Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, gazé et soutenu par Wembanyama

Bally Bagayoko, LFI, tête de liste aux municipales 2026 d'une liste d'union LFI, PCF et Seine-Saint-Denis au coeur (SSDAC).

Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, au cœur de la contestation

Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, est devenu en quelques jours l'une des figures les plus visibles du mouvement lycéen qui secoue la France. Engagé aux côtés des jeunes depuis le début de leur mobilisation, l'élu de La France insoumise (LFI) s'est retrouvé au centre d'une séquence devenue virale : celle où il tente de s'interposer entre les forces de l'ordre et des lycéens, avant d'être touché par des gaz lacrymogènes.

Une séquence devenue virale

Les faits remontent à ce mardi 6 octobre. À Saint-Denis, puis à Paris, des milliers de lycéens manifestent contre la dégradation des conditions d'étude. Bally Bagayoko, premier maire noir d'une grande ville française, participe à la marche. Selon ses propres déclarations à Reuters, un moment de tension survient : « Il y a eu un moment où ils ont décidé de charger, et donc je me suis mis au milieu, à la fois pour protéger [les autres] et pour leur demander d'arrêter. » Une vidéo, publiée par Reuters puis reprise par CNN et The Guardian, le montre bras écartés, criant « Stop ! » face aux policiers anti-émeute, avant d'être bousculé. Peu après, comme de nombreux manifestants, il subit les effets du gaz lacrymogène et doit recevoir des gouttes oculaires, entouré de jeunes qui scandent son nom.

Interrogé sur son geste, l'élu de 53 ans, fils d'immigrés maliens et ancien joueur de basket semi-professionnel, a expliqué : « Les lycéens qui étaient dans la rue pourraient être mes enfants. Il est de ma responsabilité d'être à leurs côtés. » Il a dénoncé un usage « complètement disproportionné de la force » contre des jeunes « qui veulent simplement être entendus ».

Un soutien de taille : Victor Wembanyama

Le retentissement de cette séquence a dépassé les frontières françaises. Sur les réseaux sociaux, Bally Bagayoko a reçu le soutien appuyé de la star du basketball français Victor Wembanyama. Jeudi, le joueur des San Antonio Spurs avait déjà affiché son soutien à la jeunesse mobilisée : « Je suis content que les lycéens et les jeunes en général se fassent entendre. Je les entends et je les soutiens. » Le lendemain, Bally Bagayoko l'a remercié publiquement sur X : « Merci Victor Wembanyama. Artistes, sportifs, influenceurs : votre visibilité est une responsabilité. La jeunesse se lève, donnez-lui de l'écho. » La réponse de Wembanyama, teintée de complicité, n'a pas tardé : « De rien Bally t'es un bon wlh ». Un échange qui a encore accru la visibilité du maire.

Contexte : un mouvement social inédit par son ampleur

Des revendications scolaires et sociales

Le mouvement lycéen, déclenché en septembre dans les banlieues défavorisées, s'est rapidement étendu à toute la France. Les élèves dénoncent des salles de classe surchargées et insalubres, le manque d'enseignants, l'absence de remplacement des professeurs absents, la vétusté des bâtiments, des journées de cours trop longues (8h-18h) et des pauses déjeuner trop courtes. À Saint-Denis, où la pauvreté touche plus du double de la moyenne nationale, ces revendications trouvent un écho particulier.

La réponse du gouvernement a été double. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu la « légitimité » des demandes, tout en qualifiant les manifestations de « plus violentes depuis des décennies ». Plus de 6 000 arrestations ont eu lieu et au moins 215 élèves et 715 policiers ont été blessés. À Lens, un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée après avoir ramassé une grenade de désencerclement. Face à l'émotion, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l'usage de ces grenades « assourdissantes ».

Bally Bagayoko, symbole malgré lui

Bally Bagayoko n'en est pas à son premier combat. Cet élu LFI, connu pour son engagement dans les quartiers populaires, avait déjà pris position en faveur des lycéens du lycée Paul Éluard de Saint-Denis. Il a même estimé que la violence pouvait être « légitime » dans certains cas, ce qui lui vaut aujourd'hui des critiques virulentes à l'extrême droite. Éric Ciotti, maire de Nice et proche du Rassemblement national, a réclamé sa « révocation » pour « trahison » et incitation à la violence. La préfecture de Paris a ouvert une enquête pour « légitimation » de la violence. Le maire assume : « Je demande au ministre de l'Intérieur de revoir d'urgence les ordres avant qu'une tragédie ne se produise. »

Perspective : un tournant politique et médiatique

L'affaire Bally Bagayoko dépasse le simple fait divers. Elle cristallise plusieurs tensions : celle d'une jeunesse des quartiers populaires qui se sent abandonnée, celle d'un gouvernement accusé de répression excessive, et celle d'une classe politique divisée sur la légitimité de la contestation. En devenant malgré lui le visage de cette révolte, le maire de Saint-Denis incarne une nouvelle forme d'engagement politique, à mi-chemin entre l'élu de terrain et l'activiste. Son alliance avec des figures comme Victor Wembanyama, dont la parole porte auprès des jeunes, pourrait peser dans les débats à venir. Alors que la France ferme jusqu'à 500 établissements scolaires ce lundi, la pression reste vive. Reste à savoir si cette mobilisation inédite parviendra à faire plier l'exécutif, ou si elle s'essoufflera dans la répression. Une chose est sûre : Bally Bagayoko, lui, ne compte pas reculer.

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