Un drame qui ravive la douleur du 7 octobre
Bar Asraf, 30 ans, survivant du massacre perpétré par le Hamas lors du festival de musique Nova le 7 octobre 2023, a été retrouvé mort samedi 1er août au cimetière d'Elkana, en Cisjordanie. Il gisait sur la tombe de sa compagne, Liron Barda, 26 ans, tuée lors de l'attaque. Selon les premiers éléments rapportés par les secours israéliens, l'homme s'est tiré une balle dans la poitrine. Malgré les tentatives de réanimation des équipes du Magen David Adom, il n'a pas pu être sauvé.
Ce suicide intervient près de trois ans après l'attaque du 7 octobre 2023, qui avait coûté la vie à plus de 1 200 personnes en Israël, dont 378 participants au festival Nova. Bar Asraf, originaire de Sha'arei Tikva, était parvenu à échapper aux terroristes ce jour-là, mais sa compagne Liron Barda, qui travaillait comme barmaid sur le site, avait choisi de rester pour porter secours aux blessés, refusant de fuir malgré les appels de sa famille. Elle avait été tuée alors qu'elle tenait la main d'une femme sur un brancard.
Le poids d'un deuil impossible
Depuis ce jour tragique, Bar Asraf vivait avec un chagrin écrasant. Ses proches racontent qu'il se rendait régulièrement sur la tombe de Liron, qu'il entretenait des liens étroits avec sa famille et qu'il participait aux commémorations en sa mémoire. Il portait d'ailleurs un tatouage en son honneur, comme le rapporte sa sœur, Lihi Asraf, dans un témoignage bouleversant recueilli par le site Walla. « Il avait un tatouage d'elle, elle faisait partie de son âme », a-t-elle confié.
Le drame s'est noué lors du mariage de son frère, mercredi dernier. Un moment de célébration familiale qui aurait dû représenter une étape positive dans sa reconstruction. Mais selon sa sœur, Bar Asraf a soudainement ressenti une profonde solitude, malgré les apparences. « Il était toujours heureux et riait, on ne pouvait pas deviner », a-t-elle témoigné. Samedi, il est parti sans prévenir, comme il lui arrivait souvent de le faire pour se recueillir. Après plusieurs heures d'absence, sa famille a commencé à s'inquiéter et sa sœur aînée a suggéré de chercher du côté de la tombe de Liron. C'est là que Lihi l'a retrouvé, inanimé, couvert de sang. « J'ai marché vers lui, je l'ai vu allongé à côté de la tombe de Liron. J'ai dit : "Bar, lève-toi, qu'est-ce que tu fais encore..." puis j'ai compris. J'ai marché sur une arme. J'ai crié. Je n'arrivais pas à fonctionner. Mon père a commencé un massage cardiaque. Je savais que c'était fini », a-t-elle raconté.
Ce geste désespéré met en lumière l'ampleur des séquelles psychologiques laissées par l'attaque du 7 octobre chez les survivants. Bar Asraf n'est pas un cas isolé : depuis le massacre, plusieurs rescapés ont mis fin à leurs jours, incapables de supporter le poids du traumatisme. Les professionnels de la santé mentale alertent régulièrement sur l'urgence d'une prise en charge renforcée pour ces personnes, qui continuent de vivre avec des souvenirs insoutenables.
Une compagne héroïque, un amour éternel
Liron Barda, 26 ans, était serveuse au festival Nova. Lorsque l'attaque a éclaté, elle a refusé de fuir, choisissant de rester auprès des blessés pour leur prodiguer les premiers soins. Selon les témoignages de ses proches, elle a continué à aider les victimes jusqu'au dernier moment, malgré les tirs de roquettes et les crépitements des armes automatiques. Elle a été tuée alors qu'elle tenait la main d'une femme blessée sur un brancard, une scène décrite par le Times of Israel. Son courage et son dévouement sont aujourd'hui salués par de nombreux Israéliens, qui voient en elle un symbole de l'héroïsme face à la barbarie.
Bar Asraf, lui, était décrit par son entourage comme un homme généreux, attentionné, toujours prêt à aider les autres. « Il achetait de la nourriture pour les nécessiteux, il était si fier de moi », se souvient sa sœur. « Bar était un garçon exceptionnel, plein d'amour », a-t-elle ajouté, submergée par le chagrin.
Sa famille et ses amis espèrent que ce drame servira de prise de conscience sur la nécessité d'accompagner davantage les survivants du 7 octobre. « Les gens doivent savoir ce que Nova a fait aux gens », a insisté Lihi Asraf. Ce drame rappelle aussi que la reconstruction après un tel traumatisme est un chemin semé d'embûches, où la moindre étincelle de joie peut raviver les braises de la douleur.
