L'Inde prête à rejoindre le programme SCAF, désormais piloté par Paris
Alors que le programme européen SCAF (Système de combat aérien du futur) semblait dans l'impasse après le retrait allemand, l'Inde vient de faire savoir officiellement qu'elle souhaitait s'associer à la France pour développer le chasseur de sixième génération. Selon un rapport remis au comité de la Défense de la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien, le ministère de la Défense a entamé des démarches pour « rejoindre le projet de Système de combat aérien du futur, piloté par le gouvernement français ». Cette annonce, rapportée par plusieurs médias spécialisés, relance un programme industriel et militaire d'envergure, à quelques semaines seulement de la rupture officielle entre Paris et Berlin.
Cette candidature indienne constitue un rebondissement majeur pour Dassault Aviation, maître d'œuvre du New Generation Fighter (NGF), l'avion de combat qui devait incarner le cœur du SCAF. Le PDG du groupe, Éric Trappier, avait lui-même évoqué en juillet la possibilité de nouvelles coopérations avec des industriels non européens. L'intérêt indien tombe à point nommé pour combler le vide laissé par Airbus et l'Allemagne.
Pourquoi l'Inde veut entrer dans la cour des sixième génération
Le besoin indien est urgent. L'armée de l'air indienne (IAF) est confrontée à un déficit capacitaire critique, évalué à treize escadrons de chasse, alors que la Chine a déjà mis en service deux chasseurs-bombardiers furtifs (J-20 et J-35) et fait voler deux prototypes de sixième génération (J-36 et J-50). Pour ne pas se laisser distancer, New Delhi cherche un partenaire technologique de premier plan. Les candidatures ne manquaient pas, avec le programme GCAP (Global Combat Air Programme) mené par le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon, mais l'hypothèse d'une adhésion à ce consortium semblait peu probable. La fin de la coopération franco-allemande a paradoxalement ouvert une fenêtre d'opportunité que le gouvernement indien entend saisir.
La coopération militaire entre la France et l'Inde est déjà solide, avec des ventes de Rafale et des exercices conjoints réguliers. Ce rapprochement stratégique prolongerait une alliance diplomatique forte, et offrirait à Dassault un marché potentiel important pour son futur avion de combat.
Les exigences des parlementaires indiens
Les parlementaires indiens, conscients de l'urgence, ont demandé au gouvernement de leur soumettre un « rapport d'étape détaillé » sur l'acquisition d'avions de combat de nouvelle génération ainsi qu'une « feuille de route » claire. Cette pression politique montre que la décision de rejoindre le programme français n'est pas seulement une intention, mais une priorité stratégique pour New Delhi. Le ministère de la Défense a d'ailleurs promis des « efforts concertés » pour aboutir rapidement à un accord.
L'ombre de la Chine et le réveil de la défense européenne
Au-delà de la simple compétition technologique, cet événement s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les ambitions militaires chinoises et les conflits régionaux comme la guerre en Ukraine. L'Inde, tout comme la France, cherche à conserver une autonomie stratégique face à des puissances émergentes qui investissent massivement dans leurs armées.
Le SCAF, initialement conçu par la France, l'Allemagne et l'Espagne, devait incarner l'excellence européenne de la défense. Son architecture reposait sur le NGF, des drones d'accompagnement et un « cloud de combat » numérique. L'échec des négociations avec l'Allemagne, lié à la répartition des responsabilités industrielles entre Dassault et Airbus, a montré les limites de l'Europe de la défense. Mais l'arrivée de l'Inde pourrait redonner une nouvelle dimension au projet, tout en posant des questions sur la souveraineté technologique.
Un consensus français sur l'ouverture ?
La perspective d'une coopération avec New Delhi est assez bien accueillie en France, tant du côté politique qu'industriel. Éric Trappier s'y est dit favorable, rappelant que d'autres programmes, comme le GCAP, jouent déjà la carte de l'internationalisation. Reste à définir les conditions de ce partenariat, notamment en ce qui concerne le transfert de technologies sensibles, un sujet qui pourrait freiner les négociations.
D'ici là, la France continue de défendre sa souveraineté, comme en témoigne la volonté de développer seule un avion de combat si nécessaire. Mais les défis sont immenses, et l'alliance avec l'Inde apparaît de plus en plus comme la solution la plus crédible pour boucler le financement et les compétences nécessaires.
Un nouvel élan pour l'industrie de défense française ?
Si elle aboutit, cette coopération renforcerait considérablement la position de la France et de Dassault dans le monde de la défense. Elle offrirait également un débouché commercial majeur pour l'industrie aéronautique française, dans un marché dominé par les États-Unis.
Dans le même temps, l'Allemagne, de son côté, ne reste pas inactive et pousse avec Airbus son propre concept. Attention, cependant : la concurrence s'annonce rude. L'arrivée de l'Inde dans le camp français pourrait redessiner la carte mondiale du combat aérien de demain, avec d'un côté les éventuels partenariats occidentaux élargis, et de l'autre les systèmes chinois et russes.
En attendant, le projet SCAF, avec l'Inde comme nouvelle alliée potentielle, est bien redevenu un sujet brûlant de l'actualité défense. Les prochaines semaines seront décisives pour transformer cette déclaration d'intention en accord concret. Les observateurs attendent désormais la feuille de route promise par New Delhi. L'Inde rejoindra-t-elle le programme français ? C'est en tout cas ce que laisse espérer cette nouvelle dynamique, qui, pourrait aussi inspirer d'autres pays. L'avion de combat de sixième génération pourrait ainsi ne pas être uniquement l'affaire de l'Europe ou de l'Asie, mais d'une coopération internationale élargie, avec des implications majeures pour la sécurité mondiale.
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