La Crimée à l'arrêt après une attaque massive de drones
La péninsule de Crimée, annexée par la Russie, subit de plein fouet les conséquences de la guerre. Ce samedi 20 juin, une attaque ukrainienne de drones a frappé des infrastructures pétrolières et militaires à Kertch, faisant quatre morts et 28 blessés selon les autorités locales. Une cinquième personne a perdu la vie sur un ferry reliant la Russie à la péninsule. En réponse, le gouverneur Sergueï Aksyonov a annoncé dimanche la suspension de la distribution de carburant dans toutes les stations-service de la région, réservant les stocks aux services de sécurité et aux structures vitales. Parallèlement, une partie de la péninsule est privée d'électricité après que le réseau a été endommagé.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a revendiqué ces frappes de longue portée, expliquant avoir visé "la logistique militaire des occupants, l'industrie pétrolière et la défense aérienne". Des installations situées de part et d'autre du pont de Crimée ont été touchées, dont un dépôt de pétrole. Cette opération s'inscrit dans une stratégie visant à tarir les revenus pétroliers de Moscou, qui finance son effort de guerre.
La Banque de Russie craint une rechute de l'inflation
Cette guerre des drones pèse lourdement sur l'économie russe. Le 20 juin, la Banque de Russie a abaissé son taux directeur de 14,5 % à 14,25 %, une baisse plus modeste que prévu par les analystes. Sa présidente, Elvira Nabioullina, a justifié cette prudence par des "risques pro-inflationnistes" liés aux dépenses budgétaires élevées et à la flambée des prix de l'essence. "La hausse du prix de l'essence peut aussi se répercuter sur les anticipations d'inflation, car il s'agit d'un produit très sensible", a-t-elle déclaré.
En mai, la production pétrolière russe est tombée à son plus bas niveau depuis un an. Au moins 53 régions ont connu des pénuries d'essence, et des stations-service ont instauré un rationnement. Les frappes ukrainiennes contre les raffineries, les ports et les pétroliers russes perturbent durablement le marché intérieur. Une situation qui rappelle les crises précédentes et alimente les craintes d'une nouvelle flambée des prix à la pompe en Europe.
La polémique Pouyanné : les ruraux invités à passer à l'électrique
En France, le sujet du carburant enflamme aussi le débat. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a recommandé aux habitants des zones rurales de troquer leur véhicule thermique contre une voiture électrique, suscitant une vive polémique. "C'est de l'indécence totale", a réagi l'avocate Yaël Mellul sur RMC, estimant que la priorité des ruraux est le pouvoir d'achat, pas l'achat d'un véhicule neuf. Si les ventes de voitures électriques explosent, le coût reste un frein majeur. Pouyanné, lui, défend son conseil en invitant les automobilistes à recharger chez TotalEnergies. Mais pour beaucoup, cette recommandation sonne comme un déni des réalités économiques.
Une lueur d'espoir venue de la mer : le moteur à l'ammoniac
Parallèlement aux crises, une innovation prometteuse émerge. Le constructeur suisse WinGD a validé un moteur marin fonctionnant à 95 % à l'ammoniac, capable de réduire de plus de 90 % les émissions de CO₂ par rapport au diesel. Destiné à un vraquier de 210 000 tonnes, ce moteur bicarburant représente une avancée pour décarboner le transport maritime, qui représente environ 3 % des émissions mondiales. Mais son bilan climatique dépend de la production d'ammoniac bas carbone, qui reste à développer. Ce projet illustre la nécessité de diversifier les solutions face à la dépendance aux énergies fossiles.
Perspectives : le carburant, baromètre de la guerre et de la transition
La guerre en Ukraine a transformé le carburant en arme stratégique. Les frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières russes réduisent la capacité de Moscou à financer son effort militaire, mais elles provoquent aussi des pénuries et de l'inflation, qui fragilisent l'économie russe. En Europe, la hausse des prix du carburant renforce les appels à accélérer la transition vers les énergies propres, mais aussi les tensions sociales. Les polémiques autour des recommandations de TotalEnergies montrent que le passage à la mobilité électrique ne se fera pas sans heurts. En mer, l'ammoniac pourrait offrir une voie de décarbonation, à condition d'être produit de manière durable. Le carburant reste, plus que jamais, un enjeu géopolitique, économique et environnemental majeur.
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