Alstom s'empare des technologies hydrogène de Cummins pour sécuriser son avenir ferroviaire
C'est une acquisition stratégique qui a été officialisée début avril 2026 : Alstom a finalisé le rachat des activités de piles à combustible hydrogène dédiées au secteur ferroviaire de l'équipementier américain Cummins. La transaction, annoncée le 2 avril par Danny Di Perna, directeur général adjoint et directeur des opérations d'Alstom, inclut l'ensemble des capacités d'ingénierie, de développement produit et de support technique que Cummins mobilisait jusqu'alors pour alimenter les flottes de trains à hydrogène d'Alstom.
Cummins a confirmé la cession de l'entité Hydrogenics et des actifs associés, précisant que toutes les autorisations réglementaires nécessaires avaient été obtenues. Le groupe américain a également indiqué rester « attentif à accompagner les employés, les clients et les partenaires tout au long de la transition ».
Un rachat dicté par la maîtrise industrielle
En intégrant directement ces compétences technologiques, Alstom entend sécuriser la chaîne de valeur de ses trains à hydrogène, qui reposaient jusqu'ici sur un fournisseur externe pour un composant aussi critique que la pile à combustible. Danny Di Perna a été explicite sur les motivations du groupe : « Intégrer ces activités liées aux piles à combustible à hydrogène dans Alstom nous donne les capacités dont nous avons besoin pour améliorer la fiabilité et assurer la maintenance de notre flotte installée, ainsi que pour achever le développement de nos programmes contractuels. » Une dépendance technologique que le constructeur français ne pouvait se permettre de laisser subsister à mesure que ses engagements commerciaux dans ce domaine se multiplient.
Des résultats financiers annuels qui confirment le redressement du groupe
Cette acquisition intervient dans un contexte de dynamique commerciale particulièrement favorable pour Alstom. Le groupe a publié ses résultats préliminaires pour l'exercice fiscal 2025/26, faisant état de commandes record, d'un flux de trésorerie disponible conforme aux prévisions et d'un résultat opérationnel ajusté (Adjusted EBIT) atteignant environ 6 %. Ces indicateurs témoignent d'un redressement significatif après plusieurs exercices marqués par des difficultés financières qui avaient conduit le groupe à procéder à des cessions d'actifs et à un renforcement de ses fonds propres.
Alstom a également communiqué une révision de ses perspectives préliminaires pour l'exercice 2026/27, signalant que la trajectoire de croissance engagée devrait se poursuivre, même si les détails précis de ces nouvelles prévisions restent à affiner lors de la présentation officielle complète des résultats.
Un groupe qui avait frôlé la crise
Il y a encore deux ans, Alstom traversait l'une des périodes les plus délicates de son histoire récente. Des problèmes de gestion du besoin en fonds de roulement, une dette élevée héritée du rachat de Bombardier Transport en 2021, et des retards industriels avaient fragilisé la confiance des investisseurs. Le groupe avait alors engagé un plan de transformation ambitieux : cessions d'actifs non stratégiques, réduction des coûts, rationalisation du portefeuille de projets. Les résultats 2025/26 semblent valider cette trajectoire de redressement.
La maintenance au cœur du modèle : l'exemple Pendolino à Glasgow
Parallèlement à ces grandes manœuvres stratégiques, Alstom démontre aussi sa capacité à innover dans les opérations du quotidien. À Glasgow, au dépôt de Polmadie, une initiative modeste mais révélatrice illustre la culture d'amélioration continue que le groupe entend insuffler dans ses activités de maintenance.
Tim Barton, responsable de la présentation des trains chez Alstom, et Jason Stuart, directeur du nettoyage chez OCS — prestataire partenaire —, ont mis au point une nouvelle technique de nettoyage des pare-brise des rames Pendolino (Class 390) exploitées par Avanti West Coast. Le problème identifié était en apparence anodin : les bords des pare-brise des trains ne pouvaient être nettoyés de façon satisfaisante ni par les portiques automatiques de lavage, ni depuis le niveau des voies, la distance ne permettant pas d'exercer une pression suffisante avec les brosses.
