Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis : polémiques en série et riposte

Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, lors du conseil municipal du 21 mars 2026.

Bally Bagayoko, un début de mandat marqué par les controverses

Alors que Bally Bagayoko fête ses six mois à la tête de Saint-Denis, l'accumulation des polémiques interroge sa capacité à gouverner sereinement. Le 19 août 2026, l'association AC !! Anti-Corruption a saisi le Parquet national financier après un article du Canard enchaîné mettant en cause l'ancien emploi du maire à la RATP. Les accusations portent sur un possible cumul problématique entre son poste à la régie de transports et ses fonctions électives, ainsi que sur des soupçons d'emplois fictifs impliquant plusieurs élus. La RATP dément formellement, et Bally Bagayoko rejette catégoriquement ces allégations, affirmant que l'impact sur sa légitimité est « quasiment négligeable ».

Cette affaire s'ajoute à une série de controverses qui ont émaillé les premiers mois du mandat. Le 22 août, le maire a dénoncé sur Facebook la dégradation d'une fresque célébrant sa victoire aux municipales, où ses visages et ceux de ses adjoints ont été recouverts de peinture grise. Un acte « scandaleux et d'une lâcheté consternante », a-t-il déclaré, tout en rappelant que cette œuvre, réalisée par des graffeurs locaux, ne pourrait « masquer le choix exprimé par la population » en mars dernier. Cette dégradation intervient alors que certains habitants commencent à exprimer des doutes, comme cette habitante de 64 ans qui confie au Parisien : « Les polémiques ont changé mon regard sur lui. On remet en cause son honnêteté. »

Contexte : entre promesses de campagne et réalité budgétaire

Élu dès le premier tour le 15 mars 2026, Bally Bagayoko (LFI) a rapidement fait voter des mesures emblématiques de sa campagne. La plus notable : la distribution gratuite de fournitures scolaires dans les écoles élémentaires publiques, pour un coût estimé à 170 000 euros par an, à laquelle s'ajoute le remboursement du forfait Imagine R Junior pour les enfants de 4 à 11 ans (115 000 euros annuels). Selon le magazine Valeurs actuelles, ces décisions ont contribué à une facture globale de 1,6 million d'euros pour les cent premiers jours de mandat.

Cependant, cette somme mérite d'être nuancée. Comme le souligne la même publication, une partie des dépenses était déjà inscrite dans le budget primitif 2026, voté avant la victoire de Bagayoko sous l'ancienne municipalité de Mathieu Hanotin. L'opposition locale, elle, y voit un signe de l'idéologie dépensière de la nouvelle majorité, tandis que les soutiens du maire rappellent que ces mesures répondent à des attentes concrètes des habitants, notamment en matière de pouvoir d'achat et d'éducation. Dans la Drôme, où il participait aux Universités d'été de La France insoumise, Bally Bagayoko a tenu à rencontrer la maire de Mirabel-et-Blacons, Muriel Lorenzetti, pour échanger sur les problématiques communes entre banlieue et ruralité : « Des difficultés similaires pour boucler les budgets, répondre aux préoccupations des habitants, le souci de l'éducation », a-t-il énuméré.

L'affaire de la RATP, elle, rappelle celle qui avait visé l'ancien député PS François Pupponi, dont l'ex-élu a d'ailleurs apporté son soutien public au maire, une alliance jugée controversée par certains. Le Canard enchaîné évoque notamment le fait que Bally Bagayoko aurait perçu son salaire de la RATP tout en exerçant son mandat de maire, une situation qui, si elle se vérifiait, contreviendrait à la législation sur le cumul de fonctions. Mais pour l'heure, aucune procédure judiciaire n'est ouverte, et la RATP a publié un communiqué ferme : « Les accusations d'emplois de complaisance sont infondées. »

Perspective : un test pour la crédibilité de LFI à Saint-Denis

Au-delà du cas personnel de Bally Bagayoko, c'est la gouvernance de La France insoumise dans une grande ville de banlieue qui est scrutée. Saint-Denis, ville de près de 150 000 habitants, est un symbole pour le parti de Jean-Luc Mélenchon, qui espère en faire un laboratoire de ses politiques sociales. Or, les polémiques à répétition risquent de fragiliser ce récit, surtout à un an de l'élection présidentielle de 2027. Les opposants, à droite comme à l'extrême droite, n'hésitent pas à instrumentaliser ces affaires pour discréditer LFI, comme le montre la une de Valeurs actuelles intitulée « 1,6 million d'euros : la facture salée des cent premiers jours ». Des accusations de dépenses « clientélistes » qui rappellent celles adressées à d'autres municipalités, et qui pourraient peser sur la réélection de Bagayoko en 2032.

Du côté des habitants de Saint-Denis, le sentiment est mitigé. Certains saluent l'énergie du nouveau maire, notamment son engagement pour les associations et les plus jeunes, tandis que d'autres, comme cette retraitée interrogée par Le Parisien, attendent des actes plus que des symboles. La dégradation de la fresque, événement anecdotique en apparence, a cristallisé les tensions : elle montre que la victoire de la gauche insoumise ne fait pas l'unanimité, même localement. Bally Bagayoko, lui, tenté par une visibilité nationale (il s'est rendu dans la Drôme pour les Universités d'été), devra trouver un équilibre entre ses ambitions politiques et la gestion quotidienne de sa ville. En attendant, la justice devra dire si les soupçons d'emploi fictif ont un fondement. Le maire, qui clame son innocence, peut compter sur le soutien de son camp : « On n'a pas affaire à un maire délinquant », assure-t-il dans une réponse cinglante. Une manière de rappeler que la présomption d'innocence reste un principe sacré, même en période électorale.

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