La maison du parc de la Bergère rouvre ses portes à Bobigny
Près d'un an après avoir été la cible d'un incendie criminel, la Maison Danièle Djamila Amrane-Minne, située dans le parc de la Bergère à Bobigny, a rouvert ses portes dimanche 14 juin 2026. La cérémonie de réouverture s'est déroulée en présence de la famille de l'historienne franco-algérienne et de Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis.
« Ce que certains voudraient recouvrir de peinture raciste, le Département continuera à le graver dans l’espace public », a déclaré Stéphane Troussel lors de son discours. « Face à l’extrême droite, ici en Seine-Saint-Denis, nous ne nous laisserons pas intimider et nous ne baisserons pas la tête ! »
Le bâtiment, qui abrite des activités culturelles et sociales, avait été baptisé le 5 juillet 2025 du nom de Danièle Djamila Amrane-Minne, militante du FLN pendant la guerre d'Algérie, devenue historienne. Seulement quelques semaines plus tard, des tags racistes puis un incendie partiel, le 5 août 2025, avaient endommagé sa façade et son intérieur. Les actes ont été attribués à des militants d'extrême droite par les autorités et la presse locale. Les travaux de remise en état, ont duré près de dix mois, selon les informations du Département et du Parisien.
Un symbole de résistance
La réouverture de ce lieu est perçue comme un acte politique fort dans un département où les tensions liées à la mémoire coloniale et à l'immigration sont régulièrement ravivées. Le bâtiment, qui porte le nom d'une femme ayant combattu pour l'indépendance algérienne, est devenu un symbole de la diversité et de l'histoire de la Seine-Saint-Denis. Le Département a insisté sur le caractère indélébile de cet hommage.
Contexte : deux vagues de dégradations en 2025
Les faits remontent à l'été 2025. Le 5 juillet, la maison du parc de la Bergère est officiellement rebaptisée en hommage à Danièle Djamila Amrane-Minne. Dans la foulée, des tags suprémacistes et racistes sont découverts sur la façade. Le 5 août, un incendie criminel détruit partiellement le bâtiment. Les enquêtes, menées par le parquet de Bobigny, ont rapidement orienté les soupçons vers des militants d'extrême droite, sans que des arrestations n'aient été communiquées à ce jour.
Ces actes de vandalisme s'inscrivent dans une série d'incidents racistes en Seine-Saint-Denis. En juin 2026, une banderole appelant à la « remigration » a été déployée sur la basilique de Saint-Denis, provoquant le dépôt de plaintes de la mairie et de la préfecture. Le mois précédent, une tentative d'incendie criminel avait eu lieu à Pierrefitte, faisant une victime de 13 ans et suscitant des inquiétudes sur la sécurité des logements.
La politique de féminisation de l'espace public
Le renommage de ce bâtiment s'inscrit dans une politique départementale plus large : depuis 2022, près de 100 bâtiments de Seine-Saint-Denis ont été renommés ou nommés en hommage à des femmes, de Simone Veil à Angela Davis. Cette démarche vise à corriger le déséquilibre historique dans la représentation des femmes dans l'espace public. Cependant, elle suscite des critiques de la part de certains élus d'opposition et de groupes d'extrême droite, qui y voient une « réécriture de l'histoire ».
Perspective : une lutte contre les crimes de haine
Cette réouverture intervient dans un contexte où la lutte contre les crimes de haine est devenue une priorité judiciaire dans le département. Le 16 juin 2026, soit deux jours après la cérémonie, le CDAD 93 (Conseil départemental d'accès au droit) a organisé une matinée de sensibilisation au Tribunal judiciaire de Bobigny sur le thème « Quand la haine devient une infraction ». Cinquante participants, dont des lycéens du Blanc-Mesnil, ont écouté le procureur Éric Mathais rappeler que « les discours de haine, les discriminations et le cyberharcèlement relèvent du droit pénal ». Cette action s'inscrit dans le cadre de la Journée nationale de lutte contre les crimes de haine et les crimes contre l'humanité.
Implications politiques et sociales
La réouverture de la Maison Djamila Amrane-Minne est un signal fort envoyé par le Département, qui entend maintenir son cap mémoriel malgré les intimidations. Pour les associations antiracistes, cet acte de résistance est essentiel dans un département où les tensions identitaires sont exacerbées par la montée de l'extrême droite, comme en témoignent les récentes affaires de tags et d'incendies. La question de la mémoire de la guerre d'Algérie reste un sujet sensible en France, et chaque hommage public à une figure du FLN peut déclencher des réactions virulentes.
Ce fait divers illustre aussi une tendance plus large : la judiciarisation croissante des discours de haine, avec des procureurs comme Éric Mathais qui n'hésitent pas à communiquer sur les réseaux sociaux pour renforcer la prévention. Dans un département où le taux de pauvreté et les violences sont élevés, la lutte contre les discriminations devient un enjeu de cohésion sociale.
À retenir
- La Maison Danièle Djamila Amrane-Minne, dans le parc de la Bergère à Bobigny, a rouvert le 14 juin 2026 après un incendie criminel en août 2025.
- Les tags racistes et l'incendie, attribués à l'extrême droite, n'ont pas empêché le maintien de l'hommage.
- Le procureur de Bobigny a organisé une journée de sensibilisation contre les crimes de haine le 16 juin 2026.
- Cette affaire s'inscrit dans un contexte de tensions mémorielles et de montée des actes racistes en Seine-Saint-Denis.
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