Une solution simple, une efficacité prouvée
La réponse apportée par les deux équipes repose sur l'utilisation d'échafaudages mobiles qui, combinés à une isolation des caténaires, permettent aux agents de nettoyage d'accéder directement aux vitres en hauteur. Deux essais contrôlés ont été menés avant une généralisation, appuyés par les retours des agents et des formations ciblées.
« Ceci est un excellent exemple de la façon dont de petites améliorations pratiques peuvent faire une vraie différence. En regardant de plus près les défis que nos équipes rencontrent au quotidien et en travaillant en collaboration avec OCS, nous avons pu introduire une solution relativement simple qui apporte des bénéfices tangibles », a souligné Tim Barton.
Une rame Pendolino passe en principe au dépôt de Polmadie tous les 56 jours. Ce rythme garantit que l'ensemble de la flotte Class 390 bénéficiera régulièrement de ce nettoyage amélioré. Si les résultats restent positifs, Alstom envisage d'intégrer définitivement cette procédure dans le régime de maintenance standard.
Ouvert en 1875 sous le nom de Polmadie Shed à l'époque du Caledonian Railway, le dépôt accueille aujourd'hui quelque 17 trains par jour, dont une dizaine de Pendolino, et emploie plus de 100 personnes en service continu. Il célébrait l'an passé ses 150 ans d'existence.
L'hydrogène ferroviaire : un pari technologique toujours d'actualité
L'acquisition des activités hydrogène de Cummins s'inscrit dans un débat plus large qui agite le secteur ferroviaire mondial : quelle technologie pour remplacer le diesel sur les lignes non électrifiées ? La batterie s'est imposée comme solution privilégiée sur des distances courtes à moyennes, ses performances s'étant sensiblement améliorées au cours des dernières années. Mais Alstom défend une position nuancée.
Le groupe affirme que « si la technologie des batteries a considérablement progressé, les trains à hydrogène restent une solution importante pour remplacer les trains diesel sur les lignes longue distance non électrifiées ». Une conviction qui justifie pleinement, aux yeux du constructeur, d'internaliser les compétences nécessaires à la maîtrise de cette filière.
Avec l'Coradia iLint, train à hydrogène mis en service en Allemagne dès 2018 et déployé depuis dans plusieurs pays européens, Alstom dispose d'une avance commerciale réelle sur ce segment. Mais cette avance suppose une capacité à maintenir et faire évoluer des flottes en opération — ce que l'acquisition des actifs Cummins/Hydrogenics est précisément destinée à garantir.
Ce que ces développements disent de la stratégie d'Alstom en 2026
Les trois actualités de cette semaine — résultats financiers solides, rachat technologique et innovation de maintenance — dessinent les contours d'un groupe qui cherche à consolider sa position sur l'ensemble de la chaîne de valeur ferroviaire : de la conception des trains à leur entretien quotidien, en passant par la maîtrise des technologies d'énergie alternative.
Dans un secteur où les contrats de maintenance sur cycle de vie représentent une part croissante des revenus des constructeurs, la capacité à garantir la disponibilité et la fiabilité des flottes est devenue un avantage concurrentiel décisif. Alstom, fort de son portefeuille de commandes record et d'une rentabilité en amélioration, semble avoir retrouvé les moyens de ses ambitions.
La question qui se posera dans les prochains mois est celle du rythme : jusqu'où et à quelle vitesse le groupe peut-il investir pour renforcer ses positions dans l'hydrogène, tout en maintenant la discipline financière que ses actionnaires et créanciers attendent désormais de lui ? Les perspectives révisées pour 2026/27, attendues dans leur version complète, apporteront des éléments de réponse cruciaux.
Dans un contexte de transition énergétique qui pousse l'ensemble des industriels du transport à repenser leurs modèles — à l'image de ce que vivent aussi d'autres secteurs comme l'automobile électrique —, Alstom se positionne comme un acteur qui entend peser durablement sur la mobilité décarbonée en Europe et au-delà.
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