Un phénomène alarmant : les suicides de survivants
Bar Asraf s'ajoute à une liste tragique de survivants du 7 octobre qui ont choisi de mettre fin à leurs jours, une réalité que les autorités israéliennes commencent à peine à mesurer. Selon les données publiées par le ministère de la Santé israélien, plusieurs dizaines de rescapés ont tenté de se suicider depuis l'attaque, et au moins une vingtaine y sont parvenus. Des chiffres qui ne reflètent probablement qu'une partie de la réalité, tant la stigmatisation autour de la santé mentale reste forte dans certaines communautés.
Les professionnels de la santé mentale soulignent que les survivants du festival Nova présentent des taux de stress post-traumatique (PTSD) exceptionnellement élevés, avec des symptômes d'anxiété, de dépression et de dissociation. Beaucoup souffrent également du syndrome de culpabilité du survivant, se demandant pourquoi ils ont survécu alors que tant d'autres ont péri. Le fait que Bar Asraf se soit suicidé sur la tombe de sa compagne en dit long sur ce sentiment d'impossible deuil, qui l'a finalement conduit au geste fatal.
« Il est essentiel de ne pas laisser ces personnes seules avec leur douleur », insiste le Dr Jacob Lavy, psychiatre spécialisé dans les traumatismes de guerre. Les structures d'aide existent, comme la ligne d'urgence Eran (1-201 en Israël) ou l'association Natal, spécialisée dans l'accompagnement des victimes de terrorisme, mais elles sont souvent saturées. Une prise en charge psychologique précoce et un suivi à long terme sont indispensables pour éviter que de nouveaux drames ne se produisent.
L'urgence d'une prise en charge psychologique renforcée
Ce nouveau décès a suscité une vive émotion en Israël, où de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer des mesures concrètes en faveur de la santé mentale des survivants. Le gouvernement israélien a déjà alloué des fonds pour la prise en charge psychologique des victimes, mais les associations estiment que ces moyens restent insuffisants au regard de l'ampleur des besoins. « Nous avons besoin de davantage de psychologues, de plus de structures d'accueil, et d'une véritable coordination entre les différents acteurs », plaide le directeur d'une ONG locale.
La famille de Bar Asraf a lancé un appel à la solidarité, exhortant les autorités à ne pas oublier les survivants, qui portent en eux les stigmates invisibles de cette tragédie. « Bar est mort dans l'endroit où il voulait être, avec la femme qu'il aimait le plus au monde », a déclaré sa sœur, dans une tentative de donner un sens à l'indicible. Mais cette phrase, empreinte de douleur, ne peut masquer l'ampleur du désarroi qui a conduit cet homme à commettre l'irréparable.
À quelques semaines de l'anniversaire du 7 octobre, ce drame rappelle que la cicatrice de cette attaque est loin d'être refermée. Les proches des victimes, les survivants, mais aussi toute la société israélienne, continuent de vivre avec les conséquences de ce jour noir. Le geste de Bar Asraf est un appel silencieux, un cri de détresse qui résonne bien au-delà des murs du cimetière d'Elkana.
Un deuil impossible qui interpelle
Le cas de Bar Asraf interpelle par sa dimension profondément humaine. Cet homme, qui avait réussi à traverser les épreuves les plus terribles, a fini par succomber à la pression émotionnelle, un exemple tragique des limites de la résilience. Son histoire montre que la souffrance psychologique peut être invisible aux yeux de tous, et que derrière un sourire peut se cacher un abîme de détresse.
Ce drame a également relancé le débat sur la manière dont la société israélienne aborde la santé mentale, encore trop souvent taboue. Les autorités religieuses et communautaires sont appelées à jouer un rôle clé dans la sensibilisation et le soutien aux personnes en souffrance. « Il faut briser la loi du silence, encourager les gens à parler, à demander de l'aide », insistent les associations.
En attendant, la communauté endeuillée se prépare à rendre un dernier hommage à Bar Asraf, lors de funérailles qui s'annoncent poignantes. Sa famille a demandé que des dons soient versés à des associations de prévention du suicide, afin que sa mort ne soit pas vaine. « Si son histoire peut sauver ne serait-ce qu'une vie, alors ce drame n'aura pas été complètement inutile », a confié une proche.
Le 7 octobre 2023 a fait des milliers de victimes, mais ses répercussions se mesurent désormais aussi en vies brisées, en trajectoires irrémédiablement altérées. Bar Asraf était l'un de ces survivants qui portaient en eux la mémoire de l'horreur, un fardeau trop lourd à porter seul. Son geste tragique est un rappel poignant de la fragilité humaine face à l'indicible.
Si vous ou l'un de vos proches êtes en détresse, n'hésitez pas à contacter une ligne d'écoute : en Israël, le 1-201 (Eran) est disponible 24h/24 et 7j/7. En France, composez le 3114, numéro national de prévention du suicide.
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