulignant que « la catapulte électromagnétique se distingue notamment par sa redoutable efficacité ».
Le CEMM a rappelé les chiffres impressionnants des EMALS en service sur l'USS Gerald R. Ford : près de 4 000 tirs de catapulte depuis leur mise en service, avec un taux de disponibilité avoisinant les 98 %. Des performances qui, selon lui, expliquent pourquoi la décision finale n'est pas encore tranchée. Il a également mis en avant la polyvalence de ces systèmes, capables de lancer aussi bien des avions lourds que des drones, un atout majeur pour les opérations navales futures. La France prévoit d'équiper son futur porte-avions de nouvelle génération, le « France Libre », de trois EMALS fournies par l'américain General Atomics. Un choix qui pourrait être remis en cause si les États-Unis abandonnaient cette technologie.
Un revirement américain aux conséquences industrielles lourdes
L'ordonnance présidentielle américaine, signée en août 2026, a de quoi surprendre. Donald Trump, convaincu par les arguments d'un marin vétéran rencontré en 2019, souhaite revenir aux catapultes à vapeur, jugées plus simples à réparer et plus fiables selon lui. « Si une catapulte électronique tombe en panne, il faut des génies du MIT pour la réparer, mais une catapulte à vapeur, on peut la réparer avec un marteau et un chalumeau », aurait déclaré ce marin, identifié comme Bill Jones, 25 ans de service.
Cependant, cette décision soulève d'énormes défis. Selon Huntington Ingalls Industries, qui construit les porte-avions américains à Newport News, la conversion du Doris Miller en cours de construction nécessiterait « un effort de conception assez important », entraînant des surcoûts et des retards supplémentaires. Le programme de la classe Ford accumule déjà les déboires, et un tel changement pourrait compromettre la livraison du navire. De plus, il n'existe plus de fabricants de catapultes à vapeur aux États-Unis, ce qui impliquerait de relancer une filière industrielle disparue. Des experts, comme Dryan Blakk du Hudson Institute, estiment que ce revirement pourrait coûter des milliards de dollars et retarder la compétition technologique face à la Chine.
La France face à un dilemme stratégique
Pour la France, l'enjeu est de taille. Le porte-avions « France Libre » doit entrer en service entre 2036 et 2038, en remplacement du Charles de Gaulle. L'acquisition d'EMALS américains était actée, mais si les États-Unis abandonnent cette technologie, la France pourrait se retrouver sans fournisseur. L'amiral Cluzel a toutefois minimisé le risque, rappelant que les échanges avec l'amiral Daryl Caudle, chef des opérations navales de l'US Navy, n'ont pas suscité d'inquiétude. Il a aussi souligné que les EMALS offrent une « plus-value opérationnelle redoutable » en termes de souplesse d'emploi, notamment pour le lancement de drones.
Vers une nouvelle ère pour les catapultes ?
Au-delà du cas américain, cette controverse illustre les tensions entre innovation technologique et impératifs de simplicité opérationnelle. Les catapultes à vapeur, utilisées depuis des décennies, ont fait leurs preuves mais montrent leurs limites face aux besoins croissants en drones et en cadence de sorties. Les EMALS, plus efficaces et moins contraignants pour les cellules des aéronefs, représentent une avancée majeure, mais leur complexité et leur coût suscitent des résistances.
Pour la France, qui mise sur la coopération avec les États-Unis pour son futur porte-avions, l'incertitude américaine constitue un facteur de risque. Si Washington revenait en arrière, Paris pourrait être contraint de développer sa propre solution ou de se tourner vers d'autres fournisseurs. Une hypothèse qui, selon l'amiral Cluzel, n'est pas encore d'actualité : « Les Américains ont tiré près de 4 000 coups de catapulte depuis que les EMALS ont été mises en service, avec un taux de disponibilité qui avoisine les 98 %. C'est remarquable. » Une performance qui plaide en faveur du maintien de cette technologie.
En attendant, la Marine nationale poursuit ses réflexions sur la permanence aéronavale, avec l'objectif d'aligner deux porte-avions entre 2036 et 2038. Un défi budgétaire et industriel, alors que la Loi de programmation militaire 2024-30 a mis ce sujet de côté. La décision américaine, attendue dans les prochains mois, pourrait bien redistribuer les cartes.
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