Antoine Ciosi : une voix s'éteint, un héritage demeure
Antoine Ciosi, l'une des figures les plus emblématiques de la chanson corse, s'est éteint dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 octobre 2026, à l'âge de 94 ans. Le chanteur est décédé chez lui, au hameau de Curzo, à Corbara, en Balagne, comme l'a annoncé son fils Jérôme Ciosi sur les réseaux sociaux. « Mon père a quitté ce monde hier soir. Il s'est endormi dans la quiétude et j'espère la tête pleine de chansons… Antoine Ciosi 1931 / 2026 », a-t-il écrit avec émotion.
Né en 1931, Antoine Ciosi aura consacré plus de soixante ans de sa vie à la musique et à la culture corse. Révélé en 1963 lors du festival corse de l'Olympia, où il remporte le grand prix d'interprétation à l'âge de 31 ans, il enchaîne ensuite les succès avec des titres devenus cultes comme U Tragulinu ou encore Le Prisonnier. Au total, il aura enregistré une quarantaine d'albums, marquant durablement l'histoire musicale de l'île.
Sa disparition a suscité une vague d'hommages dans toute la Corse et au-delà. « Il était la chanson corse », résume un proche dans les colonnes de Corse-Matin. De nombreuses personnalités saluent la mémoire d'un homme qui aura incarné, par sa voix et son engagement, l'âme d'une culture millénaire.
Un parcours hors norme au service de la culture corse
De l'Olympia aux disques conceptuels
Antoine Ciosi fait ses premiers pas sur la scène parisienne en 1963, lors du festival corse de l'Olympia. Sa victoire lui ouvre les portes d'une carrière prolifique. Il multiplie alors les enregistrements et les concerts, devenant l'un des artistes les plus populaires de l'île. Ses chansons évoquent la Corse d'autrefois, le quotidien rural et les personnages mythiques de l'île, autant de thèmes qui résonnent profondément auprès de ses compatriotes.
Au fil des décennies, il expérimente des formats ambitieux, notamment des disques conceptuels où chaque morceau est introduit par un texte parlé. Cette approche originale lui vaut un grand succès critique et public. Jusqu'au bout, il reste fidèle à sa passion, se produisant pour la dernière fois en août 2025 à Lumio, à l'âge de 94 ans.
Une figure respectée et transmise
Antoine Ciosi a également œuvré à la transmission de son art. Son fils, Jérôme Ciosi, guitariste et compositeur formé au conservatoire, a collaboré avec lui, notamment comme directeur artistique de l'album Duetti en 2019. Jérôme Ciosi entretient par ailleurs une amitié profonde avec Thomas Dutronc, rencontré en 1996, avec qui il a partagé plus de 2000 concerts. Antoine Ciosi avait d'ailleurs enregistré l'album In Bastia avec la complicité de son fils et de Thomas Dutronc, preuve de liens artistiques et personnels forts entre les deux univers.
Un héritage qui dépasse la musique
La mort d'Antoine Ciosi intervient à un moment où la culture corse connaît un regain d'intérêt, notamment auprès des jeunes générations. Sa disparition laisse un vide immense, mais son influence perdure à travers ses enregistrements et les nombreux artistes qu'il a inspirés. La Balagne, région où il vivait, est devenue un refuge pour de nombreuses personnalités, des Dutronc à Laetitia Casta, ce qui témoigne de l'attachement profond que suscite cette terre.
En ces temps où les identités régionales s'affirment, l'œuvre d'Antoine Ciosi rappelle l'importance de préserver et de célébrer les langues et les traditions. Son parcours, jalonné de succès et d'engagement, restera un modèle pour tous ceux qui œuvrent à faire vivre la culture corse. Alors que les hommages affluent, une chose est sûre : la voix d'Antoine Ciosi continuera de résonner dans le cœur des Corses et de tous les amoureux de la chanson insulaire.
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