Camargue : le projet de ligne THT de RTE épinglé par l'Autorité environnementale
Le projet de ligne à très haute tension (THT) qui doit traverser la Camargue pour relier Fos-sur-Mer à Jonquières-Saint-Vincent fait face à de nouvelles critiques. L'Autorité environnementale a rendu un avis sévère le 27 août dernier, pointant des insuffisances majeures dans l'étude d'impact de RTE, le gestionnaire du réseau électrique. Ce projet, contesté par les associations, doit pourtant être déclaré d'utilité publique dès cet automne.
Un avis qui fragilise le calendrier du projet
Dans son avis, l'Autorité environnementale souligne plusieurs lacunes critiques. Tout d'abord, elle pointe l'absence d'évaluation de la vulnérabilité climatique du projet, une omission de taille dans une région déjà fortement exposée aux risques de submersion et de sécheresse. Ensuite, elle remet en cause la justification même des besoins électriques, alors que la consommation régionale est en baisse. Enfin, l'étude sur les émissions de gaz à effet de serre est jugée "très succincte".
Mais c'est surtout la question de la biodiversité qui inquiète. Les quelque 160 pylônes, hauts de 60 mètres, créeront un "effet barrière" pour l'avifaune locale. Le Ganga cata, une espèce de perdrix protégée classée en danger critique d'extinction, est directement menacé par le tracé de la ligne. Les associations, qui suivent ce dossier depuis des années, n'ont pas manqué de rappeler leurs craintes.
Malgré ces réserves, le calendrier semblait jusque-là bien défini : la déclaration d'utilité publique (DUP) est espérée pour l'automne, après les élections sénatoriales. Mais cet avis pourrait bien contraindre RTE à revoir sa copie, d'autant que l'Autorité environnementale demande des études complémentaires approfondies.
Un projet au cœur d'enjeux industriels et électriques majeurs
Le projet de ligne THT est officiellement justifié par la sécurisation de l'alimentation électrique de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et par les besoins accrus liés à la décarbonation de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. Avec l'électrification des procédés industriels, la demande en électricité est appelée à croître, et RTE estime qu'il est indispensable d'augmenter les capacités de transport.
Cependant, l'Autorité environnementale, comme le relève la presse régionale, dont Marsactu, demande de "consolider" la justification des besoins, de leur calendrier et du choix de la solution technique. En effet, la baisse tendancielle de la consommation électrique dans la région et les alternatives possibles (renforcement du réseau existant, enfouissement de la ligne, etc.) n'ont pas été étudiées de manière suffisamment approfondie.
RTE devra donc probablement fournir des données actualisées et des études d'impact complémentaires avant que l'enquête publique puisse aboutir. Ce contretemps pourrait décaler l'échéance de la DUP, un scénario que redoutent les industriels de Fos, qui attendent la ligne pour développer leurs projets bas carbone.
Un symbole des conflits entre transition énergétique et protection de la biodiversité
Ce projet de ligne THT en Camargue illustre parfaitement les tensions croissantes entre la nécessité de décarboner l'industrie et la préservation des écosystèmes fragiles. La Camargue, zone humide d'importance internationale, est classée Natura 2000 et accueille une biodiversité exceptionnelle.
La mobilisation citoyenne et associative est forte, comme en témoignent les multiples recours et les réunions publiques houleuses. Le projet est devenu un véritable test pour les politiques publiques de transition écologique : comment concilier les objectifs de réduction des émissions de carbone avec la protection des espèces menacées ?
L'avis de l'Autorité environnementale, bien que non contraignant, a un poids important dans la procédure. Il oblige RTE à revoir son dossier, sous peine de s'exposer à des recours contentieux ultérieurs. Dans ce contexte, le gouvernement, qui suit ce dossier de près, pourrait être tenté de demander des arbitrages supplémentaires.
Pour l'instant, le feuilleton n'est pas terminé. Les prochaines semaines seront décisives : RTE doit répondre aux objections, les associations promettent de rester vigilantes, et les élus locaux s'interrogent sur la pérennité d'un projet dont le coût et les impacts environnementaux sont de plus en plus contestés. Une chose est sûre : le débat sur l'avenir énergétique de la région est loin d'être clos.
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