Bunker buster : pourquoi la pénurie américaine inquiète face à l'Iran

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Une pénurie critique de bunker busters aux États-Unis

Alors que la tension avec l'Iran demeure vive, une analyse du Center for Strategic and International Studies (CSIS) publiée le 15 octobre 2026 révèle que l'armée américaine ne disposerait plus que d'une poignée de ses bombes anti-bunkers les plus puissantes. En cause : des stocks épuisés par les frappes passées et une production qui prendra plusieurs années à se reconstituer.

Selon les auteurs du rapport, Mark Cancian et Chris Park, l'inventaire de la GBU-57 Massive Ordnance Penetrator (MOP), une bombe de 13,6 tonnes conçue pour détruire les cibles les plus profondément enfouies, serait réduit à « un chiffre à un seul chiffre faible ». L'US Air Force en aurait largué 14 lors de l'opération Midnight Hammer contre des installations nucléaires iraniennes en juin 2025. Le Pentagone a bien redirigé 123 millions de dollars pour reconstituer ses stocks, mais les nouvelles bombes ne seront pas livrées avant plusieurs années.

Cette pénurie intervient alors que le président Donald Trump envisagerait une nouvelle vague de frappes contre l'Iran, et que des responsables américains évoquent le recours possible à la GBU-43/B Massive Ordnance Air Blast (MOAB), surnommée « la mère de toutes les bombes ». Une option qui divise jusqu'au sein de l'administration, selon CNN.

La course aux profondeurs s'accélère

Des adversaires qui creusent toujours plus loin

Le rapport du CSIS souligne une tendance lourde : les adversaires des États-Unis, notamment l'Iran et la Chine, enterrent leurs installations stratégiques toujours plus profondément pour les soustraire aux armes conventionnelles. Téhéran aurait ainsi aménagé 33 bases de missiles souterraines près du détroit d'Ormuz, dont certaines auraient survécu aux frappes américaines précédentes.

« Ces installations militaires seront à la fois plus nombreuses et plus difficiles à atteindre que par le passé », préviennent les analystes. La Chine a de son côté développé un réseau de tunnels surnommé la « Grande Muraille souterraine » pour protéger ses forces de missiles.

Le MOAB, une solution illusoire ?

Face à cette menace, l'option du MOAB, arme non nucléaire la plus puissante de l'arsenal américain, est étudiée. Pesant près de 10 tonnes et longue de 9 mètres, elle dégage une onde de choc capable de raser neuf pâtés de maisons. Mais elle n'est pas conçue pour pénétrer profondément dans le sol.

Interrogé par Al Jazeera, l'expert militaire Elijah Magnier estime que son utilisation contre les sites nucléaires iraniens relèverait de la « pure politique spectacle », sans garantir la destruction des installations enterrées. Un avis partagé par certains responsables américains, qui doutent de l'efficacité stratégique d'un tel bombardement.

Un défi stratégique pour Washington

La combinaison d'une pénurie de bunker busters performants et de cibles toujours plus profondes pose un problème structurel à la puissance militaire américaine. Le CSIS identifie trois catégories d'armes pour attaquer les cibles dures et enterrées : les bombes guidées, les munitions standoff et les armes nucléaires. Seule la JSOW-C de la Marine reste en service dans la catégorie des munitions standoff améliorées.

Pour les cibles que même les munitions conventionnelles les plus sophistiquées ne peuvent atteindre, l'option nucléaire demeure théoriquement sur la table. Mais son emploi est politiquement inconcevable dans le contexte actuel.

Cette situation illustre une tendance de fond : la prolifération des cibles enterrées oblige les États-Unis à repenser leur doctrine de frappe et à investir massivement dans de nouvelles technologies de pénétration. Une course aux armements souterraine qui pourrait redéfinir les équilibres stratégiques des prochaines décennies.

En attendant, la question de l'efficacité réelle des frappes américaines contre l'Iran reste entière. Sans capacité de pénétration suffisante, Washington pourrait se retrouver contraint de choisir entre l'escalade nucléaire et l'acceptation d'une impuissance stratégique face à des adversaires retranchés dans les profondeurs.

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